Du sang dans le tube cathodique

L’Homme Sans Visage.

Produit en 1974, réalisé par Georges Franju sur un scénario de Jacques Champreux (le petit fils de Louis Feuillade), ce feuilleton raconte les méfaits d’un criminel émule de Fantômas.

Au départ, c’est d’ailleurs les aventures du célèbre criminel que les auteurs voulaient adapter à l’écran : une version “sérieuse”, très éloignée de la version d’André Hunebelle avec Louis de Funès et Jean Marais. Mais les exigences des aillant droits de Souvestre et Allain se sont avérées si élevées que les auteurs ont été contraints d’inventer leur propre personnage.

Champreux prête son physique au diabolique personnage.

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Champreux sous la cagoule rouge de l’Homme Sans Visage.

1er épisode : La Nuit du Voleur de Cerveaux.

La découverte de cadavres trépanés au fond d’un canal émeut l’opinion publique. Le commissaire Sorbier (Gert Froebe) traque celui que la presse a baptisé “le voleur de cerveaux”. Entretemps, sous le couvert d’une innocente officine de mercerie, la tenancière, une vieille dame appelée Mademoiselle Ermance, recrute des truands pour le compte d’un homme mystérieux qui contrôle la pègre parisienne. Véritable transformiste, Mademoiselle Ermance n’est que l’une de ses identités. Il a identifié le Voleur de Cerveaux : il s’agit d’un médecin dément,** le docteur Dutreuil (Clément Harari) officiellement décédé en Amérique Latine, qui poursuit des recherches afin de transformer des cobayes humains en zombie obéissants. L’Homme Sans Visage **charge sa complice, “la Femme” (Gale Hunnicutt), de répondre à une petite annonce du docteur afin de le piéger et de l’enlever pour l’obliger à travailler pour lui. Cependant, la police est sur les trace du Voleur de Cerveaux. Un fragment de végétal relevé sur l’une des victimes provient d’une essence d’arbres très rares en région parisienne. Un hélicoptère de la police survole alors la banlieue afin de repérer une propriété avec l’un de ces arbres. La villa est repérée tandis que le docteur, l’Homme sans Visage et ses complices s’enfuient. Le criminel met à la disposition de Dutreuil un laboratoire afin qu’il achève ses travaux. Il lui fournira désormais le matériel et des cobayes, des travailleurs clandestins que ses hommes enlèveront.

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Le docteur Dutreuil (Clément Harari) et son mécène.

L’action se met en place. Certaines naïvetés du scénario peuvent faire sourire (la recherche d’arbres en hélicoptère ressemble à celles d’aiguilles dans une meule de foin) cependant il y a suffisamment d’éléments insolites (cadavres trépanés, organisation criminelle secrète, chef mystérieux, savant fou…) pour retenir l’attention des amateurs de récits policiers imprégnés de fantastique.

Gert Froebe est un acteur allemand surtout connu pour avoir incarné Goldfinger à l’écran dans le 3e James Bond officiel. Il a également joué dans *Le Diabolique Docteur Mabuse *de Fritz Lang, un autre génie du crime.(Mabuse, pas Fritz Lang !)

**Jacques Champreux **est le petit-fils de Louis Feuillade qui réalisa une adaptation muette de Fantômas et la première version de Judex. Il est également le scénariste de l’excellent feuilleton Les Compagnons de Baal, réalisé par Pierre Prévert.

Georges Franju est un réalisateur français à qui l’on doit quelques classiques du cinéma fantastique français comme* Les Yeux sans Visage* (avec Pierre Brasseur) ou Judex (2e version.)

Le Sacristain, un truand recruté par Mademoiselle Ermance, est incarné par Jean Saudray, un acteur au visage marquant habitué des seconds rôles à la télévision (Chéri Bibi) comme au cinéma (Les Malheurs d’Alfred.)

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Jean Saudray dans Alexandre le Bienheureux, avec Ph. Noiret.

