Discutez de Kabbale
3 tomes de Kabbale !
Que je viens de trouver.
Jim
Bon, le premier tome est sympathique. Un peu trop dans l’exposition, ça prend son temps, si bien qu’à la fin, on trouve ça un peu court : un jeune auteur de BD qui s’empêtre dans ses atermoiements amoureux, une société fascisante et oppressive, une section spéciale des forces de l’ordre qui tire sans sommation, des pouvoirs latents et une colère qui ne demande qu’à s’exprimer. Tout cela est très cool, mais ça manque de contexte, c’est un peu rapide.
Graphiquement, en revanche, c’est plutôt une réussite, avec un gros fond de sauce manga (et pas mal de détails reconnaissent ouvertement l’influence de l’Akira d’Otomo, de l’affiche dans l’appartement de Gaël aux décors qu’il voit depuis sa fenêtre…) et une narration fluide qui reluque un peu du côté de l’école Wendling, encore en vogue à l’époque de la sortie, il y a un quart de siècle.
Je suis moins convaincu par le propos politique, assez simple voire simpliste, mais il fonctionne bien parce que l’auteur prend la précaution de mettre en scène de jeunes adultes pas tout à fait sûrs d’eux-mêmes, en révolte post-adolescente.
L’ensemble se lit bien parce que c’est joli et bien construit. J’espère qu’il y aura plus de matière dans les deux prochains tomes. Ah, et puis, détail, j’aime bien l’idée d’un titre placé sur un autocollant, si bien qu’on peut l’enlever afin de profiter pleinement de l’illustration en couverture.
Jim
Le tome 2 continue sur la lancée : beaucoup de place consacrée aux hésitations amoureuses entre Gaël et Carole, et assez peu de contexte (social, politique, voire surnaturel : on sent bien qu’il y a quelque chose qui mijote, mais l’auteur ne soulève jamais le couvercle pour nous faire goûter).
C’est bien raconté, il y a la mise en abyme permise par la profession de Gaël, auteur de BD pour les enfants, qui permet de jouer sur la forme, mais tout cela traîne en longueur. Le portrait de ces jeunes adultes pas sûrs d’eux est bien foutu, avec un certain naturel dans les dialogues, mais ça n’avance pas. La description de la colère rentrée du jeune homme est également efficace, et crée une attente forte. Mais on est quand même au deuxième tome, et on a l’impression d’être encore dans la présentation.
La narration est très chouette, et le dessin est plaisant, avec un mélange d’influence japonaises et franco-belges (ici et là, je vois un peu de Plessix, un peu d’Andreas, peut-être un peu de Giraud : on dirait du Claude Lacroix qui aurait digéré des influences modernes). C’est joli. Ça raconte bien le pas grand-chose que ça raconte.
Jim
Le troisième tome s’ouvre sur une explosion de pouvoir et la destruction d’un quartier entier. On se trouve alors en droit d’attendre une extension de l’intrigue à la ville entière, mais au contraire, Charlet préfère suivre Gaël, au réveil, qui rencontre un nouveau personnage, une jeune fille brune nommée Automne dont le lecteur ne peut que spéculer sur la nature : la fille du couple venue du futur ? une version alternative ? l’incarnation de son pouvoir ? Visiblement, elle lui en veut, mais l’auteur préfère continuer son exploration des émois sentimentaux des protagonistes.
Alors il sait faire, c’est certain. Et ça fonctionne bien, les dialogues tournent assez juste, le mystère s’épaissit, mais voilà, le problème est là : ça fait trois tomes que le mystère s’épaissit, et il n’en sort pas grand-chose.
La série ne connaîtra pas de fin : elle est abandonnée au troisième tome, et elle connaît le sort qu’a subi l’intérêt du lecteur. À trop vouloir décrire la valse-hésitation qui emporte Gaël et Carole, Grégory Charlet a perdu un temps fou et perdu ses lecteurs (et peut-être son propre enthousiasme) en cours de route. Dommage, c’est bien raconté et bien dessiné. Mais on ne connaîtra jamais la fin.
Jim





