ENIGMA (Peter Milligan / Duncan Fegredo)

[quote]ENIGMA

Michael Smith mène une existence morne et sans surprise qui sombre dans la folie le jour où apparaît dans le monde réel son personnage de BD préféré : le super-héros Enigma. Faisant équipe avec le créateur de ce dernier, Michael s’engage dans une quête initiatique qui va bouleverser tout ce qu’il pensait savoir sur son identité, voire la fabrique même de la réalité.

(Contenu : Enigma #1-8)

Public: Ado-adulte – à partir de 12 ans
Genre: Fantastique / Esotérisme
Collection: Vertigo Deluxe
Date de sortie: 12 juin 2015
Pagination: 224 pages
ISBN: 9782365776493
Prix: 19.00 €[/quote]

Le site de l’éditeur : urban-comics.com/enigma/

C’est un super bouquin. je recommande vivement. Milligan a pas eu la carrière d’un Gaiman ou d’un Morrison, et c’est dommage, parce que c’est un très bon, comme le prouve Enigma.

Je recommande aussi. Enigma, c’est du grand Vertigo. Milligan est très bon, Fegredo aussi.

Un must, l’un des meilleurs travaux d’un scénariste horriblement sous-estimé, mais qui a, en effet, l’envergure des plus grands : des thèmes personnels et forts, un sens du dialogue hors du commun, des idées totalement barrées, puissantes et vertigineuses.
Dans “Enigma”, il questionne les codes du genre, leur sous-texte, revient à sa thématique phare de “l’identité en crise” et rend hommage à son auteur préféré, James Joyce (la structure circulaire de son “Finnegan’s Wake” est ici reprise)…

Quant à Fegredo, il n’est pas encore le dessinateur qu’il est aujourd"hui, mais n’est déjà plus un simple clone de Sienkiewicz ou McKean, comme c’était un peu le cas sur “Kid Eternity” avec Morrison. Ici son style est beaucoup plus personnel.

Bref : un must.

Le problème de Peter Milligan, ce qui explique pourquoi il est rarement cité parmi les plus grands, c’est que ses travaux sont très inégaux. Mais il y a quand même des séries de haute volée comme le brillant Shade The Changing Man (avec un petit jeune pas dégueulasse au dessin: Chris Bachalo) et la chronique pop-acidulée** X-Force/X-Statix** (quoique parfois surévaluée mais son portait au vitriole du star-système et de ses dérives est toujours aussi amusant).

Pour le côté inégal de ses travaux, c’est indéniable. Mais je dirais que ses hauts sont très hauts, et c’est l’essentiel.
Vous me direz “oui mais ses bas sont très bas”, et vous n’aurez pas tort. Quand je repense à son “Elektra” j’ai des saignements de nez. Mais l’impression positive de ses travaux réussis l’emporte, haut la main.

En plus des deux titres que tu cites, on peut rajouter “Human Target” (peut-être son travail le plus célèbre, qui est du pur Milligan tout en restant très abordable), l’imparfait mais intéressant “Greek Street”, et pourquoi pas son très court run sur “Animal Man”, où il a plus que brillamment pris la relève d’un Grant Morrison.

Je reviens quand même un instant sur “Shade the Changing Man” : les trois TPB parus et les quelques numéros ultérieurs glanés en chinant m’ont tout simplement bluffé. Un authentique chef-d’oeuvre très typé “nineties” mais dans sa connotation la plus flatteuse. Je dirais même que c’est un parfait condensé du “zeitgeist” de l’époque, et une belle “autopsie” de l’Amérique conçue par un britannique (comme Moore l’avait fait avec “Swamp Thing”, donnant le la de ce type de travail).
Voilà une idée de réédition couillue et intéressante : un “Peter Milligan présente Shade the Changing Man”… Rien que son évocation me met en joie.

En fait, je connais assez peu Mulligan (j’ai n’ai pas encore pris son Human Target, on doit tous faire des choix).

Cela dit, j’ai récupéré tout son run sur Shade : the changing man et pour avoir lu les deux premiers numéros, c’est vrai que cela a l’air bien barré.

De part les thèmes qu’il évoque, je vais prendre ce Enigma et je dois avouer que je suis assez impatient.

Inégal : oui mais on oublie son petit run sur Batman qui est fort Sympathique aussi…

Tout à fait, pour l’avoir relu récemment à l’occasion de la sortie récente d’un nouveau tpb, je le trouve vraiment excellent (mention spéciale à “Dark Knight, Dark City” et “Identity Crisis”).

Tiens, appeau à Photonik …

Ouaip !! J’adore ces deux récits au dernier degré possible, en effet…

C’est vrai que le peu que j’ai lu de son travail sur Batman (Crise d’identité dans l’anthologie Batman et l’arc sur Barbatos qui se trouve à la fin du Grant Morrison présente Batman t. 4) est vraiment très bien.

