CELLAR DWELLER (John Carl Buechler)

REALISATEUR

John Carl Buechler

SCENARISTE

Don Mancini (sous le pseudonyme Kit DuBois)

DISTRIBUTION

Yvonne De Carlo, Debrah Farentino, Brian Robbins, Pamela Bellwood, Jeffrey Combs…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Année de production : 1988

Les années 50. Colin Childress, un auteur de comics complet (scénariste, dessinateur, encreur), met la touche finale au dernier numéro de sa série horrifique à succès, Cellar Dweller. Comme toujours, il travaille dans la cave de sa maison de campagne aménagée en studio. Ce que je ne sais pas par contre, c’est pourquoi il encre ses pages en costume et en imperméable blanc (ou alors c’est une veste de laborantin). Mais bon, chacun ses lubies…
Pour pimenter un peu ses dialogues, Childress se sert d’incantations dénichées dans un bouquin occulte. Monumentale erreur…la créature sortie de son imagination se matérialise alors dans la pièce…et dans l’affrontement qui suit, Colin Childress perd la vie.

Rendu célèbre trois ans plus tôt par son inoubliable rôle du docteur Herbert West dans Re-Animator de Stuart Gordon (sans oublier le tout aussi mémorable From Beyond : Aux portes de l’au-delà sorti en 1986), Jeffrey Combs fait ici une courte apparition en star du comics d’horreur. Il ne s’agit d’ailleurs pas là de l’une de ses meilleures prestations pour une scène pré-générique qui n’a nécessité qu’une journée de boulot (il avait peut-être juste une facture à régler).
Ces cinq premières minutes sont tout de même une bonne entrée en matière : la force maléfique s’annonce par le biais de mouvements de caméras à la Evil Dead, et la révélation du monstre est bien orchestrée.
Surtout reconnu comme spécialiste des effets spéciaux, John Carl Buechler n’a jamais été un bon réalisateur, et encore moins un bon directeur d’acteurs (la plupart de ses films sont juste médiocres…même si des titres comme Trolls, Vendredi 13 chapitre 7 ou encore Ghoulies 3 rappelleront des souvenirs aux amateurs de bis qui ont bouffé de la pelloche par centaines à l’époque de la VHS), mais il a souvent su mettre ses monstres en valeur, et plus particulièrement dans la première partie de sa carrière.

J’ajoute que les pages dessinées par Colin Childress dans ce prologue sont en fait l’oeuvre de Frank Brunner, notamment connu pour ses épisodes de Dr Strange et Howard the Duck pour l’éditeur Marvel Comics.

Après le générique début, l’histoire fait un saut de 30 ans. La maison de Childress, mort dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées, est devenue une sorte de refuge pour artistes aspirant à la tranquillité pour pouvoir se consacrer pleinement à leur art. Whitney Taylor, une dessinatrice qui veut suivre les traces de son idole Colin Childress, a été acceptée au sein de l’institution, au grand dam de la directrice, qui traite les comic-books avec dédain (elle devait être copine avec Fredric Wertham dans les fifties).
Comme nous sommes dans une production à tout petit budget, la distribution est restreinte et cette petite colonie ne comporte que 4 autres membres : un peintre, une danseuse, un détective reconverti écrivain et une vidéaste qui fut autrefois la rivale de Whitney à l’université, ce qui alimente rapidement les tensions.

Whitney réussit finalement à convaincre la directrice de faire de l’antre de Colin Childress son propre studio. Sa présence ne va pas tarder à faire ressurgir l’Habitant de la Cave…la créature va pénétrer le monde de Whitney…sur papier et dans la réalité…

Cellar Dweller est un film d’horreur oublié, datant des dernières heures de Empire Pictures, la première compagnie de Charles Band (Puppet Master, Doctor Mordrid…) qui fit faillite en 1989 (Band n’a pas perdu de temps et a fondé Full Moon Pictures dans la foulée). Hommage aux EC Comics, le scénario a tout d’un épisode perdu d’une bande dessinée de Bill Gaines…ou d’une série télévisée de Rod Serling. Il aurait d’ailleurs mieux fonctionné sur un format court, en segment de 30 minutes dans une anthologie. Car s’il ne dure que 77 minutes, Cellar Dweller est plombé par des scènes de remplissage où évoluent des personnages inintéressants, aux traits de caractères brossés sans finesse (bref, des clichés ambulants), à l’interprétation passable.
La rivalité entre Whitney et Amanda, j’avoue que je m’en fiche un peu…ce qui m’intéresse, c’est le monstre venu de cette “dimension de papier”…et John Carl Buechler a, pour une fois et dans la limite des moyens accordés par la production, été globalement plutôt inspiré pour la mise en scène de ses attaques.

L’atmosphère du dernier acte est en effet presque…claustrophobique. Le réalisateur a composé ses plans comme si ses personnages étaient prisonniers à l’intérieur de cases de comics…et c’est même littéralement ce qui se passe, grâce à un montage astucieux. Aux actions dans le monde réel se superposent des pages de bande dessinée qui reproduisent directement le massacre perpétré par la créature (pas bête car cela permet en même temps de faire des économies sur un budget pas faramineux). Mais cela ne veut pas dire qu’on ne voit rien à l’écran : il y a du sang, un plan nibards, une jolie décapitation et un monstre qui ressemble à un Ghoulies géant qui mâchonne allègrement ses victimes en gros plan. Le travail sur le son, qui insiste sur le bruit dégoûtant des chairs mastiquées et des os broyés, est d’ailleurs très efficace…

Malgré ses défauts (dont une fin pas particulièrement convaincante), Cellar Dweller est un petit bis fauché correctement emballé et qui ne manque pas d’idées…une véritable lettre d’amour aux légendaires EC Comics produite par par ce pingre de Charles Band, lui-même grand fan de comics, et scénarisée sous un pseudonyme par un certain Don Mancini, le papa de la poupée Chucky, qui signait ici sa première histoire pour le cinéma.