Sortie prochaine d’une nouvelle anthologie chez Askabak, avec du Nikolavitch dedans
Les hallucinations d’Alex Nikolavitch
Lectrices & lecteurs fidèles d’Askabak,
(ainsi que celles et ceux de passage seulement).
Voici pour vos yeux ébahis, un premier extrait d’Euphories Cosmiques, cette anthologie de vertiges existentiels et de joyeux abandons.
Ces quelques lignes sont tirées du récit halluciné par Alex Nikolavitch, au titre ô combien évocateur : « La Nuit en Kitej ». Voilà déjà ce que l’artiste lui-même en dit :
« Ça faisait un certain temps que je bricolais ce texte, qui m’avait été inspiré par un passage d’un documentaire de Werner Herzog. On y voyait des gens ramper sur la glace à la recherche du reflet de Kitej. Ça croisait plusieurs de mes obsessions du moment, cette histoire de ville non pas engloutie, mais se survivant dans l’imagination collective après avoir été rasée par les Mongols. Pourtant, j’avais beau retourner le truc dans tous les sens, il y manquait toujours quelque chose et le texte restait en petits morceaux sur l’établi, attendant un déclic. Un mail d’Askabak sur « l’euphorie cosmique » y a pourvu. Ça a été une révélation. En quelques heures, ce qui m’avait pris la citrouille pendant des mois s’est cristallisé d’un bloc. Je crois que le mail m’est parvenu en fin d’après-midi. Dans la soirée, ils recevaient un premier jet de ma nouvelle. Il y a eu bien sûr des retouches à faire ensuite, il y en a toujours et elles sont indispensables, mais il y a vraiment eu un effet « ça a fait chboum là-d’dans », selon l’immortelle expression de Dan Ackroyd…
Il faut pas grand-chose, des fois, hein ? »
Extrait :
Tu sais très bien ce qui t’a amené ici, tu l’as tellement désiré. Tu as tellement sacrifié pour cela. C’est peut-être pour cela que tu te sens étrangement déçu. Ces ruelles qui montent, qui descendent en fait, tu le sais, mais qui toutes sinuent vers la citadelle, elles te semblent presque banales. Seules les ombres furtives que tu distingues par-delà les angles et les coins te rappellent où tu te trouves. Tu sais que chacune d’entre elles représente un danger potentiel aussi pour ton corps que pour ton âme déjà bien enténébrée.
Tu tentes de t’orienter. Tu as passé des années à étudier les pièges de la ville, tels que rapportés par les quelques élus ayant avant toi non seulement effectué la descente, pénétré en ses murs, mais également effectué le voyage de retour, la remontée jusqu’au monde des vivants.
Quelques lambeaux de brumes s’accrochent encore aux devantures claquemurées, barrées par d’épaisses planches de bois noirci, patiné par les éléments et le temps. L’étrangeté de ces façades aveugles te rassure un peu, tend à dissiper le désagréable effet de réel que tu as ressenti en posant le pied sur le pavé des rues. Il t’avait semblé trop concret, trop solide.
Tu dois te concentrer. Trouver ton chemin dans ce tortueux dédale peuplé peut-être de fantômes, de damnés ou de voyageurs perdus.
Est-ce la lueur que tu cherches, là-bas ? Ou bien s’agit-il d’une simple lanterne de naufrageurs destinée à t’écarter de ta route ? Tu tentes de te remémorer les descriptions, les bribes de plans griffonnés en marge des grimoires et mémoires par de précédents explorateurs. Encore deux croisements, tu en es certain. Les ombres s’amassent derrière toi, te coupant toute retraite. Tu n’as plus le choix, tu forces le pas sur le sol irrégulier, espérant vainement ne pas être suivi. L’obscurité s’amoncelle pourtant autour de ta personne qui soudain te semble fragile et toute petite. Tu te mets à courir, tu tournes à l’angle déterminé, trop aigu pour être honnête, surtout sur une construction telle que celle-ci, avec ses colombages décrépits et ses poutres noircies, relique d’âges cent fois révolus.