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Au début des années 90, Disney se lance dans un nouveau défi avec la création d’une nouvelle filiale baptisée Disney Comics, dans l’idée d’être moins dépendant des autres éditeurs comme Gladstone Publishing, au moment où le fait de se lancer dans cette initiative était potentiellement très lucratif (mais ça c’était avant la banqueroute financière de la seconde moitié de la décennie).
En dehors des rééditions des classiques de Carl Barks & co, et cherchant visiblement à diversifier son offre, le label Touchmark est créé pour l’occasion (considéré comme un équivalent de la compagnie Touchstone Pictures) avec à sa tête Art Young, un vétéran de chez DC, et Lein Wein en tant qu’éditeur en chef, avec comme objectif la création d’une branche de titres estampillés “mature readers”.
Avec une forte ambition affichée, comme le montre la liste des créatifs pressentis pour y participer, visible sur le poster de la San Diego Comic-Con de 1991, l’éditeur prévoit également une gamme plus mainstream, à savoir Vista Comics, destinée aux séries plus axées super-héros, et le lettreur Todd Klein fut même engagé pour s’occuper de la charte graphique et du design des logos des différents titres.

En raison de conflits éditoriaux et de ventes décevantes, cet imprint n’a pas fait long feu, mais toutes les séries n’ont pas finies à la trappe, certaines ont même eu la chance d’être reprises par **Karen Berger **et Young fraîchement revenu chez son ancien éditeur, profitant de ces séries additionnelles pour collaborer de nouveau avec certains artistes, notamment les scénaristes anglais connus pour avoir repris certaines séries secondaires de DC avec le succès que l’on sait, mais aussi pour étendre le catalogue du tout jeune label Vertigo au moment de son lancement en 1993, appelé à devenir la référence qualitative des oeuvres de cette décennie.
Parmi les premiers projets prévus à la base pour Touchmark se trouvent trois titres qui ont fini par aboutir chez DC, Mercy de DeMatteis/Johnson, Sebastian O de Morrison/Yeowell et bien sûr Enigma, le magnum opus du duo Milligan/Fegredo.

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Avec cette mini-série, Milligan emmène les lecteurs dans l’exploration de nombreux concepts, ce qui montre bien l’aspect dense de cette histoire, qui mérite plusieurs lectures pour être pleinement appréhendé.
C’est également l’occasion d’aborder le genre d’une manière nouvelle, par le biais de la thématique du trouble identitaire et de la quête initiatique, afin de questionner le rapport du lecteur à l’oeuvre et à son l’auteur, avec la gestion d’une structure narrative inspirée par un de ses auteurs de prédilection, à savoir James Joyce, un influence fondamentale pour certaines de ses oeuvres comme l’excellent Skreemer notamment.

La perception qu’a Michael de la réalité est bouleversée lorsque il assiste à l’arrivée de son personnage de BD favori dans le monde réel, ce qui va le pousser à se confronter à la vérité de cette situation, ce n’est pas un hasard que le personnage fictionnel nommé “The Truth” soit un des premiers à se matérialiser dans la réalité, lors d’un moment crucial du récit.
Plus Michael avance dans sa quête identitaire, plus le récit prend une tournure originale et imprévisible, avec une dimension irréelle et absurde néanmoins pas dénué d’un humour acerbe.

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À l’instar de Dark Knight, Dark City, l’étrangeté de certains moments n’est pas gratuite, tout fait sens et est expliqué par la suite, apportant une signification supplémentaire qui accentue la richesse thématique de cette mini-série qui fonctionne sur plusieurs niveaux de lectures.
L’interaction entre le vieux scénariste has been et l’ancien lecteur est très réussie, notamment par le biais de dialogues très drôles et inspirés, un passage de relais semble même s’effectuer entre Michael et Titus, entre le créatif dont la dernière heure de gloire correspond aux années 70, qui a tendance à écrire des personnages ayant recours aux monologues et ayant plus tendance à débattre qu’à se battre, la génération Starlin en gros, et l’ancien fan ayant grandi depuis, qui désormais adapte la série à son époque, étant du coup plus sombre, violente et désespérée (la période du Grim n’ Gritty) vu qu’il est en proie à une crise existentielle encore plus forte, ce qui se reflète dans le comportement différent du justicier Enigma selon qu’il se trouve dans le monde réel ou dans la fiction, accentuant ainsi la dimension méta de la série comme le montrent les propos du narrateur, conscient de la nature de l’histoire, et qui illustre la réflexion assez critique sur les codes du genre et ses implications sous-jacentes.

Au delà de cet aspect post-moderne, Milligan arrive à dresser un portrait vraiment nuancé de ses personnages, les rendant très humains, et éloignés des archétypes habituels, comme le montre la relation naissance entre les deux personnages principaux et le basculement progressif de Michael qui est écrit avec une grande justesse, loin des caricatures, de l’aspect racoleur et des autres gimmicks, vu que le scénariste voulait éviter de se servir de cela comme d’un outil promotionnel.
Duncan Fegredo est au diapason sur la partie graphique, assez exemplaire au niveau du découpage, peut-être bien ce qu’il a fait de mieux dans sa carrière, en arrivant à adapter son style selon les époques et les styles en vigueur associés à certaines périodes, devenant au fur et à mesure moins sombre et détaillé, plus lumineux et serein, à l’instar de l’état d’esprit de Michael.

