Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre…
Affinant encore sa virtuosité unique, entre roman et bande dessinée, Posy Simmonds poursuit la fresque de l’Angleterre moderne entreprise dans ses livres précédents et donne sa vision au scalpel du Londres brutal et fascinant d’aujourd’hui, «entre paillettes et galères». Son cœur, comme toujours, penche pour les chiens perdus, mais le portrait qu’elle trace de Cassandra, cette femme trop riche à l’hiver de sa vie, est vibrant d’empathie. Pur plaisir. Pur Posy.
C’est assez savoureux, ça. ça ne cache pas du tout le lien avec Scrooge. Alors, comme d’habitude avec Simmonds, la narration dans sa forme est toujours étrange, hybride. Mais elle l’est aussi dans le manière d’écrire, puisque c’est majoritairement Cassandra qui raconte, mais par moment, c’est aussi un autre perso, qui semble parler comme s’il rapportait (genre, comme dans une réunion d’une AG). mais en soit, ce n’est pas du tout dérangeant.
Mais moi, ça ne me dérange pas, et puis, on en a pur son temps de lecture en 90 pages. C’est satirique, à la fois sur la société et sur les gens, à la fois sur les riches comme sur les quelques pauvres (mais surtout sur les riches oisifs). Y a une réflexion intéressante aussi autour du personnage de Cassandra, que je n’avais pas vu venir, d’autant plus qu’elle est introspective. Mais le naturel revient vite, soyez rassuré.
Donc, c’est tragique, mais pas du tout triste. Et au milieu de tout ça, il y a un léger polar.
Et graphiquement, avec la couleur, c’est du haut niveau. Je me demande si Simmonds ne fait pas partie de ces dessinateurs qui ne font que s’améliorer.