La voilà, cette lanterne que tu cherchais, c’est bien elle, surplombant une fontaine grotesque d’où jaillit une eau immonde, presque opaque, grasse. Tu y trempes l’extrémité du doigt et dessines rapidement les runes secrètes à la surface. Elles en disparaissent presque aussitôt, mais persistent juste assez longtemps pour luire d’un éclat glauque et remplir leur office. Te voilà presque rassuré. Tu te trouves sur la bonne voie.
Tu empruntes l’escalier qui vient d’apparaître à main gauche, entre deux maisons hautes, dans une venelle étroite. Il y a un instant, il n’était pas là. Il n’existait peut-être tout simplement pas, à moins que les angles malsains de la cité eussent été conçus pour le dissimuler aux regards non préparés. Marche après marche, tu gravis les degrés. Ainsi, par ce raccourci, tu évites le dédale dans lequel tant de tes prédécesseurs se sont perdus au fil des siècles. Comptant tes pas, tu déjoues les pièges et parviens au sommet, la première esplanade de laquelle tu peux contempler la ville.
Tu te laisses aller à un instant de satisfaction, d’orgueil, de vanité, même. Tu viens de démontrer aussi bien ta puissance de volonté que ton savoir et ton habileté à le mettre en œuvre. Tu t’es, à force d’étude et d’obstination, hissé au panthéon secret des chercheurs de Kitej.
Tu as patiemment réuni les ingrédients, les outils, les incantations, tu as appris à les proférer selon le bon rythme et enfin, tu es parvenu à ouvrir le portail sur la glace du lac interdit, au cœur de l’hiver. Tu t’es aventuré sur la glace et as cherché le reflet qui persiste, certains soirs, lorsque le soleil couchant illumine l’endroit où se dressait la fière cité. Tu as ensuite tracé, avec la mèche crépitante, les caractères sur la surface gelée, puis les contours du portail. Tout s’est illuminé d’un coup, le reflet flou, à peine perceptible, s’est transformé en une vision claire, quoiqu’inversée, de Kitej avant son anéantissement.
Sushina Lagouje, prophétesse des Splendeurs Chaotiques Extérieures
Lectrices & lecteurs fidèles d’Askabak,
(ainsi que celles et ceux de passage seulement).
Voici à présent que Sushina Lagouje se fait la voix de puissances d’outre-espace et vous livre ses visions enfiévrées pour votre plus grand
malheurbonheur. Puis nous vous livrons un extrait de sa nouvelle, Consomption, que vous pourrez lire à vos risques et plaisirs.« Alors que ce monde vieillissant n’avait plus à m’offrir que malheurs et désillusions, alors que l’émerveillement avait disparu de l’esprit humain, je travaillais jour après jour dans l’ombre et la monotonie des tâches stupides et répétitives.
A la fin de ma journée de labeur, je rentrais le soir dans une haute tour grise et terne qui me tenait lieu de foyer, triste foyer à la vérité, pour un esprit rêveur comme le mien, car l’unique fenêtre de mon logement n’offrait à mes regards avides de beauté et de mystère que d’autres murs et d’autres fenêtres à l’infini, océan grisâtre dans lequel mes yeux se perdaient. Et pourtant, si je me penchais, j’apercevais dans le ciel l’infinité des étoiles, minuscules, chétives, à la lumière incertaine.
J’avais pris l’habitude, nuit après nuit, de scruter ainsi la voûte céleste avec l’espoir insensé d’y trouver l’oubli de ce monde.
Très vite, je les connus, les étoiles, aux languides déplacements, je leur parlais, et mon esprit les suivait lorsqu’elles disparaissaient de ma vue. Peu à peu, à force de fixer le ciel, ce dernier me dévoila ses secrets. Enfin, une nuit, un pont fut jeté au-dessus du gouffre profond qui séparait nos deux univers : les cieux chargés de rêves vinrent se mêler à l’air vicié de la pièce et, dans une obscure lumière, je fus enveloppée du frisson glacé de l’Infini, qui m’emporta comme une enfant, bercée au creux de ses bras décharnés.
