JUPITER : LE DESTIN DE L'UNIVERS (Andy & Lana Wachowski)

[quote]DATE DE SORTIE FRANCAISE

4 février 2015

REALISATEURS & SCENARISTES

Andy & Lana Wachowski (La trilogie Matrix, Speed Racer, Cloud Atlas…)

DISTRIBUTION

Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, James d’Arcy, Vanessa Kirby, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Jo Osmond…

INFOS

Long métrage américain
Genre : aventures/science-fiction
Titre original : Jupiter Ascending
Année de production : 2013

SYNOPSIS

Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais elle enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire conçu génétiquement, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…[/quote]

La bande-annonce :

Ouah la tuerie visuelle !! Faut que je me mate Cloud Atlas depuis le temps d’ailleurs

J’achète.
On notera quelques thèmes ( récurrents chez eux ) et structures qui me font dire qu’ils s’agira là d’une sorte de version plus “commerciale” du segment de Cloud Atlas situé à Néo Séoul.

Heureux homme ! Tu devrais prendre une bonne claque…
J’ai adoré “Cloud Atlas” malgré ses défauts : une ambition, une énergie, une démesure, une pelletée de bonnes idées, un constant éloge au cinéma (via des reprises . citations discrètes, ou parfois pas vraiment d’ailleurs…). Un film précieux en ces temps de frilosité narrative, si j’ose dire.

J’avais peur que les deux gros fours successifs des Wachowski (“Cloud Atlas” et surtout “Speed Racer” se sont joliment plantés) nous privent d’un nouveau “gros” projet, il n’en est rien, et c’est tant mieux.

Je suis assez impatient de voir ce film.

Film repoussé de 6 mois pour le motif officiel qu’il faut plus de temps que prévu pour finaliser les effets spéciaux.
Mon petit cœur a eu mal mais ça permettra deux choses : un, Michael Giacchino ne s’éparpillera pas entre l’écriture de ce score et celui de Dawn of the planet of the apes (y avait pas un titre encore plus long ? ) et deux, Guardians of the galaxy n’aura pas de challenger capable de le mettre à mal dans le genre space-opéra cet été.
Mais zut quand même…

Voici une recherche de Caine (interprété par Channing Tatum) croquée par le dessinateur Steve Skroce (Doc Frankenstein):

Source: www.bleedingcool.com

C’est Edward Norton ?

La nouvelle bande-annonce :

le cinéma pompier a son nouvel étendard

Bon, j’ai enfin vu ça, et pour faire court, je suis assez content de ne pas avoir payé une place en salle.
Alors ouais, c’est très joli, ça bouge, mais c’est répétitif (trois scènes de baston sur des baskets volantes, dont deux avec la même construction et le même prétexte : il manquait un chat noir le long d’un mur et j’aurais eu un drôle de sentiment de déjà-vu), délicatement mièvre, et au final rapidement torché, avec des ficelles grosses comme des cordes de marine et des personnages en carton découpé à la machette.
Et “joli”, en plus, c’est vite dit. J’ai eu l’impression de voir le Dune de Jodorowsky (celui qui, dieu merci, ne s’est jamais fait), avec ses élites décadentes aux perruques poudrées. Heureusement que les acteurs sont bien (Eddie Redmayne, impérial), parce que bon…
Et la métaphore de plomb du conte de fée moderne, purée, non, quoi.
Rajoutons à cela le fait que de nombreuses scènes sont déjà vues mille fois (la maison isolée du vieux soldat ermite, copiée-collée sur la ferme de Looper et sur la baraque décrépite de Tomorrowland…), et il ne restera pour sauver le film que les clins d’œil à l’ufologie conspirationniste (des petits gris invisibles qui laissent des ronds dans les moissons, que c’est fin…) et l’idée SF qui sous-tend le film, pas réellement originale (Kirby a navigué dans ces eaux que les Wachowsky n’étaient pas encore nés) mais assez formidable une fois passée au filtre du capitalisme cannibale (c’est tellement bien qu’ils n’en font pas grand-chose, en fait).
Alors je crois que je suis un peu perdu pour la cause des Wachowsky, moi. Je crois aussi qu’ils m’enquiquinent depuis le deuxième Matrix. Et je crois enfin que la seule chose qui m’ait réellement emballé, c’est la partition de Michael Giacchino. Comme toujours. Sauf que j’avais l’impression d’écouter la musique d’un Star Trek.
Donc ouais, bilan plutôt maigre, quoi.
J’imagine que comme plein de trucs gonflés avec du rien (genre la prélogie Star Wars), ça finira par se regarder sans déplaisir à la téloche après quelques années, mais là, tout de suite, je suis pas trop enclin à conseiller.

