Pourquoi ?
Ne s’agissait-il pas de cartons appartenant à l’ami en question, et qui étaient stockés chez Jim ?
J’ai une partie de mes bouquins dans des cartons, il y en a 113 (oui, ils sont numérotés, et j’ai un fichier excel dans lequel j’ai le contenu de chacun d’eux).
C’est vrai, cela dit, que ça prend de la place.
Je trouve aussi.
Dire que c’était une idée à moi !
J’en ai, des Robert Charroux, dans plusieurs collections. Et ça vaut son pesant de cacahouètes. Charroux est un peu un prédécesseur de Däniken. Disons que ce dernier va plus loin (la « théorie des anciens astronautes » s’articule autour de son bouquin).
A ne pas confondre avec Chariots of Fire, même si le célèbre thème du film accompagnerait à merveille une séquence d’atterrissage de soucoupe volante !
Il réussi d’ailleurs l’exploit d’être un des invités morts les plus fréquents dans une émission !
Toutafé, avec la particularité d’évidemment ne jamais demander l’avis d’un spécialiste qui pourrait contrebalancer l’explication fantaisiste ! J’allais ajouter « neutre » derrière « spécialiste », mais étant donné qu’aucun intervenant n’est jamais « spécialiste en rien » comme tu le dis si poétiquement (ils se content généralement d’être « auteur » ou « éditeur » de publication ufologique) pas la peine de laisser entendre qu’il y aurait des scientifiques dignes de ce nom qui adhèrent un tant soit peu à toutes les bêtises qu’on dit dans ces émissions. C’est évidemment très drôle à regarder quand on a un peu d’esprit critique et de culture scientifique ou historique, et encore plus quand on s’intéresse à ce genre de sujet de manière sceptique, mais c’est assez navrant de voir que l’émission a trouvé assez de résonnance chez un public qui croit au moins en partie à ces fadaises au point de durer douze saison !
Comme vous le savez, il n’y a pas que les comics qui ont été infusés par les théories de Von Däniken.
On pensera évidemment à X-Files qui a repris toutes ces histoires d’hybridations préhistoriques, mais j’ai un souvenir d’un épisode de la série animée Jonny Quest des 90’s dont un épisode commençait par des expériences d’aliens sur des singes préhistoriques afin de créer le fameux (et aujourd’hui fumeux) « chaînon manquant » (une recherche Google me dit que cela se passait en plus sur l’île de Pâques, un lieu souvent approprié pour ce genre de passe-temps).
Bonjour,
moi, j’ai un livre que j’aime beaucoup et qui s’appelle L’archéologie devant l’imposture :
Ecrit par l’archéologue Jean-Pierre Adam et très bien illustré de dessins ou de photos (en N&B, normal pour un livre de 1975). Il y démonte certaines théories fumeuses.
Le plus drôle, selon moi, est que c’est le même éditeur qui sortait les Charroux et consorts qui a édité ce livre!
Cela dit, j’ai lu le von Daniken et plein de Charroux à l’adolescence (ma soeur les collectionnait). C’était plutôt amusant et passionnant pour l’ado que j’étais à l’époque.
À ce sujet, je pourrais répondre sur le ton habituel de l’auteur et te dire « mais c’est absurde, pourquoi se limiter à ces interprétations à œillères, alors qu’il suffit d’appliquer notre vision d’homme moderne et scientifique ». Mais je me contenterais de te dire que je crois qu’il n’est pas encore mort.
(Mais peut-être suis-je victime de la désinformation officielle.)
Disons qu’ils se sont créé leur petit bac à sable et qu’ils ne veulent pas partager.
Après, au sujet des savants et des spécialistes, je pense qu’on peut en trouver qui, sans obligatoirement partager ces vues, pourraient argumenter sur l’existence de vie extraterrestre et sur la possibilité de visites sur notre planète. Sauf qu’ils aborderaient ça avec toutes les circonspections d’usage, ce qui est nettement moins marrant.
Personnellement, je trouve ça moins navrant que le flot de télé-réalité qui pourrit les cervelles de l’humanité depuis plusieurs décennies. Et puis, ça fait rêver. Le succès de ce genre d’âneries, on l’a connu dans le monde de l’édition, et ça continue à faire parler : voir le sujet de cette discussion.