Je connus alors le vertige du temps effilé, les brouillards des éons révolus au sein desquels rêvent des choses oubliées, les verts rivages au parfum de Lotus et parsemés de Camélias écarlates, et j’eus le privilège de contempler, dans sa terrible splendeur, le Sultan des Démons, grognant de colère au milieu des sifflements de millions de flûtes dissonantes, l’infernale danse des Autres Dieux, aphones, ténébreux et dénués d’esprit, et du Chaos rampant. Sous l’apparence d’un pharaon, il me délivra un message surgi des abîmes du temps, un message qu’il me chargea de vous transmettre : « Ne craignez plus l’'anéantissement de votre individualité, ne craignez plus les Dieux aveugles qui se meuvent dans l’obscurité des étoiles. Ne craignez plus l’horreur ni la terreur car c’est là que réside la Beauté. Embrassez le chaos ».
Sushina Lagouje, d’après Azathoth, Lovecraft. »
Extrait de Consomption de Sushina Lagouje
" Pourtant, ses nuits se firent agitées, fiévreuses ; à peine fermait-elle les yeux qu’un animal aux yeux jaunes prenait possession de ses rêves et de son intérieur. Tranquillement couché devant le fourneau, il l’attendait, et sa fourrure se teintait de vert puis d’orange. Ce n’était jamais le même ; chaque nuit un nouvel animal faisait son apparition ; chatte, chèvre, laie, souris ou biche. Il s’agissait toujours de femelles, elle en était certaine sans savoir d’où lui venait cette assurance. Ces bêtes ne lui faisaient rien de mal ; elles se contentaient de s’asseoir devant le fourneau et de la fixer de leurs grands yeux jaunes, le feu faisant miroiter leur étrange fourrure de reflets fauve. Chaque nuit, Ada se sentait toujours plus attirée pas cette toison changeante, chaque nuit, elle se rapprochait insensiblement, jusqu’à tendre la main afin d’effleurer l’animal. Une nuit, alors qu’elle sentait la chaleur de la bête au bout de ses doigts, cette dernière, une chèvre, tourna brusquement la tête dans sa direction ; ses yeux n’étaient plus jaunes, c’était à présent une cavité béante unique, qui lui dévorait le museau et suintait d’un épais liquide noir semblable à de la poix brûlante. Et cette cavité, obscène bouche d’ombre, se mettait à hurler : « Nous sommes la multitude ! ». Ada s’éveilla en sursaut, et veilla le reste de la nuit, tentant d’oublier l’horreur de ce cauchemar. "
Nicolas Texier, Vocaliste des Souvenirs Solaires
Lectrices & lecteurs fidèles d’Askabak,
(ainsi que celles et ceux de passage seulement).
La parole est à Nicolas Texier, qui a vu le futur et a décidé de revenir dans un souvenir du passé. Après son tour de chant, il récitera un extrait de son texte La Main d’Ellie sur mon épaule.
" À l’origine de cette nouvelle, il y a un texte plus long, rédigé sans but sinon de mettre noir sur blanc ce que j’avais ressenti à un moment donné de ma vie. Il y eu aussi la volonté de proposer de la « SF de terrain », loin du scientisme ou de l’épopée, pour se placer au niveau de l’individu et de ses émotions, de ses rêves et de la manière dont on peut vouloir se bercer d’un souvenir ou d’une illusion. J’ai beaucoup élagué, le texte a gagné en densité. L’univers y a gagné aussi à ne pas être explicité, en suggérant seulement la fin d’une humanité devenue accessoire. Puis la proposition d’Askabak est venue donner une finalité à tout ça, à cette évocation du deuil, de la forme que peut prendre le bonheur et du rapport que l’on peut entretenir au passé : autant de thèmes que l’horreur est capable de mobiliser. C’était la conclusion que la nouvelle attendait – quelque chose sur l’anéantissement. Sur ces moments suspendus où on pourrait accueillir sa propre disparition avec sérénité, presque avec soulagement. Celui de sentir une main sur son épaule. "
Extrait de La Main d’Ellie sur mon épaule par Nicolas Texier
" À cette époque-là, Gahil avait économisé assez d’argent pour s’acheter un modèle comme Zek. La prestation comprenait une vraie cérémonie. J’avais fait spécialement le déplacement pour assister à la prononciation des vœux, quoique le serment d’un humadroïde ne vaille pas grand-chose, juridiquement parlant. La fête s’était déroulée sur une planète du côté de Centauri, dans la banlieue abandonnée d’une cité mourante. Obligeamment transportés par les Kauss, les gens passaient leur temps à migrer de système en système, comme si le but de ces êtres invisibles et silencieux était de disperser l’espèce humaine — une manière polie et non violente de nous anéantir. "
Quelqu’un pourrait m’éclaircir sur le thème de cette anthologie ?