2e épisode : Le masque de plomb.

Sur une route de campagne, une équipe de faux gendarmes intercepte un fourgon rempli de travailleurs clandestins. Passagers et conducteurs sont gazés et emmenés dans le repaire de l**'Homme Sans Visage**. Ils serviront de cobayes au **docteur Dutreuil **et fourniront au criminel une armée d’esclaves obéissants.

La Futaille et le Sacristain, deux truands recrutés par** Mlle Ermance** dans l’épisode précédent, reçoivent l’ordre de ramener Bernard Trévoux, un mécanicien. Celui-ci est froidement exécuté par l’Homme Sans Visage. La Futaille et le Sacristain sont ensuite chargés de déposer le corps dans un coffrage sur un chantier. Les deux hommes sont photographiés en pleine action par leur employeur qui tient ainsi à s’assurer de leur loyauté.

  • L’Homme Sans Visage, véritable Fregoli du Crime, se métamorphose devant son miroir.*

La fiancée de Bernard se rend à la police pour signaler son enlèvement. Elle révèle au commissaire Sorbier que Bernard travaillait sur un prototype de voiture radio-commandée pour le compte d’un mystérieux homme masqué d’une cagoule rouge.

L’inspecteur Péclet se rend sur le chantier de la Cité du Bonheur, chez le dernier employeur connu de Bernard Trévoux. Il est éconduit par le promoteur** Léopold de Baklava**, une des nombreuses fausses identités de l’Homme Sans Visage. Péclet ignore qu’il passe à deux pas du corps de Trévoux tandis qu’on remplit de béton le coffrage dans lequel la Futaille et le Sacristain l’ont jeté.

Albert, le domestique endetté de Maxime de Borrego, un historien réputé, se rend à l’officine de Mlle Ermance afin d’y vendre une information : il affirme que son maître connaît la cachette du trésor des Templiers. L’Homme Sans Visage décide de s’en emparer quitte à torturer de Borrego pour le faire parler. Toutefois, de Borrego semble avoir d’autres secrets.

Maxime de Borrego dissimule un étrange masque de plomb derrière un faux tableau.

L’intrigue continue de se mettre en place : Durieux fabrique des robots humains, l’Homme Sans Visage a fait mettre au point une voiture radio-commandée, il tient la Futaille et le Sacristain par le chantage, il convoite le fantastique trésor des templiers…

Le récit intègre des éléments de la réalité quotidienne des années 70 : la frénésie de construction anime encore le pays tandis que les premiers effets du choc pétrolier se font sentir (on achève alors de créer les villes nouvelles comme Sénart ou Étang-de-Berre, on inaugure la Tour Montparnasse en 1973… Le discours de Baklava, faux philanthrope, rappelle celui du Corbusier, vrai architecte de la *Cité Radieuse *à Marseille, achevée en 1952.) Les travailleurs clandestins évoquent une réalité économique moins glorieuse - la politique de contrôle des flux migratoires est mise en place en 1974, l’année de production du feuilleton. Il est notable que les clandestins soient Portugais, leur pays n’a alors pas encore rejoint la Communauté Économique Européenne (il faudra attendre encore 12 ans.)

3e épisode : Les tueurs sans âme.

L’Homme Sans Visage ne parvient pas à faire parler **Maxime de Borrego **qui meurt sous la torture, non sans avoir évoqué une mystérieuse “lèpre rouge”. Avec la complicité d’Albert, il se fait passer pour le neveu de sa victime, Paul, afin de s’introduire à son domicile et de fouiller ses archives… Mais il est confondu par le retour inopiné de Paul et échappe de justesse à la police. Albert, lui, est arrêté.

Quelque part, dans les catacombes, **les Templiers **jurent de venger la mort de leur sénéchal, Maxime de Borrego.

Un cobaye du professeur Durieux.

