FEBRUARY (Osgood "Oz" Perkins)

[quote]DATE DE SORTIE PREVUE

30 septembre 2016 (USA)
Indéterminée (France)

REALISATEUR & SCENARISTE

Osgood “Oz” Perkins

DISTRIBUTION

Emma Roberts, Kiernan Shipka, Lauren Holly, James Remar…

INFOS

Long métrage américain/canadien
Genre : thriller/horreur
Titre original : The Blackcoat’s Daughter
Année de production : 2015

SYNOPSIS

Parce qu’étrangement leurs parents ne sont pas venus les chercher pour les vacances d’hiver, Rose et Kat sont retenues dans la prestigieuse institution pour jeunes filles où elles suivent leurs études. Dans un pèlerinage sanglant à travers les paysages gelés, Joan décide de s’y rendre.
Au fur et à mesure que Joan se rapproche de l’établissement, Kat est assaillie de visions terrifiantes et Rose voit avec horreur sa camarade devenir possédée par une force invisible et maléfique. [/quote]

La bande-annonce (avec l’ancien titre, February) :

youtube.com/watch?v=nTyyT74CMaw

Voilà un film plutôt bluffant dans son genre. J’en gamberge encore.

Son genre, c’est le film de possession satanique comme on en voyait 13 à la douzaine dans les années 70, dans la foulée du triomphe du chef-d’oeuvre du genre, “L’Exorciste” de William Friedkin. Et il y a quelques chouettes petites pépites en la matière ; le genre a bien connu une petite résurgence de ces exorcismes cinématographiques ces dernières années, mais de ce que j’ai pu en voir, le feeling particulier tout en nuances des superbes péloches sus-citées s’est bel et bien évaporé au profit de spectacles son et lumières hystériques dignes des Folies Bergères (en poussant un peu, hein).

Rien de de tout ça ici : Oz Perkins a un tout autre projet en tête. L’acteur/scénariste/réalisateur (vu dans le “Star Trek” de JJ Abrams, par exemple) semble précisément avoir l’envie de revenir à l’ambiance propre aux seventies. Etre le rejeton d’Anthony Perkins, le Norman Bates de “Psychose” en personne, est-il un avantage pour monter un projet de film d’horreur ? J’en sais rien, mais Perkins (épaulé par son frère Elvis, qui s’occupe de la musique) n’est de toute façon pas gourmand en moyens et joue l’économie, et ce à tous les niveaux.

Rappel du pitch, pour y voir plus clair (vraiment ?): deux jeunes filles, Kat et Rose, sont bloquées pendant les vacances de février dans le vieux pensionnat où elles sont scolarisées ; Rose reste en fait volontairement car elle pense qu’elle est enceinte et souhaite en parler à son petit ami, en tenant ses parents à l’écart. Mais le motif de l’absence des parents de Kat est plus nébuleux : se peut-il qu’ils soient morts dans un accident en venant la chercher ? Kat agit en tout cas, saisie de rêves et de visions, de plus en plus bizarrement.
En parallèle, une jeune fille paumée, Joan, semble chercher à gagner elle aussi le pensionnat. Un couple va la recueillir et l’y aider…

Il nous semble nous retrouver en terrain connu juste après l’entame, avec ce pensionnat de jeunes filles enneigé qui rappelle à notre bon souvenir à la fois le “Shining” de Kubrick pour l’environnement et des dizaines de slashers ou de giallos pour le contexte. On pouvait aussi légitimement attendre un petit côté “coming of age-movie”, avec la métaphore attendue sur la perte de l’innocence et le passage de la jeune fille à la jeune femme, sous-texte sexuel inclus dans le package (un peu ce que fait l’excellent “The Witch”).
Rien de tout ça ici en fait (ou presque : il est bien question d’innocence perdue) : le film est beaucoup plus étonnant que ça… et authentiquement flippant dans son genre (atmosphérique). L’entame par exemple donne à elle seule le ton du film : quelques plans très mystérieux et assez anxiogènes viennent nous renseigner sur la première (et fondamentale) ambiguité du film : pourquoi ces jeunes filles sont bloquées dans ce pensionnat ? Cette ambiguité sera levée assez tôt dans le film, mais ce ne sera que pour tomber sur d’autres questions, comme celles qui concernent le parcours du personnage incarné par l’excellente Emma Roberts (“Scream Queens”) : en quoi son histoire est-elle liée à celle des autres filles ?