L’une des forces de la série, c’est d’avoir puisé à de multiples sources (Roswell, le couple Hill, les tracés de Nazca…), en mettant en avant les ressemblances et les points communs, afin de donner une cohérence à l’ensemble. C’est logique : s’il y a un complot, alors il y a une cohérence. Si ce n’est pas cohérent, ça dessert le propos des scénaristes. C’est un peu ce qui m’a fasciné quand j’ai découvert la série.
Ca m’apprendra à ne pas vérifier mes sources !
J’avais en tête des interviews du bonhomme tirées d’archives qu’ils ont utilisé dans l’émission… Pour la peine, je vais m’infliger quelques épisodes où il apparaît !
Archéologue souvent cité sur les chaines de zététique ou d’esprit critique telle Temps mort (aka Le Nettoyeur de mythes) quand il n’est pas carrément invité comme chez Passé Recomposé ou La Tronche en Biais (que des chaînes passionnantes qui devraient être déclarées d’utilité publique).
Oui ce qui est drôle c’est que non seulement dans ce genre de milieux on va éviter d’inviter les contradicteurs « sérieux », mais en plus ils doivent même exclure d’autres « croyants » qui ne sont pas sur la même ligne qu’eux (ou qui empiètent sur leurs égos).
J’aurais été d’accord avant, mais avec les dégâts des théories du complot qu’on peut observer sur une grande partie de la population (dont une des conséquences majeures actuelles est la défiance envers le corps scientifique ou la montée des populismes), je suis un peu plus gêné. Mais ce qui me désole le plus, c’est de voir ce genre de programmes diffusés sur des chaînes qui se réclament être dédiées à l’Histoire !
L’une des qualités (la seule diront beaucoup) des deux nouvelles saisons de X-Files résidait dans la volonté d’intégrer les théories du complot en vogue depuis une dizaine en les intégrant dans la mythologie préexistantes, quitte à jouer à fond la carte de la « post-vérité » en expliquant que les anciennes théories du complots étaient factices mais cachaient celles populaires maintenant !
Je suis en train de me régaler avec un « documentaire » de 1970 (quelle bonne année), rebaptisé ici Anciens astronautes, mais qui porte le titre du bouquin de Däniken, dont il est l’adaptation :
J’ai dû en voir quelques-uns, mais ça remonte à quelques années désormais. Si je m’écoute, je vais faire une cure. C’est malin, tiens !
Merci pour tout ça.
Ah c’est clair que c’est le règne des guerres de clochers.
Je pense que ce genre d’émissions ne fait que surfer sur des tendances relevant de la croyance, de la superstition, voire de la religion. Mais que cette vague ne date pas d’hier, et que les séries comme X-Files, Dark Skies et plein d’autres ont déjà bien labouré le sillon. Et la fiction américaine s’est emparée du complot à plus grande échelle que plein d’autres fictions : c’est le pays de l’assassinat de Kennedy et du Watergate, donc des secrets d’États et de la méfiance envers les autorités (institutionnelles, politiques, journalistiques). Des Hommes du Président à JFK, l’inconscient collectif (américain et donc mondial) a été imbibé par l’idée que ce qu’on nous dit est incomplet, voire faux. Alien Theory n’a fait que prolonger le truc, rallonger le processus. Si l’on pointe du doigt cette émission, je pense qu’on pointera tôt ou tard du doigt les fictions, et là, en tant qu’auteur, c’est moi qui suis gêné.
Je vois surtout dans le déficit de confiance envers les autorités une conséquence de la lente érosion des systèmes éducatifs, qui depuis quarante ou cinquante ans visent à former des employés, pas des citoyens. À force de réduire les programmes ou d’en censurer des passages entiers, on finit par fabriquer des abrutis qui n’ont pas de réel sens critique et qui sont incapables d’entrer dans une conversation où deux personnes échangent (un dialogue, quoi).
Je garde un très bon souvenir de Dark Skies, sans doute le haut du panier de tous les X-Files-like, qui traitait peut-être de thèmes communs sur les aliens avec des archétypes de personnages similaires, mais qui le faisait dans le cadre des années 60. Dommage qu’il n’y ait qu’une saison. Dans les cousins éloignés, j’avais bien aimé Le Visiteur, autre série qui n’ira pas plus loin que sa première saison mais qui me plairait sans doute moins aujourd’hui (un formula show avec un être gentil aux pouvoirs extra-normaux qui fait le bien partout où sa route le conduit, comme on a eu plein, des Routes du Paradis à Joséphine, ange gardien, mais avec un fond de complot alien et un peu d’écologie !).