Entretemps, le docteur Durieux est parvenu à transformer ses cobayes en zombies dociles. L’Homme Sans Visage saisit l’occasion pour les tester : il les programme pour assassiner Albert en plein commissariat. Les deux robots humains abattent leur cible sans aucun état d’âme. Paul, renvoyé chez lui, échappe de peu à un enlèvement : il est emmené à bord du taxi-robot mis au point par Bernard Trévoux, mais la présence de la police oblige l’Homme Sans Visage à relâcher sa proie. Le taxi est détruit. Paul se rend alors chez Martine, son amie et se confie à elle. Leur conversation est interrompue par l’arrivée de l’Homme Sans Visage qui, sous une identité d’emprunt, prétend s’intéresser aux travaux de styliste de Martine. Il profite d’un instant d’inattention pour semer des micros dans l’appartement puis prend congé. Mais l’arrivée d’un nouveau personnage déjoue ses plans : Séraphin Beauminon, détective et “dernier des poètes parnassiens” (ce qui ne l’empêche pas de citer Baudelaire), appelé par Martine. Par inadvertance, il noie l’un des micros dissimulé dans un vase.

Le Chapitre des Templiers jure de venger la mort d’un de ses membres.

Le récit prend corps : le héros (Paul de Borrego) entre en scène, ainsi que sa fiancée (Martine) et son faire-valoir (Séraphin.) Ne nous leurrons pas, leur introduction tardive montre que le véritable héros est bien le méchant, l’Homme Sans Visage. Celui-ci a désormais un but (trouver le Trésor), des** moyens **(hommes de mains, robots-humains, voitures-robots) et des antagonistes (Paul, Sorbier mais aussi, les Templiers.)

On retrouve l’ambiance des** romans-feuilletons** avec passages secrets, voitures piégées, sociétés secrètes, malédictions et un goût affirmé pour la mascarade et les fausses identités.

Léopold de Baklava. Sous les traits du grand bourgeois mécène et philanthrope se cache un redoutable assassin.

L’Homme Sans Visage et ses acolytes masqués ne dépareilleraient pas dans une galerie de super-vilains. Il dispose d’ailleurs d’une arme particulière : une lame rétractable, dissimulée dans son poignet, qu’il peut éjecter en tendant le bras. Champreux a révélé qu’il s’était inspiré de… Spider-Man. Voilà qui explique la **cagoule rouge **et les angles dessinés autour des yeux de l’Homme Sans Visage. Il n’en a rien dit à Franju qui n’aimait pas la bande-dessinée.

Séraphin Beauminon est incarné par **Patrick Préjean **: détective fauché, poète et gaffeur, il tranche avec ses homologues américains “durs à cuir”. On est très loin de **Mannix **mais assez proche d’Alfred Cocantin, le détective fantasque joué par Jacques Jouanneau dans le Judex de… Franju. Le jeu de Préjean, très expansif, peut agacer certains, mais il compense le “sérieux” appuyé (voire le non-jeu) des autres protagonistes. En fait, Beauminon est de loin le personnage le plus sympathique que l’on ait rencontré jusqu’alors dans ce feuilleton. On vu Patrick Préjean dans de nombreux films au cinéma et à la télévision : il est, entre-autres, le coq - le cuisinier - de Bernard Fresson/Joe Gaillard dans la série homonyme, Zouroc, le comparse de Mario David dans le James Bond français A vous de jouer, Milord et l’inspecteur Vacherin, au côté de Roger Carel dans La Nouvelle Malle des Indes… Il a également joué dans de nombreuses pièces de théâtre et prêté sa voix au doublage de films et séries télévisées.

Les **Parnassiens **sont un cercle de poètes (hélas, disparus) qui privilégient la beauté de la forme sur le fond. On peut citer Léon Dierx ou José Maria de Hérédia (lequel a écrit un très beau sonnet sur le Samouraï).

4e épisode : La mort qui rampait sur les toits.

