Sympathique… mais ça aurait pu, ça aurait dû être mieux. Autant pour le principe d’un one-shot hommage à Nick Fury, que pour ce que ça dit en soi et comment ça le fait, mais aussi pour ce qu’Al Ewing est capable en principe de faire.
Oui, disons-le clairement : c’est décevant. Pas mauvais, mais décevant car ça rend autant « hommage » que ça « règle » encore (ENCORE) le cas Nick Fury. Et ça me gêne, un peu, de le faire sous l’apparence d’un hommage.
Je m’explique. Comme le pitch le dit, ce one-shot livre un récit en plusieurs parties, sur plusieurs époques clés de Nick Fury. On commence au présent avec Nick Fury Jr, envoyé dans une base secrète contenant des artefacts dangereux sur un étonnant message psychique dans un taxi. Il y retrouve S.C.O.R.P.I.O., une terroriste qui vole la Clé Scorpio. Fury Jr enquête en cherchant dans les archives de son père, avec Nick Fury Agent du S.H.I.E.L.D. qui affronte Scorpio (son frère) sur la Lune, car Jake Fury voulait accéder à une Porte Scorpio mystérieuse. Uatu les évacue, puis on passe à Nick Fury soldat où, avec des copains, il vole la Clé Scorpio aux Nazis, mais un camarade disparaît avec elle (en agonisant). Au présent, encore, Nick Fury agent d’Uatu est « visité » par S.C.O.R.P.I.O., petite-nièce de son copain décédé. Nick Fury Jr vient aider, la terroriste disparaît, et Nick Fury Sr décide de partir avec la Clé Scorpio dans le Multivers pour « aider », et se retrouver, en arrêtant d’être The Man On The Wall, après avoir glissé des pseudos-révélations sur d’autres Portes Scorpio. Nick Fury Jr parle avec Uatu, acte le besoin que quelqu’un soit le « bouclier » (Shield en VO) du monde, et envisage de relancer le S.H.I.E.L.D., ce qui est vu aussi en back-up de Fantastic Four #700.
En soi, l’épisode est plutôt bon - mais pas fou. Al Ewing propose ce qui est assez proche du minimum syndical ; correct, mais minimaliste. Il y a bien un jeu attendu et légitime sur les trois grandes époques de Nick Fury (soldat, espion, présent), il y a bien des références, il y a bien un « style » mais aussi une façon d’écrire différemment.
C’est bien, sur le principe, et c’est fait de manière correcte et solide. Je ne m’ennuie pas à la lecture, l’ensemble est prenant et bien fait, oui. La terroriste passe bien, les Fury sont plutôt bien écrits, et Jr a même un peu de charisme, ce dont je lui trouvais privé jusque-là.
Graphiquement, on voit Scot Eaton au présent (efficace et fluide), Tom Reilly (agréable dans le style de l’espion, sans briller), Adam Kubert (quasi non reconnaissable pour l’époque soldat, même si c’est intéressant) et Ramon Rosanas (pour la conclusion en lien, solide). Ca fait le job, ça ne brille pas mais ça se lit bien.
Par contre, deux problèmes. Un petit, et un gros.
Petit : ça manque de folie. Ca manque de la folie qu’un Al Ewing peut avoir et a déjà eu ailleurs, notamment sur Defenders, et c’est fort dommage. D’autant que cette folie aurait pu, aurait dû se voir dans le graphisme, car l’ombre de Steranko n’est même pas convoquée, et c’est bien gênant.
Et le gros problème : on peut voir ce one-shot comme un hommage… ou comme une nouvelle exfiltration de Nick Fury Sr, pour ne laisser que Jr. Au-delà du fait que Nick Fury Sr vient « à peine » de revenir (dans la Reckoning War de Dan Slott, en 2022, et peu avant dans Empyre, par le même Slott et… Al Ewing), il y a ici redondance pour se « débarrasser » du personnage original.
Et c’est d’autant plus gênant que, si l’idée de son errance est jolie, cela intervient dans un one-shot qui doit lui rendre hommage officiellement… mais en fait le « vire », au profit de Jr. Et oui, ça me gêne dans l’idée, dans cette forme d’hypocrisie assez lourde.
En conclusion, un one-shot agréable à lire, efficace et prenant, mais décevant dans le fond, la forme et le message derrière.