Une réalité qui commence à dépassé l’inconscient pour arriver dans le concret, comme le montre des mouvements réels tel que QAnon.
Ma petite théorie du complot maison serait qu’Ancient Aliens soit une suite non-officielle de l’univers Stargate ! ;-p
Je reconnais que j’ai fait un gros raccourcis plus haut en associant théorie des anciens astronautes et défiance globale d’une partie de la population envers les autorités. A force de parler de raisonnements biaisés, j’ai fini par en faire moi-même !
On peut aussi reparler de la télé-réalité dont tu parlais plus haut, et en particulier celles de scripted reality comme Les Anges où tout n’est que conflits permanents, caprices et clash pour un rien. Avec de tels scènes présentées comme de la « réalité », il n’est pas étonnant qu’une partie des spectateurs adoptent ce genre de comportement dans leur quotidien, et surtout sur les lieux de sociabilité (les salles de classe en première lieu).
Les réseaux sociaux reflètent un peu tout ça aussi, une partie des utilisateurs n’est pas là pour échanger des opinions, mais pour clamer son point de vue (la simple opinion devenant un argument d’autorité).
J’ai un très bon souvenir aussi de cette série, notamment parce que je trouve qu’Eric Close est un excellent acteur toujours sous-employé. Et puis, y a le formidable et regretté J. T. Walsh.
Le problème de ce genre de séries, et c’est encore plus criant quand elles se déroulent dans le passé, c’est que tôt ou tard, elle finit par exonérer les humains de leurs responsabilités, puisque les méfaits sont le résultat d’action ou de pressions exercées par les envahisseurs. C’est le cas notamment avec l’épisode évoquant les émeutes de Watts, et là, même si c’est grisant, il y a un arrière-goût.
Tu sais, il suffit de continuer à chercher pour trouver des tas de coïncidences amusantes. Ou pas. Et il suffit d’avoir un esprit tordu, sectaire ou militant pour y voir autre chose que des coïncidences. Par exemple, le documentaire de Harald Reinl reprenant le sommaire d’Erinnerrungen an die Zukunft a été remonté et commenté pour une deuxième exploitation américaine, en 1973, sous le titre In Search of the Ancients Astronauts, et cette fois-ci le narrateur, c’est Rod Serling, celui de la Quatrième Dimension. Soupçonnant que ce soit ce nouveau montage qui soit à l’origine de l’expression « ancients astronauts », cela me conduit à affirmer que tout est lié, et que Srling est un initié qui sait que les extraterrestres sont parmi nous, il nous l’a déjà dit plusieurs fois !
Plus sérieusement, il suffit souvent de creuser un peu pour trouver des liens entre des choses. La causalité est souvent ajoutée a posteriori.
Je suis assez d’accord : et ces adversités se situent dans un contexte de compétition. Il faut être le meilleur : le meilleur pâtissier, la meilleure shoppingueuse… L’entraide, le collectif, tout ça est bien mis sous le boisseau. C’est la télé de la pensée unique libérale, celle de l’individualisme.
Il n’est pas étonnant que le complotisme (je fais un distinguo entre la « théorie du complot », qui me semble être une grille de lecture qui peut s’appliquer à de la fiction ou à la réalité, mais qui, à doses homéopathiques, favoriserait une certaine forme de regard critique, et le « complotisme », qui selon moi est une contagion mentale lorgnant vers la paranoïa - j’ai eu une grand-mère paranoïaque : c’est pas facile) s’enracine si facilement : le complot présuppose une action de groupe. Un groupe, c’est un collectif (une caste, un ordre, une secte), et dans le monde individualiste qui est le nôtre, le groupe, l’action collective, c’est le mal.
C’est ce qui est terrible dans toute cette affaire : on pousse les gens (et encore plus les jeunes) à être de plus en plus critique, à s’informer par eux-mêmes, à toujours réfléchir à deux fois à ce qu’ils entendent, mais mal maitrisé cet exercice hypercritique finit par laisser la porte ouverte aux théories du complots séduisantes.
Sans oublier le fameux biais du « bous émissaire », qui fait qu’il est toujours plus facile (si ce n’est agréable) d’imaginer que tous nos malheurs sont dus à un groupe malveillant plutôt qu’à un ensemble de raisons plus complexe et/ou nos propres erreurs. Cela tend à se confirmer quand on voit le succès de certaines théories chez des groupes sociaux défavorisés et/ou marginalisés, même s’il ne faut non plus tomber dans un mépris de classe quand on voit que certains groupes que l’on pourrait qualifié d’instruits (j’ai pas d’exemple concret ni de lien sous le main à vous filer, je cite de tête des souvenirs d’une formation de l’Education nationale assez passionnante sur le sujet que j’ai suivie il y a deux ans).