*Résumé : Séraphin Beauminon, le détective, et Paul de Borrego sont chez Martine, la fiancée de ce dernier. L’Homme Sans Visage les espionne par le truchement de micros.
*

Séraphin découvre le dernier micro que l’Homme Sans Visage a laissé chez Martine. Les trois compères s’isolent et **Paul **révèle que son oncle Maxime l’a cherché de retrouver un navire templier coulé dans un haut-fond. Il leur apprend que, bien avant Colomb, les Templiers avaient découvert l’existence du continent américain et en ramenaient de l’or. Il a retrouvé **une clé **conçue dans un alliage inconnu qui ressemble à de l’or. Séraphin décide de **piéger **l’Homme Sans Visage en lui faisant croire que Martine connaît le secret qu’il recherche, espérant l’attirer dans une souricière montée avec l’aide de la police.

La nuit même, la Femme, compagne de l’Homme Sans Visage, se glisse dans l’appartement de Martine pour l’enlever. Mais elle découvre que Séraphin l’a remplacée. Elle s’enfuit. La police finit par l’arrêter après une traque sur les toits ainsi que deux de ses complices, le Sacristain et la Futaille, faux infirmiers qui devaient emporter Martine droguée. Cette victoire aura coûté la vie à deux inspecteurs et à une civile innocente. Et elle est de courte durée : un commando de motards mené par l’Homme Sans Visage libère immédiatement les prisonniers. La Futaille a perdu ses gants dans l’opération. Devenant identifiable à cause de ses empreintes, l’Homme Sans Visage décide de le faire taire en le transformant en robot humain.

Paul reçoit la visite du Dr Petrie, un Anglais qui menait des recherches sur les Templiers avec le concours de son oncle Maxime. Paul décide d’utiliser la réputation du Dr Petrie pour appâter l’Homme Sans Visage : il fait annoncer la vente aux enchères des collections de son oncle à l’Hôtel Drouot, parmi lesquels des faux authentifiés par le Dr Petrie qui révèleraient la cachette du trésor des Templiers.

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© TF1
Le repère high-tech de l’Homme Sans Visage.
(Notez les machines à écrire dernier cri.)
On pense aux décors clinquants des méchants bondiens designés par Ken Adam…
Avec un budget moindre.

Un épisode qui baigne dans une étrange poésie où se mêlent le grotesque et le macabre (la vision de la main ensanglantée d’une victime de la Femme, tuée l’espace d’une ellipse, est particulièrement saisissante.) Franju apporte un grand soin aux scènes nocturnes se déroulant sur les toits de Paris, filmées dans une ambiance bleutée et irréelle qui n’est pas sans évoquer son Judex. On note une constante visuelle : lorsque l’Homme Sans Visage apparaît à la tête de son commando de motards, il porte une combinaison intégrale noire mais la couleur rouge de son casque le distingue de ses hommes. Les péripéties s’enchaînent : la souricière échoue (pourtant, le commissaire Sorbier reste en place après ce sanglant fiasco !) mais Paul tend déjà un nouveau piège tandis que l’Homme Sans Visage se montre impitoyable avec ses serviteurs défaillants… Nous sommes en plein roman-feuilleton, l’accumulation des rebondissements compensant leur invraisemblance. Le nom du Dr Petrie est probablement une référence à l’un des adversaires du Dr Fu Manchu, savant fou inventé par Sax Rohmer, vedette de romans populaires et de **serials **dont les auteurs revendiquent la filiation.

