ENCREUR, PLUS QU'UN MÉTIER

Bon, allez, j’ai quelques minutes avant que la faim l’emporte…
Donc commençons par le commencement.

Fantastic Four #54, par Kirby.

J’attire l’attention par exemple sur le traitement du tapis, constitué de petites virgules (à défaut d’un autre terme), qui désignent peu ou prou la matière. C’est typiquement sinnotien.

Fantastic Four #69, par Kirby.

Un autre truc très reconnaissable de Sinnott (au point que ça peut devenir l’indice que l’on cherche si l’on veut identifier son travail) c’est son traitement de la matière minérale. Sur les briques, on remarque des successions de trois ou quatre points, parfois étirés à la manière d’une virgule, et qui représentent les bosses et les rugosités de la pierre. Sur la gauche, à la hauteur de la corniche, on remarque un tel dispositif, complété par un trait courbe plus long, là encore typique de l’encreur. On remarquera aussi une netteté qui a fait sa légende, mais également le fait qu’il procède de plus en plus au trait, avec quelques petites masse de noir (sur le mollet et la cheville de Reed, sur les creux des débris de mur), et qu’il vire les hachures, auxquelles il recourait encore de temps en temps, deux ans avant.

Fantastic Four #110, par John Buscema.

Maintenant que vous savez, vous pouvez repérer les petits tics visuels de Sinnott, sur les rochers, par exemple. De même, il recourt à des masses noires pour les volumes des muscles, mais cette fois-ci sur un dessin plus académique, où l’anatomie est moins géométrique.

Fantastic Four #158, par Rich Buckler.

Encore les petites virgules matérialisant le grain du goudron. Remarquons que les hachures sont parcimonieusement réduites à l’ombre sur les phalanges de Ben (je ne compte pas celles qui dénotent les reflets sur les vitres, et qui procèdent d’une autre logique). J’attire aussi l’attention sur les traits de cerné pour les contours des silhouettes (hanche et jambe d’Alicia, cuisse de Ben), qui font fi de la réalité des vêtements et s’attachent surtout à décrire le mouvement ou la massivité d’un corps.

Fantastic Four #179, par Ron Wilson.

Bon, les craquelures sur les rochers, les traits de contours des corps (rehaussés ici par des hachures arrondies pour le modelé des muscles). Wilson a rarement été aussi bien servi (même s’il a eu de très chouettes encreurs sur Two-in-One). On notera aussi les « Kirby Dots » ou « Kirby Kracles », pour lesquels Sinnott faisait preuve d’un soin tout particulier, représentant des ronds presque parfait d’un noir impeccable, là où d’autre varient la forme et la texture.

Fantastic Four #182, par Sal Buscema.

Sans doute à la suite des crayonnés de Sal Buscema, les « Kirby Kracles » sont plus oblongs. Remarquons aussi le code graphique de la matière minérale qui sert ici à renforcer les traits d’impact, comme si la matière cédait sous le coup de poing.

Fantastic Four #188, par George Pérez.

Des « Kirby Kracles » (avec quelques variations autour de la baguette du Molecule Man), des traits de contours épais, le code classique pour le minéral…

Fantastic Four #199, par Keith Pollard.

Maintenant, le style est reconnaissable, non ?

Fantastic Four #207, par Sal Buscema.

Bon, vous connaissez la chanson, hein !

Fantastic Four #210, par John Byrne.

Le style détaillé du dessinateur se marie assez bien avec la minutie de l’encreur, même si on perd en rondeur. Sinnott n’est pas son meilleur « embellisseur », mais la rencontre est intéressant, à mes yeux.

Fantastic Four #219, par Bill Sienkiewicz.

En revanche, je suis moins emballé par le mariage entre le style de Sienkiewicz, encore fortement influencé par Neal Adams, et celui de Sinnott, trop propre (mais Sinnott et Adams, ça n’avait pas formidablement marché non plus, sur Thor). Cela étant dit, l’encreur se trouve à traiter des choses différemment, à « sortir de sa zone de confort », dirions-nous aujourd’hui, comme le prouvent les éclairages contrastés que l’on trouve dans cette planche. Notons aussi une astuce que j’ai toujours aimée, à savoir traiter les reflets du carrelage par des traits verticaux puis revenir dessus à l’aide de coups de blanc.

Voilà pour un petit tour d’horizon de Sinnott comme gardien du temple de Fantastic Four.

Ce soir ou demain, je tenterai de faire pareil à propos de Jim Mooney.

Jim

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