Arf, je peux pas la lire je suis censée faire la critique >< Frustrant…

Bravo pour ton post très complet, Marko. Toujours un plaisir de lire tes billets.

J’ai mis la main sur un exemplaire de cette petite merveille ce week-end ; pas encore relu ça, mais déjà on peut dire qu’Urban a fait un sacré boulot : l’album est magnifique.
A noter que la préface initialement écrite par Grant Morrison a été incluse, et que le traducteur de ce “Enigma” n’est autre qu’une vieille connaissance des forumers, à savoir Patrick Marcel alias Manticore !!

[quote=“Le Doc”]http://www.cine-sanctuary.com/public/sanctuary/img/fighters/71m0fXOAKGL.jpg

Michael Smith mène une existence morne et sans surprise qui sombre dans la folie le jour où apparaît dans le monde réel son personnage de BD préféré : le super-héros Enigma. Faisant équipe avec le créateur de ce dernier, Michael s’engage dans une quête initiatique qui va bouleverser tout ce qu’il pensait savoir sur son identité, voire la fabrique même de la réalité.

(Contenu : Enigma #1-8)

Public: Ado-adulte – à partir de 12 ans
Genre: Fantastique / Esotérisme
Collection: Vertigo Deluxe
Date de sortie: 12 juin 2015
Pagination: 224 pages
ISBN: 9782365776493
Prix: 19.00 €

Le site de l’éditeur : urban-comics.com/enigma/[/quote]

C’est en écoutant l’émission de webradio de l’ami **Photonik **(Pour en savoir +) que j’ai eu l’envie de lire Enigma de Peter Milligan, un recueil que l’on m’a offert il y a quelque temps déjà.

Comme avec Ultimate Adventures de Ron Zimmerman (Pour en savoir +) j’ai immédiatement pensé à la catégorie du sur-western théorisé par André Bazin où le genre (ici le super-héros, le western pour Bazin) est un simple cadre auquel on superpose une thèse d’ordre esthétique, sociologique, morale, psychologiques, politique, etc.
Pour Bazin le sur-western est un western qui aurait honte de n’être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire.



Comme l’explique Marko, et comme je l’ai expliqué pour Sebastian O, Enigma était un projet destiné à Disney Comics :

[quote]…] Au départ Sebastian O est un projet destiné à Disney Comics qui veut proposer à ce moment là, nous sommes en 1991, un label visant un lectorat différent, plus adulte, que celui de ses productions habituelles. C’est à Todd Klein qu’échoit la privilège de réfléchir à un logo (Pour en savoir +).
Finalement Touchmark ne verra jamais le jour et, au moins trois des projets qui lui étaient destinés : Sebastian O, Enigma et Mercy seront publiés par le label Vertigo de DC Comics grâce à Art Young qui travaillait sur le projet Touchmark et Karen Berger qui dirigera la collection de DC Comics …]
(Pour en savoir +)[/quote]

Si Enigma s’accapare les “accessoires” caractéristiques voire fétichisés du super-héros : masque, cape, super-pouvoir (?) ; l’écriture contournée de Milligan, la mise en crise de l’épique (où l’épique visait un accomplissement qui concourrait et justifiait l’action), l’ironie perceptible, le métadiscours qui ne se contente pas de mettre en place un univers fictif mais propose une théorie (imaginaire ?) de la fiction elle-même, tout cela et le reste indique clairement que l’on est dans le champ post-moderne (c’est-à-dire la tentative de subvertir la forme traditionnelle de manière ironique tout en gardant certaines structures traditionnelles).
Ainsi d’aucuns avancent que “si nous ne pouvons plus écrire comme avant Joyce …], ce n’est pas pour répondre aux impératifs du “progrès”, c’est tout simplement parce que, le voudrions-nous, nous ne pouvons plus lire comme avant eux”.

Le point d’achoppement des récits post-modernes (ou réputés tels) en ce qui me concerne est qu’ils oublient souvent (pour ne pas dire toujours) l’approche naïve. Le principe esthétique finit toujours par l’emporter sur le contenu diégétique (autrement dit “le monde que l’on raconte”).

En lisant l’Enigma de **Milligan ** j’étais finalement plus intéressé par l’envie de lire le quatrième numéro de l’Enigma de Titus Bird et les aventures de la Ligue d’Intérieur que par les pérégrinations de Michael Smith.
Pérégrinations qui me sont passées largement au-dessus de mon niveau de compréhension.
La fin de la mini-série où l’on apprend l’identité du narrateur ainsi que le twist final (si je puis dire) ajoutent encore à mon égarement.

Reste les dessins de Duncan Fegredo et la mise en couleur de Sherilyn Van Valkenbrurgh qui ne m’ont pas laissé insensible.
La traduction est de Patrick Marcel qui avait piloté un dossier sur le label Vertigo dans SCARCE (n°41 et 42) dans lequel il donnait une définition dudit label :

Vous voilà prévenus. :wink:

Il me semble qu’il n’y a pas de sujet sur la VO, donc je mets ça ici :

Jim