J’ai beau m’y intéresser, ça ne me parle pas du tout ce que j’en lis.
Si voir l’indicible fracture l’esprit, comment le représenter sur une couverture ?
Lorsque sort dans les salles L’Antre de la folie de John Carpenter, j’ai 10 ans. Trop petit pour le voir au cinéma, je ne le découvre que plus tard, probablement entre 12 et 14 ans à l’occasion d’une diffusion télé (merci Les Jeudis de l’angoisse sur M6).
Si le film m’a évidemment percuté et a largement contribué à mon amour débridé du cinéma de Big John, il contient un détail, une idée, qui m’a littéralement envahi le cerveau, une brève image qui m’a parasité l’esprit depuis, un frisson esthétique issu de l’aperçu de l’indicible. La voici :
Le personnage, agent littéraire de l’écrivain fictif Sutter Kane (sorte de Lovecraft démiurgique), a vu quelques chose qui défie la compréhension humaine et cette annihilation de la psyché est représentée par ces pupilles doubles. Idée de génie, le Beau à l’état pur (je suis sérieux).
Représenter l’indicible est à mon sens une impasse, par essence il ne peut être décrit, donc représenté, et s’il peut l’être, c’est, à l’instar de la forme d’araignée de Ça, sous la forme « la plus proche de celles que nos esprits peuvent concevoir » (Ça, tome 3, éd. J’ai Lu, trad. William Desmond). Mais en représentant les yeux de la personne qui a vu l’indicible, et en les présentant affligés de cette « Pupula Duplex » (une affection parfaitement imaginaire), alors il est possible de faire envisager l’horreur cosmique en la laissant tapie dans les ténèbres de notre imagination. Nous ne voyons rien, et pourtant nous savons que ce qui a été vu est si terrible, si au-delà de tous nos sens, que notre biologie elle-même s’en est trouvée modifiée.
Aujourd’hui, avec Euphories cosmiques, j’ai enfin l’occasion de rendre hommage à cette brillante idée, qui à mon sens résume l’horreur cosmique et permet de sortir des sempiternels tentacules. Même si les tentacules c’est quand même chouette, la preuve il y en a sur les autres éditions.
Melchior
Christine Luce, ou la poursuite d’un intense sentiment de satisfaction nihiliste
Lectrices & lecteurs fidèles d’Askabak,
(ainsi que celles et ceux de passage seulement).
Christine Luce s’empare du podium en ces journées où le soleil écrase l’humanité d’une paume étouffante. Elle vous délivre quelques secrets sur sa nouvelle La Fugue, tirés de l’obscurité, des mystères pour résoudre l’absurdité de l’existence… ou la contempler.
