ENCREUR, PLUS QU'UN MÉTIER

Tiens, un exemple.
J’ai l’original de cette page, extraite de New Warriors #11, de Nicieza et Bagley (mâtin, quelle série, tout de même).

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En case 3, on voit les traits d’éclaté ainsi que les ellipses marquant l’énergie. Le trait est bleu pour ce qui est des émanations lumineuses, et noir pour les mains et le rebord de la capuche.
Les traits que l’on voit ici en bleu ont été tracés à l’encre noire sur un calque (assez peu transparent d’ailleurs), qui recouvre l’équivalent des deux tiers de la hauteur de la planche, et qui est solidarisé à celle-ci par un scotch blanc disposé sur le bord supérieur (de petits scotchs transparents renforcent l’ensemble sur les côtés).
Les traits que l’on voit en noir ont été encrés sur l’original, qui est donc sous le calque.
Et je précise afin d’être le plus complet possible que, sur l’original et sur le calque, la méthode est classique : encre noire (pinceau, plume ou feutre en fonction des goûts de l’encreur), retouches de blanc à la gouache.

L’encreur, donc, encre une partie sur l’original, l’autre partie sur le calque par transparence, puis gomme l’ensemble des crayonnés (quand on soulève le calque, on voit sur la planche originale quelques traces restantes de crayon, à peine perceptibles), puis fixe le calque à la planche avant de la confier à l’éditeur.
À l’époque (on est donc en 1991), l’éditeur confie les planches à un flasheur, qui utilise une sorte de procédé photographique (ce n’est sans doute pas le bon terme, c’est ainsi que je le comprends mais je me trompe peut-être) afin de créer des supports à partir desquels les coloristes peuvent bosser (sans doute en fabriquant un « bleu », c’est-à-dire une copie de la planche où le trait noir est changé en trait bleu inactinique, qui n’apparaît donc pas à la reproduction). C’est le même flasheur qui fabriquera les films d’impression (noir, cyan, magenta et jaune). Il est possible qu’un gros éditeur fasse en interne la première étape, mais je pencherai pour l’idée que les deux étapes, bien distinctes, soient tout de même assurées par le même prestataire extérieur.

La question que je me pose se situe à la hauteur de la couleur : le matériel fourni au coloriste (donc, suivant mon raisonnement, sans doute un « bleu ») est-il lui aussi en deux parties comme l’original et son calque, ou bien le « bleu » constitue-t-il une image complète, ce qui permet au coloriste, dans le cas montré ici, de placer convenablement le jaune dans les ellipses tracées par l’encreur ? Je ne sais pas trop, même si je penche pour la seconde solution.

Jim

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En lien, sur son compte Instagram, Morales montre comment il traite le fond pluvieux :

Pour ceux qui se posent la question concernant les coups de pinceaux sur les perso qui n’apparaissent pas sur le résultat final, l’encreur à dû recouvrir les zones à « protéger » de « drawing gum »,

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sorte de pâte liquide qui « imperméabilise » la zone recouverte, que l’ on applique au pinceau, et qui, en sêchant, se retire en grattant comme de la peau morte si vous voulez :stuck_out_tongue_winking_eye:

Lauffray en utilisait pas mal dans le temps. J’imagine qu’il continue.
Je l’ai vu par exemple dessiner une toile d’araignée située au premier de cette façon : il peint la toile à la « drawing gum », ensuite il encre l’arrière-plan (les ombres, les briques, tout ça…) en passant sur l’ensemble de la surface. Et quand tout est sec, il gomme : la « drawing gum » s’en va, faisant apparaître la toile d’araignée en creux, en quelque sorte.

Jim

Larraz (2) :

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Purée, l’encrage sur les reflets de la vitre, c’est assez incroyable !

Jim

Cet artiste est incroyable (et en plus hyper sympa en plus)

Un trésor accessible grâce aux Jack Kirby Collector de TwoMorrows et au Jack Kirby Museum, les planches de Kirby avant l’encrage de Sinnott pour l’épisode central de la fameuse « Galactus Trilogy » des FF :

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Nom de Zeus !!! :heart_eyes:

C’est vraiment la grande classe ! Je n’imaginais pas les crayonnés aussi fins! Et Sinnott apporte vraiment la touche d’élégance qui fait du duo Kirby/Sinnott l’un des plus complémentaires.
L’encreur se réapproprie ici les visages des personnages (sur Alicia c’est flagrant) ce qui deviendra par la même occasion sa « marque » (entre autre) et ce qui donne de l’émotion aux personnages (ce qui sera un peu perdu plus tard avec Royer)

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Dans les années 1980-1990, Gil Kane s’encrait de plus en plus fréquemment, et souvent au feutre. Je me souviens avoir vu, chez Déesse, des originaux provenant des épisodes de Legends of the Dark Knight, qu’il a dessinés sur scénario de Chaykin. Et déjà, l’encre pâlissait.
Je suis récemment tombé sur une illustration de Batman, qu’il avait dessinée et encrée en 1992. C’est saisissant : le trait a changé de couleur, au point de s’altérer ou de disparaître. En revanche, les zones d’ombre au marqueur sont restées noires.

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Et voici un réencrage plus récent, par Jerry Ordway, à partir d’une impression en bleu de la précédente version.

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Purée, je n’ai qu’une seule planche de Kane, un épisode de Ka-Zar encré je crois par Giacoia, et je suis bien content que ce soit de l’encre de Chine.

Jim

Je retombe sur une case d’un épisode de Legion of Super-Heroes période Levitz et Giffen, donc début des années 1980. Ce procédé (encrer sur un calque qui est ensuite attribué à l’une des couleurs d’impression) est utilisé pour représenter les hologrammes informatiques de la technologie du XXXe siècle.

Avec l’impression d’époque :

Case 1

Et après remastérisation pour la réédition de 2010 :

Case 2

Jim

pas fan de la remasterisation, ça fais froid, trop lisse, il y a des bout de couleur plus ombré oublié (le rond derrière starman). Et ca fait parfois plus pataud comme les éléments visuel holographique devant la nana.

« Was rummaging through stuff and found other stuff. Xeroxes of pencils from some old Wolverine pages. »

Wolverine, Vol. 2 # 93 Page 18

Inks by Matt Ryan and Dan Green, Colors by Joe Rosas and Digital Chameleon. Letters by Richard Starkings, and a Script by Larry Hama.

Une page immédiatement culte !

Assurément !

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Mike Zeck et John Beatty :

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John Buscema s’encre lui-même sur la couverture de Thor #370 (à l’intérieur, il est encré par P. Craig Russell sur un scénario de James Owlsey) :

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Jim

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Un sympathique fill-in vraisemblablement pensé pour donner à Big John de quoi dessiner ce qu’il préfère, à savoir tout sauf du super-héros : en l’occurrence, il s’agit d’un récit du passé de Thor en pleine époque du Far West, qui apparaît donc sous la forme d’une sorte de Lone Ranger aux cheveux longs. A en croire Comics VF, il n’a jamais été traduit.

Inclus là-dedans (un des arcs de Owsley/Priest fait la jonction avec cet épisode).

Dans un genre voisin, la couverture de Thor #350 dessinée et encrée par Simonson. J’aime beaucoup les retours de blanc dans les zones noires, qui se voient d’autant plus que le papier a quelque peu jauni :

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Jim

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