Bien sûr. Parce que l’autorité est constamment remise en doute, sous toutes ses formes (politiciens corrompus, police violente, institutions incompétentes / dépourvues de moyens…), et on met en avant la figure de l’homme providentiel, qui bien sûr est soi autodidacte soi self-made-man (et dans la majeure partie des cas, c’est faux), de sorte qu’on amène les gens à ne plus s’informer à des sources sinon fiables, du moins reconnues. Si bien que, par un mécanisme intellectuel, on découvre des gens dont on estime qu’ils ont raison, pour la seule raison qu’on pense comme eux voire qu’on pense pas du tout et qu’ils offrent un modèle facilement préhensible.
Bien sûr : et pour peu que ce soit un groupe (les Juifs, les gens du voyage, les politiciens, les riches, les migrants, les femmes, les gays, les lobbyistes…), c’est vachement pratique, parce que c’est informe, un groupe, c’est personne et tout le monde.
Certes non, mais bon, ça favorise. Dans le monde libéral qu’on nous prépare depuis quelques décennies, à grands renforts de dérégulation, l’accès à l’éducation est de plus en plus associé à l’accès au confort matériel. Quand tu fais tes devoirs sur tes genoux, au bord de ton lit, parce qu’il n’y a pas la place dans l’autre pièce, tu pars déjà avec un handicap.
J’écoutais ce midi une émission télé sur les arnaques. Au-delà de la description des mécanismes, avec caméra cachée et tout, ce qui était intéressant, c’était le commentaire social. Les démarcheurs des arnaques organisées épluchent tous les numéros de l’annuaire, et attaquent ceux qui répondent, mais leurs cibles privilégiées, ce sont les gens qui vivent en banlieue pauvre (et en campagne isolée). Parce que ces gens sont les victimes idéales, elles vivent dans des passoires thermiques et sont intéressées par des isolations à un euro symbolique. Et n’ont de toute façon aucun moyen de financer une procédure pour récupérer le pognon perdu. Et tout est lié : pas d’argent, ça veut dire un accès plus difficile à la culture, ne serait-ce qu’à la lecture, l’écriture et les interactions que cela implique. Ça en fait des proies plus faciles, des citoyens plus faibles, et pour peu qu’ils développent un quelconque ressentiment, celui-ci risque de s’exercer à l’encontre des mauvaises personnes. Comme disait Malraux, si on force les gens à vivre bas, on ne peut attendre de leur part qu’ils pensent haut. De là, tout ce qu’on décrit, le complot, le bouc émissaire, ça trouve un terreau fertile.
Je discutais avec un copain qui m’a parlé d’un propos d’Emmanuel Todd sur l’ENA. Faut que je retrouve la source, je ne sais plus si c’est un texte ou pas. Bref. Et donc, si j’ai bien compris (attention, je vais résumer à grands traits, c’est tel que j’ai saisi le truc…), les énarques, quand ils rentrent, ils doivent démontrer qu’ils sont favorables à l’euro, à la dérégulation, au marché, etc. En gros, ils viennent s’imbiber d’idées pour lesquelles ils ont un a priori positif dont ils ont déjà fait la démonstration. Si on pense différemment, si l’on avance des idées keynésiennes dans le marigot friedmannien, on n’ira pas loin à l’ENA.
Ces gens sont promis à des carrières dans la haute administration et, en gros, à saisir les rênes de la France tôt ou tard. Ils proviennent en général d’une bourgeoisie plus ou moins riche mais urbaine et citadine (la bourgeoisie provinciale chère à Mauriac, c’est un peu fini désormais), on savait donc déjà qu’il y avait un mécanisme d’auto-reproduction au sein des élites. Mais c’est pareil dans le tourbillon des idées, le libéralisme entretenant le libéralisme. Je ne sais plus si c’est Stiglitz ou Jean Ziegler qui parlait du libéralisme comme d’une religion. Et il y a de ça.
S’il y a un complot, selon moi, il est là.
Oui, ça, j’avais vu. J’adore le silence de Taddei à l’apparition du mot « ENA ».
Je vais demander à mon pote s’il a vu ça à la télé ou si c’est dans un bouquin.