Perkins opte pour un récit chronologiquement éclaté, très subtilement agencé : c’est ce dispositif qui confère une bonne partie de son sel au film. Le script, extrêmement bien senti, ménage un suspense en livrant une à une et dans le désordre les clefs du métrage. Tout est là quand on y regarde bien, mais les choix (parfois très audacieux) de Perkins préservent le mystère jusqu’au tout dernier plan, assez déchirant dans son genre une fois intégré le sens (dans tous les sens du terme) du film.
Pour être franc, et même si j’ai beaucoup aimé le film, je me suis quand même demandé si j’avais bien tout compris à la fin : j’ai décidé de me fier à l’interprétation la plus évidente, un peu contestée sur le net à ce que j’ai vu :

Kat la possédée et Joan (Emma Roberts) ne sont en fait qu’un seul et même personnage, à 9 ans d’écart. Les deux récits parallèles ne se déroulaient en fait pas du tout en même temps, comme on le comprend en fait très tôt.
Le problème de cette interprétation, c’est que les choix de Perkins n’aident pas à y voir tout à fait clair, sans que ce soit un problème de story-telling : il faut un sacré effort d’incrédulité volontaire pour pouvoir se figurer que Joan et Kat sont le même personnage à 9 ans d’écart, les deux actrices ne se ressemblant absolument pas, et Perkins se reposant intégralement sur le support visuel pour délivrer son twist…

Au bout du compte, peu importe que l’on ait vu venir le twist ou pas, ou même que l’on ait pleinement compris le sens de l’intrigue. La plus belle (et la plus originale) idée du film sort intacte de ce récit peut-être trop alambiqué pour son propre bien (même si ça n’a rien de gratuit, bien au contraire) : voilà bien la plus étrange relation d’un/une possédé(e) à son “parasite démoniaque” vu sur un écran (et s’il venait à nous manquer…?). Et Perkins parvient à serrer le coeur avec cette idée un brin déviante, qu’il relie aux thématiques-phares du film, la solitude, le deuil et la folie.

Perkins, et ça ne fera pas plaisir à tout le monde, opte pour une mise en scène extrêmement retenue (on a envie de dire “pudique”) : pas le moindre jump-scare aux alentours, ce n’est pas la came du monsieur. A la place, de longues plages contemplatives et minimalistes (la torpeur qui en découle est compensée par la concision du film), très efficaces dans la construction du climat du film ; idem pour la représentation du Mal, qui fait de Perkins un héritier de Jacques Tourneur dans l’esprit (une silhouette indistincte mais reconnaissable dans l’ombre, c’est parfait… et très efficace en terme de malaise).

Tout au plus pourra-t-on déplorer quelques petites fautes de goût, un petit montage stroboscopique à la con par ci (et ça détonne), une musique un brin envahissante par là (carrément envahissante même ; elle propose pourtant un spectre varié de tessitures et de belles idées en règle générale… mais y’en a trop), et quelques saillies gore saisissantes mais peut-être un petit peu trop “out of tune” justement.
Mais globalement le métrage est vraiment très beau, très original, et doté d’une putain d’atmosphère à couper au couteau.

Un premier long-métrage très prometteur, quelque part entre les films “satanistes” d’antan et certains métrages de Robert Altman comme “Images” ou “3 Women” ; j’espère que Perkins va persister dans le genre, il semble avoir des idées fraîches à faire valoir le bougre…

P.S. : My two cents, comme on dit : je préférais le titre original “February” à ce retitrage (même si j’aime bien aussi le nouveau titre, en fait) ; son côté générique et “abstrait” mais vaguement sinistre quand même (l’hiver, tout ça) collait comme un charme à l’atmosphère assez unique du film.

Pour sa sortie française (directement en DVD), The Blackcoat’s daughter récupère son titre original : February.

http://www.cine-sanctuary.com/public/sanctuary/img/affiches_7/affiches7.1/91WoGMPleUL.SL1500.jpg