Jim

Mila Kunis, qui n’est déjà pas une actrice inoubliable à la base, n’est pas très convaincante (et en plus, elle a quelques dialogues “I love dogs” assommants, au secours) mais Eddie Redmayne est d’un ridicule achevé en déclamant la plupart de ses répliques avec la voix fatiguée d’un petit vieux (alors oui, c’est raccord avec son “âge” mais le résultat à l’écran est risible), sauf dans la scène clé où il s’énerve tellement en levant les poings au ciel avec le regard au loin qu’il en oublie de faire le vieillard fatigué, achevant d’en faire un méchant de pacotille.

Sean Bain est bien, comme toujours j’ai envie de dire, mais lui aussi n’est pas toujours verni par les répliques (la séquence sur-explicative avec les abeilles en élément déclencheur, c’est pathétique). Quitte à voir un film réunissant Bain et Redmayne, je préfère Black death, qui a en plus l’avantage d’avoir Carice Van Houten en manipulatrice suave et vénéneuse à son casting.

[quote=“Benoît”]

Mila Kunis, qui n’est déjà pas une actrice inoubliable à la base, n’est pas très convaincante (et en plus, elle a quelques dialogues “I love dogs” assommants, au secours)[/quote]

C’est le problème de l’humour du personnage. C’est constamment décalé, on dirait des commentaires caustiques de voix off qui se moqueraient du film, si bien qu’elle est déconnectée de l’action. Et vu qu’elle ne fait rien à part froncer les sourcils aux méchants et attendre d’être sauvée, elle n’a aucun intérêt pour le spectateur.

Je trouve qu’il tient bien son personnage. C’est pas tellement sa faute si c’est un méchant d’opérette. Lui, il a une présence.

Mais tout est téléphoné, avec des dialogues cons et des coutures grossières. Sean Bean, tu le mets dans n’importe quel navet, il est super. Mais il n’est pas aidé, c’est clair, ici.

Film très étrange, Black Death. Avec une lenteur et un minimalisme qui me crispent un peu (mais j’imagine que Photonik y est sensible). J’aime bien, mais j’ai quand même un peu du mal.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]

Je trouve qu’il tient bien son personnage. C’est pas tellement sa faute si c’est un méchant d’opérette. Lui, il a une présence.[/quote]

Les torts sont partagés de ma lucarne, parce que même si son texte et tout le décorum du film derrière n’aident pas, sa diction forcée dessert la menace que représente son personnage et il ne la tient plus dans sa scène la plus importante. Et là, direction approximative d’acteur ou pas, il ne parvient pas à rendre son personnage un tant soit peu crédible et cohérent d’un bout à l’autre, contrairement à Sean Bain. C’est simple, je soupirais à chaque fois qu’Eddie Redmayne ouvrait la bouche et j’ai pouffé lors de son “grand moment” alors que ce n’était pas l’effet recherché.

Plongé en ce moment dans THE HYPERNATURALS, une très bonne série de S-F en BD (Pour en savoir +), j’ai eu envie d’y rester - dans la S-F - et je me suis regardé Jupiter Ascending :

[quote]

…. La Matrice

…. **[size=150]J[/size]**upiter le destin de l’univers est un film qui reprend (une fois de plus) l’algorithme Campbell-Vogler connu sous l’appellation de « voyage du héros ».

Si cette formule tend à devenir un cliché, une matrice incontournable, je m’aperçois que la citer devient chez moi un poncif tout aussi récurrent que sa présence dans l’industrie hollywoodienne.
On la retrouvait d’ailleurs déjà dans le film Matrix des mêmes Wachowski.

Les deux films partagent bien d’autres points communs, comme par exemple celui plutôt évident de la « moisson », qui du reste est comme dans Matrix, la pierre angulaire sur laquelle repose l’enchaînement des événements.

Autrement dit pas de « moisson » pas d’histoire.

Or donc en lieu et place d’un héros Jupiter Ascending suit le « voyage de l’héroïne » Jupiter Jones - on assiste peut-être là au résultat d’un mouvement qu’Eloy Fernández Porta a nommé l’afterpop dont le principal courant participe d’un élan de féminisation des icônes de la culture de masse* - or donc un voyage disais-je, qui se décompose grosso modo comme suit : le refus de l’aventure de la part de l’héroïne, sa rencontre avec un mentor ; il y aura comme de bien entendu tout un tas d’épreuves, mais elle finira par rentrer chez.

Mais changée.

Et pour cause l’héroïne est une élue (comme l’était Néo).