" Comment interpréter un thème aussi paradoxal, la poursuite d’un intense sentiment de satisfaction nihiliste, sans recourir à un culte démoniaque, une pathologie mentale ou une inversion morale aberrante ? Le défi n’était pas mince à relever en un texte court. Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus publié en 1942 m’a montré la voie pour écrire cette nouvelle arrachée au quotidien : « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ». Il me fallait imaginer mon personnage en fuite vers l’euphorie cosmique. Puisse « La Fugue » vous emporter vers l’indicible exaltation ! "
Et voici un extrait :
« Population nomade en diminution de 70 %, légère hausse des disparitions de résidents. » info.gouv.frtp
J’éteins la lumière, l’obscurité dissout le mobilier familier. Déjà clandestine, je me faufile en silence dans le couloir. La lune couve sous les cendres de la nuit, sa lueur humide imprègne les murs à travers le carreau de la porte d’entrée. Je chausse mes bottes et récupère les mitaines fourrées dans la poche de ma veste de tous les jours que j’enfile. Les épaisseurs successives m’engoncent, gourde aux entournures, la fermeture éclair refuse l’effort de monter plus loin que sous la poitrine. J’abandonne la veste sur le sol pour mon vieil imperméable, devenu vaste depuis un amaigrissement imprévu, il traîne encore au portemanteau. Avec sa capuche maintenue par trois tours d’écharpe, nouée solidement d’un nœud et les bras retirés de leurs manches, l’ampleur de sa toile cirée me protégera comme un refuge.
Dans le miroir, le jeu des ombres me rappelle une silhouette enfantine encapuchonnée, plus large que haute, un sourire détend mes lèvres serrées. Il s’évanouit avant de m’attendrir : je ne pars pas à l’aventure comme au temps de mes lectures d’enfance, exaltée de témérités vengeresses pour punir cette drôle de vie qu’on m’avait donnée sans mode d’emploi.
Julien Caldironi, Mire des Humeurs Stellaires et des Fluides Astraux Lectrices & lecteurs fidèles d’Askabak,
(ainsi que celles et ceux de passage seulement).
La parole est à Julien Caldironi, qui nous rapporte une étrange condition alchemicomédicale dans Je chante le pus électrique.
" Je trouve qu’il y a quelque chose de véritablement fascinant à essayer de mettre en scène une dégénérescence physique et mentale faisant parvenir au nirvâna. Et dégénérescence, ça rime avec naissance, en plus. Le thème proposé par Askabak m’a parlé depuis les étoiles. Celles de l’univers de Lazaret 44, mon dernier roman, un truc de SF uchrono-post-apo-médiévalo-bubonesque, plein de maladies étranges, de cadavres de gigantesques extraterrestres et de médecine à l’ancienne, genre théorie des humeurs, miasmes à crochet, saignées et autres lavements au vinaigre. Dès lors, imaginer une espèce d’épidémie dont les symptômes intégreraient un sentiment d’horrible plénitude, fut un véritable défi et un réel plaisir. Avec, bien sûr, des matières organiques partout, parce que sinon, ça manque de couleurs. Une nouvelle à lire sans masque FFP3 sinon, ce n’est pas drôle. "
Extrait de Je chante le pus électrique par Julien Caldironi
" Sa voix assourdie par le masque demeurait cependant claire et juvénile :
« Si seulement ça intéressait quelqu’un. Sauf qu’ici, tout le monde s’en contrefout. Je l’ai hérité de ma mère, qui le tenait de sa grand-mère. Mais nous ne nous rencontrons pas pour deviser mobilier, n’est-ce pas ?
— Je suis là pour votre malepeste.
— Je sais bien. C’est moi qui vous ai appelé. Beszoowzs, à ma demande, a activé le palier 2 de son contrat. Assistance extrasystème, envoi de renforts.
— Je suis les renforts. Que se passe-t-il ? »
Craaweel se redressa, fit craquer son dos. Je n’arrivais pas à voir la couleur de ses yeux, ni même l’expression de son regard à travers les verres fumés de ses occuli. Elle rassembla ses pensées, prenant son temps pour me répondre. Dans l’intervalle, j’entendais les bruits du palier qui traversaient la porte de fer de son cabinet. Des éclats de voix, parfois le sol vibrait quand un charriot lourd du poids de dizaines de barils passait.
« Ils se liquéfient, Fumagalli, ils se liquéfient et je ne sais ni pourquoi ni comment.
— Liquéfient ? »
Elle opina de son long bec.
« Les symptômes débutent par une désorientation, de la fièvre, de très fortes suées, des morvures, et se poursuivent par des diarrhées. Les éponges pulmonaires saturent et exsudent des sécrétions. C’est ensuite que cela devient plus singulier. Ils entendent de la flûte. "
113%