On découvre **un Paris différent d’aujourd’hui **où subsistent terrains vagues et modestes maisons avec échoppes de petits commerces et où l’on entend résonner le cri des enfants qui jouent. Martine, la styliste, quant à elle, vit dans un quartier du centre, en cours de gentrification. On y entend le bruit des marteaux-piqueurs. **Un Paris qui change. **

Cette opposition se retrouve avec le troquet pittoresque, Au Clairon de Sidi Brahim, qui sert de paravent aux activités de l’Homme Sans Visage, et son repaire sous-terrain, rutilant et moderne. Le bar est toujours désert à l’exception du patron taciturne et de deux hommes de main tapant le carton, les murs sont défraîchis, on y entend une musique de fond évoquant le bal musette… mais les éléments du décor dissimulent des trappes et le percolateur cache un tuyau dans lequel circulent les pneumatiques. Le centre de contrôle de l’Homme Sans Visage est équipé de téléphones, d’écrans de télévision, d’ordinateurs… Les murs, les meubles et les sols sont blancs et froids. Une ambiance minérale et high-tech digne d’un moderne Fantômas.

**Gérard Croce (La Futaille) **est un habitué des seconds rôles au cinéma.

5e épisode : La marche des spectres.

**L’Homme Sans Visage **s’introduit nuitamment à l’hôtel Drouot où doivent être vendus **les sceaux qui révèlent la cachette du trésor des Templiers mais il est surpris par Paul de Borrego **qui le **blesse **au bras droit. Il parvient cependant à s’échapper, non sans avoir donné l’ordre à ses tueurs sans âmes, qu’il a introduit dans le bâtiment à la barbe de la police en les faisant passer pour des mannequins, de tuer ses adversaires. ceux-ci en réchappent de justesse.

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© Terra films (Paris) et S.O.A.T. (Milan)

Les tueurs sans âmes de l’Homme Sans Visage : masques blafards, orbites vides, longs manteaux, brassards rouges et démarche saccadée.

Les sceaux sont achetés par un vieil original, un homme du commissaire Sorbier qui doit servir d’appât pour l’Homme Sans Visage. Celui-ci parvient à s’emparer des sceaux lors de leur transfert en train, déjouant à nouveau les plans de la police. Le professeur Petrie annonce alors que les sceaux étaient des faux.

L’Homme Sans Visage le fait assassiner par un de ses robots humains.

Entretemps, le Sacristain cherche à découvrir ce qu’il est advenu de son complice La Futaille. Il passe à tabac le patron du Clairon de Sidi Brahim sans autre résultat que d’être désigné pour cible à son ami, devenu lui aussi un robot humain. Cependant, La Futaille contrevient à sa programmation en ne tirant pas sur son complice, mais il est **abattu **par la police sous les yeux de celui-ci.

Le corps de** Bernard Trévoux **refait surface à la Cité du Bonheur : le décoffrage d’un pilier révèle sa main, ornée d’une chevalière qui l’identifie. Léopold de Baklava, le promoteur, convoque l’inspecteur Péclet et dément toute implication dans l’affaire. Toutefois, une indiscrétion de la secrétaire du promoteur attire l’attention de l’inspecteur : de Baklava est blessé au bras droit comme l’Homme Sans Visage ! Pour confondre le criminel, Paul et l’inspecteur veulent obtenir un échantillon de son A.D.N. mais pour cela, il faut un prélèvement de sang ou de salive. En dépit du scepticisme de Sorbier, Paul envoie Séraphin Beauminon se procurer l’échantillon au petit village où habite de Baklava.

Le rouge, couleur-signature de l’Homme Sans Visage, sert de repère aux robots-humains afin qu’ils se reconnaissent entre-eux.

Dans le rôle du vieil original, on retrouve Raymond Bussières, habitué des seconds rôles à la télévision (Les Compagnons de Baal, Chapeau Melon et Bottes de Cuir - épisode La Licorne, *Tim *- avec Roger Carel dans le rôle de la Mort ! ) et au cinéma (La Malédiction de Belphégor).

Les péripéties s’enchaînent parfois en dépit de toute logique, ainsi, l’Homme Sans Visage, plus Homme-Araignée que jamais, grimpe sur un train lancé à pleine vitesse grâce à de puissants électroaimants… alors qu’il est censé être blessé au bras ! Plus tard, la blessure de Léopold de Baklava l’empêche même de signer des chèques ! La Futaille est lancé presqu’instantanément aux trousses du Sacristain après sa descente au Clairon de Sidi Brahim, et il est abattu par des policiers qui l’ont reconnu de loin et de nuit comme un suspect recherché ! On est dans la logique propre aux romans-feuilletons qui cherche le rythme plutôt que la vraisemblance.