Jupiter le destin de l’univers ajoute au « voyage de l’héroïne », pour faire bonne mesure, une belle dose de « mélodrame étasunien (simplifié) » c’est-à-dire :

. • Un jeune héros courageux mais naïf

. • Une belle héroïne en danger

. • Un méchant habituellement plus âgé, plus puissant et plus instruit que le héros.
Le méchant ayant bien entendu des vues sur la seconde que le héros défend

Toutefois, les temps ont changé et si l’afterpop est passé par là, la théorie des genres aussi ; alors c’est pour ainsi dire madame qui porte la culotte (du héros), tout en étant cependant d’une naïveté confondante. Et en danger.

…. En plus de 40 ans de fréquentation assidue du monde de la fiction au travers de multiples supports, je n’attends plus de rencontrer un alphabet nouveau me contentant plus lucidement de nouvelles combinaisons de mots anciens (oui, comme on me l’a fait remarquer assez récemment j’ai tendance à me regarder écrire, ce qui vous en conviendrez n’est réservé qu’à ceux qui écrivent et qui tentent de le faire bien).

…. « Il n’y a pas d’œuvres, il n’y a que des auteurs »

Et ce n’est pas un pis-aller lorsque ces nouvelles combinaisons sont l’œuvre d’auteurs comme les Wachowski.

Si je ne partage pas ce qu’on a appelé « la politique des auteurs » - que l’on pourrait résumer en disant que le seul auteur d’un film en est son réalisateur – force m’est de constater que la patte d’Andy & Lana Wachowski est très souvent à mon goût et que surtout elle est reconnaissable entre toutes.

…. **[size=150]F[/size]**ilm de science-fiction d’aventure Jupiter Ascending ne mégote pas sur les moyens pour dépayser ses spectateurs, et pour ma part je m’y suis laissé prendre, tout comme à son rythme échevelé auquel je n’ai opposé aucune résistance.
Si je ne suis pas mélomane : ceci explique d’ailleurs peut-être cela - j’ai trouvé la bande-son particulièrement efficace – diront ceux qui le sont.
Si l’histoire du film est cousue de fil blanc, je ne trouve pas qu’il y ait néanmoins de quoi tailler un costard à ce dernier.

En définitive, un film qui pour moi a largement tenu la promesse d’évasion que je pensais y trouver, et m’a donné toute satisfaction.


[size=85]* On retrouve ce phénomène de façon aiguë dans la bande dessinée étasunienne de super-héros (notamment chez l’éditeur Marvel) ; où ces derniers laissent place à leurs homologues féminines et où la création de pastiches tout aussi féminins bat son plein.[/size]

Moi, y a deux choses en particulier que je trouve très bien dans tes interventions : d’une part les illustrations (parfois, le fait qu’elles ne soient pas tellement commentées me frustre, j’ai envie d’en savoir plus, ce qui est bon signe), et d’autre part ce genre de choses :

J’apprécie beaucoup de devoir chercher de nouvelles références, de nouvelles personnes, de nouvelles théories, et j’apprécie également ta capacité à les croiser dans ta propre mixture de pensée. Ce monsieur, par exemple, je n’en ai jamais entendu parler (et pour l’instant, je trouve des textes wikipédiens en espagnol, et mon espagnol se limitant à commander un café ou l’addition dans un bar de Barcelone, je vais en chier un peu à lire tout ça, mais bon, pas grave, ça m’apprendra quelques mots en plus). C’est bien, de découvrir. Et grâce à toi, ça m’arrive souvent.

Jim

Ce qui m’a frappé dans Jupiter Ascending, c’est l’envie qu’ont les réalisateurs de mêler le classique à l’innovation. Si les schémas adoptés sont éculés, si le film accumule les clichés et stéréotypes avec un culot certain, c’est surtout pour pouvoir appliquer un enrobage S-F à une construction narrative universelle. Car le film n’est rien de plus que ceci, un banal conte, coiffé d’une direction artistique et d’un champ lexical fantastique qui, à la base, n’ont rien à faire dans les mythes et légendes. Les emprunts divers et variés à Andersen et consorts finissent par conférer au long-métrage une identité et, paradoxalement, une portée universelle.

Les bottes de sept lieues se retrouvent chaussées par le personnage principal masculin, lui permettant de se mouvoir avec une liberté totale. Jupiter, telle Boucle d’or, va tester les trois lits / planètes de la famille des ours. Les animaux des fables et autres contes classiques se retrouvent dans ces humanoïdes génétiquement modifiées. Et le film déborde de références de la sorte, il est passionnant de le décortiquer.

[quote=“Jim Lainé”]Moi,…]
Jim[/quote]

Merci.