FRANK MILLER : URBAINE TRAGÉDIE / FRANK MILLER : UNE BIOGRAPHIE (Jean-Marc Lainé)

Oui woke est un terme générique, le problème qui touche les facs puis la société américaine et les reseaux socio assez globalement sur sa gauche est plus large que simplement les wokes.

Un partie du problème tient aussi au deni assez hallucinant qui touche ce mouvement lui même qui passe son temps a nier ce qu il dit et fait au moment ou il le dit et fait. Ce qui contribue a entretenir un certain flou.

On pourrait parler d e-woke sur les réseaux sociaux : ça a l air tout mignon mais ça n hésiterait pas à te massacrer à coup de pierre. Clin d’oeil.

C’est ce qu’on appelle les Social Justice Warriors ?

Oui aussi , au depart.

En fait, au depart, c est un mouvement théorique qui nait sur les campus universitaires. Un mix entre ce qui a été appelé la french theory aux states (deleuze, derrida, Foucault, lacan) et des «studies» appelées les subaltern studies definies par leur objet et non par un savoir particulier.

De là beaucoup de studies sont nées dans les cursus de littérature puis de socio : etudes de genre, etude post coloniale, etude decoloniale.

Ce qui est reproché aux studies qui se veulent pluri disciplinaires, c est précisément de n avoir pas de discipline identifiée pour aborder leur sujet ce qui finalement pourrait donner une sorte de gloubilbouga intellectuel, infalsifiable et tres pauvre théoriquement.

Toutes ces studies ont un même présupposé de base : tout fait social est une construction et peut donc etre deconstruit et tout savoir est un fait social, donc peut etre déconstruit.

Avec le temps ça a donné naissance a une novlangue dont le but est militant et visant a «deconstruire» tous les faits sociaux qui sont perçus uniquement comme effet de domination des dominants sur les dominés : racisé, genré, racisme systémique , expression de genre etc

Tres vite dans les post coloniale studies et decoloniale studies le dominant a été identifié comme l homme blanc.

Alors bien sur, les tenants de ce vocabulaire t expliqueront qu ils denoncent la construction social de l homme blanc, hetero sexuel, patriarcale etc. Mais concrètement ca leur permet de dire que l énoncé : l homme blanc est le cancer de l humanité, est un énoncé tout a fait scientifique («les sciences sociales ont démontré que…») et absolument pas haineux.

Ils se vivent quasi religieusement comme une révolution moral en cours, leur militantisme etant là naturalisé et curieusement pas «deconstruit», ce qui leur permet d appeler à «l annulation » sociale de qui ils (les sjw) ont décidé : perte d emploi et autre comme si c etait juste le cours normal de l évolution morale d une société. Ca peut donner par ex : Aujourd’hui personne ne parlerait de bougnoule pour parler d un arabe et bien si je te harcele parce que tu as dit que «les femmes seulement ont des regles», c est la même chose, simple évolution morale,car les sciences sociales ont montré que «les femmes seulement ont des regles» est un énoncé transophobe.

C est la cancel culture. Qui est niee par ceux qui la pratique et dont la dénonciation est instrumentalisée par l extrême droite (on ne peut plus rien dire)

Pour les critiques de ce corpus idéologique ce qui est mis en avant c est la pauvreté conceptuelle pour aborder des phénomènes complexe, la nature dogmatique du mouvement, et le fait qu il est devenu un double des mouvement s d extrême droites : la où l extrême droite était pour la ségrégation des noirs pour des raisons de supériorité raciale, certain woke sont pour la ségrégation au nom de la protection des «racisés» noires par exemple.

En France, les theories ne sont pas vraiment exportées, mais le vocabulaire et les methodes si. Le débat sur l islamo gauchisme est a appréhender sous cet éclairage : des militants de gauche se sont alliés tant réellement que conceptuellement avec des mouvements religieux parmi les plus sectaires, violents et dogmatiques au monde, la galaxie islamiste, dans un retournement de position hallucinant qui leur a fait épouser des theses que seule l extrême droite pouvait tenir sur les catholiques, il y a encore dix ans seulement.

On passerait ainsi de «les religions sont l.opiums du peuple» à «les religions des dominés sont l expression de la resistance des dominés contre le capitalisme et l ordre raciste du monde blanc »

Au sujet de ses propos sur Occupy Wall Street, il a d’ailleurs plus récemment dit qu’il regrette ses propos, laissant entendre qu’il n’avait pas toute sa tête, sans doute à cause des médicaments, justement.
Quand je l’ai rencontré (en 2014, peu après ces propos), alors qu’il était bien malade et en chaise roulante, il a dit que, pour lui, c’était un « conundrum » : un mystère, une énigme, quelque chose qu’il ne comprenait pas. Il a dit ça sur un ton très calme, très posé, pas du tout agressif.