6e épisode : Le sang accusateur.

Séraphin Beauminon doit s’acquitter de la difficile mission de ramener un échantillon de salive de Léopold de Baklava afin de le comparer avec le sang de l’Homme Sans Visage. Hélas, c’est celui du double de Baklava qu’il prélève, et il tombe (littéralement) dans un piège tendu par “l’authentique” Baklava : le voilà prisonnier d’une fosse dans laquelle le criminel l’abandonne afin qu’il meure d’inanition. Heureusement, **un ange-gardien **veille sur le détective poète et il alerte Paul de Borrego qui tire Séraphin de ce mauvais pas.

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© Terra films (Paris) et S.O.A.T. (Milan)
Le sang versé parviendra-t-il à confondre l’Homme Sans Visage ?

De retour à Paris, les analyses révèlent que le sang et la salive proviennent de deux personnes différentes. Loin de renoncer, Séraphin et Paul retournent au village où séjourne de Baklava et le ramènent de force. Il s’agit en fait du double, un acteur de second plan tenaillé par les remords à cause du rôle qu’on lui fait endosser, et qui offre spontanément de coopérer. Ses révélations sont déterminantes.

La gendarmerie investit le château de Baklava et y découvre des caches d’armes et la logistique d’une entreprise criminelle de grande envergure. Le faux mécène est démasqué et une équipe de policiers se rend à son bureau parisien pour l’arrêter. Pourtant, l’Homme Sans Visage leur échappe une nouvelle fois et prépare déjà sa riposte : il fait placer chez Paul, dans l’ancienne demeure de son oncle assassiné, un ciboire précieux qu’il avait dérobé ainsi qu’un robot humain. La police perquisitionne chez Paul au petit matin et découvre les preuves accablantes de ses liens, voire de sa complicité, avec l’Homme sans Visage… Pour le commissaire Sorbier, sa culpabilité ne fait aucun doute…

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  • © Terra films (Paris) et S.O.A.T. (Milan)

L’Homme Sans Visage n’est pas encore vaincu. Il contrôle toujours la pègre parisienne et il est plus déterminé que jamais à s’emparer du fabuleux trésor des templiers.
*

Un épisode fertile en rebondissements où l’on voit que** les Templiers **agissent dans l’ombre pour protéger les adversaires de l’Homme Sans Visage. Celui-ci est confondu mais pas abattu et se montre particulièrement retors : il fait accuser son principal adversaire de meurtre et divise ainsi ses ennemis. Un **retournement **classique dans l’esprit des romans feuilletons.

Quelques clichés amusants : Baklava s’entoure de jeunes et jolies secrétaires qu’il laisse inoccupées. On les voit passer leur temps à bavarder et à feuilleter des magazines ! Les villageois qui habitent près de la résidence de Baklava offrent un spectacle digne de Clochemerle : dans un premier temps, ils viennent lui proposer de se présenter aux municipales contre le maire sortant puis, mis au courant de ses activités criminelles, le présentent aux gendarmes comme un arriviste qui ambitionnait de chasser de la mairie l’édile auxquels ils sont si attachés. **Qu’est-ce que ça devait être à la Libération ! **

7e épisode : Le rapt.

