HAIL, CAESAR ! (Joel et Ethan Coen)

En 1951, Eddie Mannix (Josh Brolin) est à la tête de la production du célèbre studio américain de Capitol Pictures et travaille également comme fixeur, sa pire activité, afin d’éviter des comportements scandaleux de la part de ses vedettes avant qu’ils ne soient publiés dans la presse. Il doit également gérer en parallèle sa vie de famille mais aussi la société Lockheed qui souhaite l’engager pour un poste plus offrant, cependant il n’est pas sûr de l’accepter. Une journée qui s’annonce mouvementée et pénible pour Eddie Mannix.

Ave, César ! est probablement le film le plus clair quand à un aspect palpable dans la carrière des frères Coen depuis leur premier film : Ils aiment le cinéma. Ils aiment le cinéma de ce qu’on pourrait qualifier de l’age d’or d’Hollywood. Ils aiment ces films mais, surtout, ils aiment aussi le travail créatif et de production qu’il y a derrière. Ils aiment les coulisses. C’est en étudiant ces coulisses que les réalisateurs ont pu créer leurs œuvres, apporter du sang neuf à des genres et les raconter via un prisme nouveau.

Barton Fink explorait le plus frontalement le processus créatif jusqu’à ce présent film. Mais là où le personnage de Barton Fink aborde cet art avec un mépris évident (source de son blocage créatif), les personnages qui compose la fresque « péplumesque » d’Ave César !, ont pour la plupart la conscience d’être les maillons d’un système auquel il participe sans aucun regret voire même, pour ce qui concerne Eddie Mannix, avec une ferveur toute religieuse.

Bien que lumineux et drôle, Ave, César ! n’est pas une ode enchantée dédié à ce qu’on pourrait croire comme une période merveilleuse. L’intérêt du film est de construire ses histoires par le biais d’Eddie Mannix (combinaison de deux personnages réel : Eddie Mannix et Howard Strickling), officiellement directeur de production du studio Capitol, officieusement il est surtout le fixer c’est à dire l’homme qui va s’arranger pour couvrir tout ce qui est considéré comme un scandale pour la morale de l’époque. Par son biais Ave, César ! va nous montrer l’envers d’un décor, aujourd’hui connu, composé de femme enceinte célibataire (HONTEUX !), d’acteurs ou réalisateurs homosexuels (SCANDALE !) ou bien encore de scénaristes communistes (HERETIQUES ! AU BUCHER !).

Bien que présenté comme un général romain ayant pour seul dieu le cinéma, Eddie Mannix reste tout de même un personnage assez simple dont le rôle est d’être un guide entraînant le spectateur dans un ensemble de scènette faisant d’Avé, César ! un best-of du meilleur du cinéma Hollywoodien de l’époque : comédie de mœurs, comédie musicale, western ou bien encore fresque historique. L’occasion de numéros d’une exécution parfaite dans la chorégraphie et blindé d’humour assez mordant. Le numéro de Channing Tatum est ainsi une belle façon de montrer comment le cinéma parle d’homosexualité de manière sous-jacente dans les grandes productions.

De fait, Avé, César ! exprime, par sa forme, une envie de parler d’un sujet via une multitude d’approche différente. On sentait déjà, dans Inside Llewyn Davis, l’envie de s’éloigner d’une narration « classique ». Avé, Césart ! par son statut d’hybride totalement équilibré nous le confirme, les Coen veulent raconter différemment. Il n’est donc guère étonnant que leur dernier opus en date soit la forme la plus abouti de cette envie. Mais on garde ça pour la prochaine fois.

Mes deux scènes préférées : la « leçon de communisme » que les scénaristes blacklistés essaient de faire à l’acteur neuneu, et la réunion où le producteur essaie de s’assurer que son péplum christique recevra l’assentiment des juifs, des catholiques et des protestants. :crazy_face:

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Accessoirement, ce film ayant Clancy Brown dans son casting, il ne peut qu’avoir mon entière affection