Jim

Ils etaient si extrême ses propos de l époque ?

Carrément. Je trouve ça complètement disproportionné…

Moi ce qui me semble, c’est qu’aucun de ces militants n’est un anti-capitaliste conséquent, en fait.
Sinon, ils sauraient que les catégories « marxiennes » (j’évite volontairement le terme de « marxiste ») subsument toutes les autres.

De mémoire, ils étaient assez durs, ouais.

Citation dans le Guardian :

Toujours dans le Guardian, mais en 2018 :

Le tacle d’Alan Moore (en partie mal traduit, hélas)

Mais c’est assez drôle.
Et je trouve que c’est assez malin de référer au Dark Knight, qui est aussi un des fleurons de la période où Miller avait une fibre plus sociale : la manière dont Richard Pace contrebalance avec l’impact social (l’industrie, l’emploi) des politiques américaines est plutôt bien vu.

Jim

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Jim

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Les indigenistes ont une parade : le capitalisme n est qu un avatar de la structure des races, puisque selon eux l essor du capitalisme n a été rendu possible que grâce à la toute première concentration de capital réalisée lors de l esclavage.

Haha, en effet, il n y ai pas allé de main morte.

«Does he support Donald Trump? “Real men stay bald,” he says with a grin, lifting his hat to run a hand over his bare scalp.»

Hehe

Franchement, c’est pas sérieux, comme analyse.

Non en effet.

Je trouve justement que Pace a l’air d’y trouver (dans « Dark Knight », je veux dire) les graines du crypto-fascisme de Miller, alors qu’à mes yeux, comme tu dis, on est dans un tout autre délire pour ce travail-là.

« Revenant sur ce mouvement, Alan Moore a affirmé qu’il était parfaitement justifié et qu’il était conduit « d’une manière très intelligente et non violente » et d une réussite eclatante !

Historiquement, non, il y a de tout temps des concentrations de capitaux sans qu’il y ait esclavage ou colonisation. En revanche, le capitalisme, dans sa logique de plus-value, est un pillage des ressources, qu’elles soient naturelles ou humaines. C’est là que cette théorie s’engouffre.

Jim

“Whenever I look at any of my work I can feel what my mindset was and I remember who I was with at the time. When I look at Holy Terror, which I really don’t do all that often, I can really feel the anger ripple out of the pages. There are places where it is bloodthirsty beyond belief.”

Miller est dur avec lui même.

Il pourrait se rappeler que la tonalité de holy terror est franchement fantasmagorique et que l histoire finit par un constat d échec sans ambiguïté quand à la réaction décrite dans la bd qui au final ne sert à rien pour faire face intimement au terrorisme.

Ma vieille théorie, c’est que le premier Dark Knight prend un personnage fasciste (figure d’homme providentiel / chef solitaire qui décide de s’écarter de la loi pour imposer son ordre social, culte du corps et de la violence…) pour le diriger vers une pensée de gauche (à la fin du récit, il crée un phalanstère, ni plus ni moins…), là où le second Dark Knight suit le chemin inverse (une pensée collective et « de gauche » qui appelle une réaction de droite). Pour moi, ce balancement, c’est Miller qui renvoie tout le monde dos à dos, tout en avouant sa propre ambivalence, ses doutes (on peut tenir cette analyse pour son rapport à la religion, aussi…).
En filigrane du premier Dark Knight, il y a l’omniprésence des écrans télé qui font écho à l’opinion publique, à l’homme de la rue. Et cet homme de la rue exprime aussi un malaise social, qui est l’un des effets visibles d’une société en dissolution. Je crois que c’est ça que pointe Pace, en montrant dans un style millerien les victimes des délocalisations, du chômage et de la violence sociale.
Remarquons que Pace (que je ne connais pas, par ailleurs) décide de ne pas prendre de gants afin d’être à la hauteur du Frank Miller de l’époque, qui n’en prenait pas. Je pense que ce qu’il cherche à ce moment, c’est à mettre Miller face à ses contradictions, face à ce qu’il voit comme des dérives (et difficile de lui faire la leçons, même les plus fans les plus milleriens, et je me compte dedans, ont été au minimum surpris par ces propos).

Jim

Pas centré sur… mais le mythe du plein emploi… pour moi il est historiquement jamais là…
On court apres un mythe qui n existe pas et qui nous pousse à la croissance et donc à la consommation basé sur l obsolescence programmé et aussi à la surpopulation généralisée.