Paul de Borrego est interrogé par le juge qui le soupçonne d’être, sinon l’Homme Sans Visage, du moins son complice. **Il doit être transféré en prison. **Mais le fourgon est intercepté et immobilisé par deux faux motards de la police. Pendant l’arrêt, le plancher du fourgon est éventré et Paul est enlevé. Il est retenu dans une bâtisse isolée tandis que la police le recherche. **L’Homme Sans Visage à l’intention de commettre ses crimes en laissant des indices qui accusent Paul. **Le salut se présente sous la forme d’un jeune monte-en-l’air, **“Moule-à-Singe” **qui “visite” les maisons isolées. Paul le charge d’un message pour Séraphin et Martine. Ceux-ci trompent alors la vigilance de la police et s’enfuient par les toits.

Pendant ce temps, **l’Homme Sans Visage progresse dans sa quête du fabuleux trésor des Templiers. **Il met à jour une galerie menant à une salle souterraine secrète mais le couloir est obstrué. **Un message d’avertissement met en garde contre la Lèpre Rouge.
**
**Séraphin libère Paul **grâce à un subterfuge. Séparés de Martine, **les deux hommes se cachent chez un receleur, Pogne-en-Jonc, recommandé par Moule-à-Singe. Or, le Sacristain s’est également réfugié chez Pogne-en-Jonc. Il croit reconnaître en Paul celui qui a commandité son assassinat et tente de le tuer. Le Sacristain, réalisant que Paul n’est pas l’Homme Sans Visage, retourne alors sa veste et leur propose une alliance contre le mystérieux criminel. Celui-ci fait diffuser dans la pègre un avis de recherche contre Paul. Pogne-en-Jonc trahit Paul. Le Sacristain le surprend au téléphone et l’étrangle. Paul et Séraphin acceptent mal d’être les complices d’un meurtre mais le temps presse car l’Homme Sans Visage assiège la maison à la tête d’un commando.
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© Terra Film (Paris) et SOAT (Milan)

L’Homme Sans Visage, un Fantômas moderne.

**L’épisode démarre par un long tunnel de dialogues **au terme duquel le Juge s’adresse directement au téléspectateur en citant Conan Doyle (“that is the problem”). Le rapt de Paul est extravagant. Les motards incitent les conducteurs du convoi à stationner sur une fosse, préparée à l’avance en rase-campagne, et à partir de laquelle un complice découpe au chalumeau le plancher du fourgon. le bruit est masqué par la pétarade des motos des faux policiers ! (Une péripétie qui n’est pas sans rappeler l’évasion d’Alain Delon au début du Clan des Siciliens.) Les rebondissement s’enchaînent avec plus ou moins de crédibilité. Les personnages se retrouvent et se préparent au final. “Moule-à-Singe” et “Pogne-en Jonc” sont des surnoms de truands qui fleurent bon le roman populaire duquel se réclament les auteurs.

8e épisode : Le secret des Templiers.

Dernier épisode. Attention, spoilers !

Paul, Séraphin et le Sacristain sont assiégés dans la maison de Pogne-en-Jonc par l’Homme Sans Visage à la tête d’un commando. Paul est blessé et le Sacristain est touché mortellement à son tour, mais les sirènes de la police obligent les tueurs à s’enfuir, non sans enlever Martine qui arrivait malencontreusement sur les lieux. Les policiers recueillent la confession du Sacristain, seul être (encore) vivant sur les lieux.

Moule à Singe amène Paul et Séraphin chez le docteur Fortier, un praticien altruiste qui soigne sans questionner les blessés ou les clandestins. (On peut voir en lui le pendant positif du malfaisant Dutreuil.) Les deux hommes trouvent là un répit. Pendant ce temps, les Templiers décident d’utiliser les travailleurs immigrés clandestins pour débusquer l’Homme Sans Visage et le Voleur de Cerveaux (voir le premier épisode.) Ils font remettre aux clandestins des bijoux en or radioactif. Un détecteur permettra alors de les localiser. L’Homme Sans Visage a en effet besoin de plus en plus d’esclaves robots humains pour dégager les galeries qui le conduiront au secret des Templiers.

