CREEPSHOW 2 (Michael Gornick)

REALISATEUR

Michael Gornick

SCENARISTES

George A. Romero et Lucille Fletcher, d’après des histoires de Stephen King

DISTRIBUTION

George Kennedy, Dorothy Lamour, Lois Chiles, Domenick John, Tom Savini…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Année de production : 1987

Vibrant hommage aux mythiques bandes dessinées de l’éditeur E.C. Comics (mais pas que…les auteurs ayant également évoqué les anthologies DC telles que House of Mystery et The Witching Hour), Creepshow marqua la première collaboration entre ces maîtres de l’horreur que sont le réalisateur George A. Romero et le romancier Stephen King. Si Creepshow ne connut pas un succès retentissant, il fut tout de même l’un des films d’horreur les plus rentables de l’année 1982 et sa réputation auprès des des fans du genre grandit au fur et à mesure des années.
En ce qui me concerne, Creepshow reste l’un des meilleurs représentants du genre anthologie horrifique au cinéma, malgré ses quelques défauts, dont une durée pas toujours très bien maîtrisée et certains passages qui ont mal supportés le poids des ans. Mais l’interprétation, l’ironie mordante et cette habile transposition d’effets visuels hérités des comics remportent toujours mon adhésion.

George A. Romero a ensuite voulu décliner le concept sur le petit écran, mais des questions de droit en ont décidé autrement. Il produisit donc à la place une série intitulée Tales from the Darkside, connue en France sous le titre Histoires d’un autre monde et finalement portée sur grand écran en 1990 (voir ici). Tales from the Darkside reprenait le format anthologique, mais sans l’identité visuelle estampillée EC Comics.

En 1987, alors que Tales from the Darkside se dirigeait tranquillement vers sa dernière saison, les problèmes de droits concernant Creepshow furent réglés. Laurel Entertainment, le studio de production co-fondé par Romero, put mettre en chantier une suite, mais sans le soutien de la Warner. Le nouveau partenaire fut New World Pictures, société fondée par Roger Corman. Qui dit studio indépendant, dit budget plus serré. Alors que 5 histoires étaient prévues pour ce second volet (comme pour le premier Creepshow), deux passèrent à la trappe (l’une d’entre elles, Cat from Hell, sera utilisée trois ans plus tard dans le film Tales from the Darkside).
Trois récits avec un fil rouge étant pour moi le format idéal, Creepshow 2 échappe aux quelques problèmes de rythme qui ont légèrement handicapé Creepshow. Par contre, le problème avec cette suite est que l’implication de Romero et King est plus limitée.

Alors qu’il avait lui-même écrit le scénario de Creepshow, Stephen King a cette fois-ci laissé sa place à George Romero et l’écrivaine et scénariste Lucille Fletcher. King a concocté la trame de la première et la troisième histoire (Le vieux chef tête-de-bois et L’auto-stoppeur) et pour la seconde, Le Radeau, il s’agit de l’adaptation de l’une de ses nouvelles.
La réalisation de l’ensemble a été confiée à Michael Gornick, qui était jusque là le directeur photo attitré de Romero (de Martin au Jour des Morts-Vivants), qui s’était fait la main sur plusieurs épisodes de Tales from the Darkside.

À part le fil rouge, oubliés les visuels très comic-books du premier Creepshow…la réalisation de ces 3 segments est très classique et malgré quelques moments gores très efficaces, la mise en scène très fonctionnelle de Gornick manque cruellement d’intensité. Mais même s’il n’atteint pas le niveau de son modèle, ce Creepshow 2 a tout de même des atouts très intéressants.

Le vieux chef tête-de-bois raconte le destin tragique de deux vieux épiciers installés dans une petite ville de l’Ouest autrefois prospère. Suite à un cambriolage qui tourne mal, le couple est abattu sauvagement par trois jeunes voyous. C’est là que la statue de vieux chef indien qui orne leur échoppe s’éveille à la vie, pour accomplir sa vengeance…
Ce segment bénéficie d’une solide interprétation de la part des vétérans George Kennedy et Dorothy Lamour, émouvants en commerçants au bord de la ruine. Le clou du spectacle est bien évidemment l’attaque de la statue vivante, bien qu’elle reste assez classique dans son déroulement et l’impact graphique des mises à mort.

Le Radeau est donc inspiré par une nouvelle de Stephen King parue dans le recueil Brumes : deux couples d’ado décident d’aller nager dans un lac retiré de tout afin de fêter la fin des cours. Alors qu’ils se dirigent vers le radeau qui se trouve au milieu du lac, ils remarquent une étrange forme circulaire qui ressemble à une nappe de pétrole. Mais ce n’est pas une simple nappe de pétrole…plutôt une créature toxique et très affamée…
Le Radeau est une nouvelle effrayante, truffée d’effets gores peu ragoûtants. Les descriptions de King sont redoutables et leur rendu à l’écran arrive le plus souvent à en restituer l’impact. L’adaptation ne rend toutefois pas justice à l’écrit : l’interprétation est faiblarde, le suspense est anémique et la nappe de pétrole gloutonne ressemble à un sac poubelle géant.

L’auto-stoppeur suit une femme adultère alors qu’elle rentre chez elle en essayant de trouver une excuse pour expliquer son retard. Distraite, elle renverse et tue un auto-stoppeur. Sans témoin, elle commet un délit de fuite…avec l’infortuné auto-stoppeur écrasé à ses basques…
Ce dernier segment est le plus délirant des trois…la plongée dans la folie d’une femme assaillie par sa culpabilité qui a pris la forme d’un zombie de plus en plus putréfié, l’auto-stoppeur le plus acharné qui soit. Gore et cartoonesque à souhait…

Comme pour le premier Creepshow, le fil rouge est consacré aux mésaventures d’un jeune lecteur fan de la bande dessinée Creepshow. Mais à l’inquiétant petit Billy joué par Joe, le fils de Stephen King bien avant qu’il ne devienne romancier sous le nom de Joe Hill, succède un dessin animé à l’animation vieillotte. Cette partie utilise comme narrateur une figure de conteur inspirée par les EC Comics, le Creep incarné par Tom Savini.
Plus réussies sont les cases de comics qui ouvrent et ferment chaque chapitre. Elles sont l’oeuvre du dessinateur Ron Frenz (The Amazing Spider-Man, Thor…).

Il existe bien un Creepshow 3, en fait une suite non-officielle (parce que les droits étaient tombés dans le domaine public) et série Z à la réputation catastrophique. D’ailleurs, Tom Savini considère que le “véritable Creepshow 3” est, dans l’esprit, Tales from the Darkside/Darkside - Contes de la Nuit Noire.

ça ne me dit rien, ce deuxième opus !
Paramount Channel ne veut pas nous le diffuser ?