Drame/horreur
Long métrage américain
Réalisé par Brian De Palma
Scénarisé par Lawrence D. Cohen d’après l’oeuvre de Stephen King
Avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Nancy Allen, John Travolta…
Titre original : Carrie
Année de production : 1976
Au début des années 70, Stephen King habitait avec sa femme Tabitha et ses deux enfants dans un mobile home dans une petite ville du Maine. Son poste de professeur d’anglais n’était pas suffisant pour faire vivre sa petite famille et il était obligé de prendre des autres emplois le soir ou le week-end tout en s’accordant du temps pour écrire. Il touchait de temps en temps des petits chèques lorsqu’il vendait des nouvelles à des revues spécialisées et dans l’esprit de King, Carrie a d’ailleurs débuté sa « vie » en tant que l’une de ces histoires courtes avant d’évoluer péniblement vers la forme du roman.
Péniblement car d’après King, le processus d’écriture de Carrie fut très compliqué et il a souvent raconté qu’il avait jeté ses premières pages à la poubelle, un brouillon que sa femme a retrouvé avant de le persuader de continuer. Stephen King a eu du mal à trouver une connexion avec son personnage principal au-delà de la scène d’introduction qu’il avait en tête, celle d’une adolescente qui expérimente ses premières règles dans les douches collectives du lycée après le sport. C’est en s’inspirant de deux de ses élèves constamment moquées par les autres lycéens qu’il a pu trouver le déclic…
Après deux ans de travail, Carrie a finalement été acheté, le plus gros chèque que les King aient mis sur leur compte en banque à l’époque (et ce n’était que le début). Si les ventes de la première édition furent modestes, le livre est devenu un véritable succès avec la sortie en poche en 1975 qui comptabilisa près d’un million d’exemplaires vendus…chiffres qui ont quadruplé après la sortie du long métrage de Brian De Palma en 1976 !
Le cinéma et Stephen King, c’est une longue histoire, aussi bien au niveau de ses influences que la part importante que le septième art a eu pour sa carrière. Et il a eu la chance que la première adaptation de son premier roman publié soit un succès. Brian De Palma fut le premier réalisateur intéressé par le livre qu’il avait beaucoup aimé. United Artists a fini par acheter les droits (pour seulement 2500 dollars !) et a donné son feu vert au projet sans toutefois lui accorder un gros budget (moins de deux millions de dollars) et après avoir terminé Obsession De Palma a pu se mettre au travail.
Carrie au bal du diable reste pour moi l’une des meilleures adaptations d’un livre de Stephen King (je n’ai d’ailleurs toujours pas regardé les autres versions qui ont suivi, télévisuelles et cinématographiques), le film étant toujours efficace 50 ans après sa sortie, aussi bien du point de vue dramatique que de ses aspects horrifiques. Rien n’a hélas évolué concernant le sujet du harcèlement scolaire et Sissy Spacek retranscrit parfaitement le désespoir d’une jeune femme tiraillée entre une mère bigote (terrifiante Piper Laurie, qui n’avait pas joué dans un long métrage depuis une dizaine d’années) et des camarades de classe cruelles. Le pouvoir qu’elle renferme, celui de la télékinésie, va alors se déchaîner lors d’un bal de fin d’année cauchemardesque…
En s’écartant naturellement de la structure plus « éclatée », épistolaire du roman (que King avait choisi parce que ses premiers jets étaient trop courts), Brian De Palma livre un récit qui monte implacablement en puissance et qui se concentre sur les différents protagonistes tout en distillant des indices sur les capacités de Carrie White. Lorsque la grande nuit de Carrie arrive, il la filme comme un rêve éveillé, avec une image presque ouatée, avant que l’horreur se déchaîne. L’image inoubliable d’une Carrie baignée de sang est devenue un classique du cinéma d’horreur et De Palma emploie alors toutes les astuces qu’on lui connaît pour décrire la terrible vengeance de l’adolescente qui prend une tournure encore plus dramatique pendant le face-à-face avec l’horrible figure maternelle qu’est Margaret White (elle subit un sort encore plus violent que celui du livre et c’est visuellement puissant)…avant l’émouvant dernier plan qui scelle le destin de Carrie.
Comme je l’ai souligné plus haut, Carrie de De Palma ne fut que le début d’une série de projets autour du roman de Stephen King. En 1999, il y a eu Carrie 2 : La Haine, une suite qui a inventé une demi-soeur à Carrie White. En 2002, Angela Bettis a interprété Carrie dans une adaptation télévisuelle et en 2013 ce fut le tour de Chloe Grace Moretz dans un film de Kimberly Peirce. Il y a eu aussi un spectacle musical sur scène…et en octobre de cette année Amazon Prime Videos diffusera une série télévisée supervisée par l’un des spécialistes de King à l’écran, Mike Flanagan (Jessie, Doctor Sleep, Life of Chuck…).