Paul et Séraphin quittent la maison du Dr Fortier dans l’espoir de libérer Martine, mais c’est pour mieux tomber entre les mains de leur adversaire qui les livre à son complice, Dutreuil, afin qu’il les opère. Heureusement, un raid providentiel des Templiers, qui ont enfin localisé son repaire, met fin aux projets du criminel : son organisation est anéantie, Dutreuil, dans un acte de démence, s’est enfui, et la police délivre Paul, Séraphin et Martine. Il ne reste plus qu’à ramasser les cadavres… Cependant, l’Homme Sans Visage manque à l’appel.

De retour au domicile de son oncle, Paul et ses compagnons sont accueillis par le Grand Maître du Temple. Un passage secret les conduit jusqu’au lieu où leur sera révélé le secret des Templiers. Ces derniers ont ramené du Nouveau Monde bien plus que de l’or : des machines capables de transformer la matière en or, fonctionnant suivant un cycle sans fin car elles génèrent leur propre énergie. Les Templiers les ont cachées sous Paris, dans les souterrains, mais doivent les surveiller en permanence pour qu’elles n’échappent pas à leur contrôle. Elles sont en effet radioactives, ce qui explique la** “lèpre rouge”** qui frappe les gardiens et les masques de plomb qui ne représentent qu’une faible protection contre la radioactivité. Pour assumer leur rôle de gardiens, les Templiers sont entrés dans le siècle et se sont mariés afin d’avoir une descendance destinée à poursuivre leur tâche. Maxime de Borrego a désobéi au Temple, renonçant à l’amour et à une descendance afin d’éviter un sort funeste à sa progéniture. Paul est devenu son fils de substitution, hors d’atteinte des obligations de l’Ordre.

En surface, mademoiselle Ermance ferme son magasin. Accompagnée de sa nièce, elle fait ses adieux à une voisine… mais ce n’est qu’un au revoir.

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  • © Terra Films et S.O.A.T. Milan*

Le dernier épisode se clôt en beauté avec affrontement d’hommes masqués et révélations abracadabrantesques. Franju et Champreux renouvellent le thème du trésor des Templiers et de la **Pierre philosophale **(*) en imaginant des machines issues d’une lointaine civilisation précolombienne dont les descendants ont oublié l’origine. Dans les années 70, les théories sur **l’origine extraterrestres des civilisations précolombiennes **sont en vogue.

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© Disney-Marvel

La conclusion apporte donc des réponses à tous les éléments de l’intrigue, même les plus mineurs, sauf un… Qui est véritablement l’Homme Sans Visage ? Peut-être Jacques Champreux et Georges Franju comptaient-ils répondre à cette question dans une nouvelle série, d’où cette fin ouverte ? Nous n’en saurons rien car l’Homme Sans Visage n’eut aucune suite, même si un montage pour le cinéma intitulé** Nuits Rouges** fut tiré du feuilleton (et projeté avant sa diffusion à la télévision.)

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*Affiche allemande du film Nuits Rouges.
On notera que la présence de Gert Froebe est un argument commercial bien mis en avant.
*

Fantômas sera adapté en 1979 en une série de quatre téléfilms assez inégaux, en dépit de la participation de Claude Chabrol, et auxquels ne participeront ni Franju, ni Champreux… Ce qui est bien dommage, car ce dernier avait ouvertement déclaré - par l’intermédiaire de son personnage dans* Les Compagnons de Baal *- qu’il désirait incarner Jérôme Fandor à l’écran. On aurait aimé voir ce qu’aurait donné une adaptation par les deux hommes.

(*) Le thème, très riche (!), de la Pierre philosophale est abordé dans Les Compagnons d’Eleusis, feuilleton fantastico-policier en 30 épisodes de 15 mn, tirés d’un scénario d’Alain Page ; un feuilleton diffusé la même année que l’Homme Sans Visage et sur la même chaîne (TF1, c’était vachement bien AVANT la privatisation.)

Voilà qui clôt ce premier cycle consacré aux feuilletons fantastiques de la télévision française. :wink: