HAWKEYE : KATE BISHOP #1-5 (Marieke Nijkamp / Enid Balam)

Ah. C’est différent de ce que tu dis initialement.

Aperçu :

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mouais je suis moyennement convaincu.

Je suis quand même étonné que les responsables éditoriaux laissent passer des répétitions de cadrage comme on voit ici.

Jim

Des quoi ?

Des, genre… ça :

Jim

je ne vois pas ce qui te choque…

Je ne suis pas sur non plus.

Les bordures ou l intérieur des cases ?

Je pense qu’il tique sur des zooms de cadrage. MAis ça pour en avoir parler avec plusieurs dessinateurs ils s’accordent tous à dire que c’est grosso merdo une « vision cinématographique »

Ce n est pas censé se faire ?

Les mecs, enfin.
Vous savez lire une BD ? Non ? Postulez chez DC et Marvel !

Plus sérieusement :
Dans la page de Hawkeye: Kate Bishop, les cases 3 et 4 présentent des cadrages similaires : la caméra est face aux personnages, le méchant est derrière l’héroïne, en gros, c’est la même image. La différence, c’est que la caméra se rapproche, et que l’inclinaison du plan est redressée. On pourrait être conciliant et dire que c’est un zoom, mais ce serait faire preuve d’une gentillesse benoîte (parce que là, c’est mal fait : un zoom, en BD, tu conserves le même axe, et surtout tu le fais sur trois cases, pour renforcer l’effet). Qui plus est, le méchant a la même pose d’une case à l’autre, alors que la caméra s’est redressée : ce n’est absolument pas logique, et ça met en évidence la répétition.

Dans la page de Batman / Fornite One-Shot, le personnage qui jaillit de l’eau est cadré de la même manière sur les cases 1 et 2. La position de son corps est presque identique. L’encrage pour traiter l’arrière-plan est rigoureusement le même (et s’il est justifié dans la première pour renforcer l’effet de mouvement, il est inutile dans la deuxième. Là encore, un peu de variété aurait été la bienvenue. Mais tel quel, c’est d’une pauvreté affligeante. Le genre de trucs qu’un Schwartz, un Lee, un Shooter, un Goodwin ou un O’Neil aurait refusé.

Je suis étonné de la faiblesse narrative de ces deux planches. Et encore plus étonné que ça ne vous saute pas aux yeux.
Bon, ça sera sans doute noyé sous un lettrage plus ou moins envahissant, donc ça se verra moins, mais là, brut et dénudé, c’est d’une pauvreté affligeante.

Jim

Ah oui ?

Exigeant.

Mon pauvre ils font quasi tous ça maintenant… car ils ont tous une vision caméra maintenant la plupart des dessinateurs sont influencés par ce qui est servi par les télés et autre cinéma

Bah écoute, je dois pas lire assez de BD, mais là, ça me choque. Je vois pas ce genre de maladresses souvent.
Et puis je suis désolé, mais la vision cinématographique, ça me fait rire. Un cinéaste alterne les plans, le montage ne fait pas téléscoper des plans quasiment voisins de la sorte. À moins d’un jump cut, auquel cas on est parfaitement dans l’axe, pour bien insister.
Là, c’est simplement mauvais (et même pas sauvé par la qualité du dessin).

Jim

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C est moche, c est sur.

Mais je n imaginais pas que ça puisse un motif de refus.

Bah écoute, selon moi, un éditeur de BD cherche à avoir des planches variées. Avec des changements de cadrages articulés sur des alternances champs / contre-champs, ou gros plan / plan large, ce genre de choses. Surtout dans un métier où la page imprimée est plus petite, composée de moins de cases.
Moi, personnellement, un dessinateur me fait ça, je lui signale le problème.
Je parie que je présente ça à un éditeur et je me fais bouler.

Je regardais à l’instant quelques pages de la série Storm récente, dessinée par Victor Ibañez et Al Barrionuevo (entre autres). Et sérieux, ça bouge beaucoup mieux.
Voyons par l’exemple :

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Oh, un zoom. Pourquoi ça marche ? Parce que la distance entre la « caméra » et le sujet change drastiquement, donc là, on sait que c’est volontaire.

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Tiens, un autre zoom, entre la case 2 et la case 4. Là encore, ça marche parce que la taille du personnage dans la case change beaucoup. Et la présence de la case 3 entre deux permet de renforcer l’effet, et de montrer la maîtrise, que ce n’est pas un hasard.

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Et encore un. Cette fois, ça marche parce qu’il y en a trois, de cases. On voit la caméra qui se rapproche. Et puis aussi, pas de plan incliné pour faire joli : même axe.

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Même chose ici : un zoom arrière, avec des éléments immobiles et des éléments mobiles (qui, eux, ne se répètent pas). Un zoom, d’accord. Mais y a mille manières de le faire. Et de bien le faire.

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Et je ne parle même pas de la variété de cadrages dans cette scène de discussion…

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… ou de la qualité de composition de cette séquence, avec une répartition gauche / droite qui est subtile et élégante.

Des pages de 2015.
L’exigence se relâche ?

Jim

Tu devrais écrire des livres sur la BD, Jim.

Fichtre, je n’y avais jamais pensé.

Jim

En effet, en effet.

Et que vaut le scénar de cette serie ?

J’ai pas lu. Seulement regardé. Ça m’a fait de l’œil, mais le temps a passé, et… voilà voilà.

Jim