KILLING VS SUPERMAN (Yilmaz Atadeniz)

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Kilink Istanbul’da & Kilink uçan adama karsi

REALISATEUR

Yilmaz Atadeniz

SCENARISTE

Cetin Inanc

DISTRIBUTION

Irfan Atasoy, Pervin Par, Muzaffer Tema…

INFOS

Longs métrages turcs
Genre : action/thriller
Année de production : 1967

Les deux longs métrages dont il est question ici étant d’origine turcs, les habitués de ces colonnes savent donc bien que les deux personnages principaux ne sont pas les véritables Killing et Superman, les cinéastes et producteurs de la grande époque du cinéma d’exploitation de l’ancien Empire Ottoman ne s’étant jamais souciés d’une petite chose appelée le copyright (et c’est la même chose pour les “bandes originales”, puisque les thèmes musicaux des James Bond sont ici copieusement employés). Mais comme ce diptyque est le plus souvent connu sous ce titre officieux, je l’ai employé en accroche de ce sujet (et c’est moins compliqué à écrire que les titres originaux).

J’avais déjà parlé de Killing à l’occasion d’un billet sur Killing vs Mandrake. À l’origine, Killing est un criminel sadique évoluant dans des romans-photos italiens (qui ont connu une publication en France sous l’appellation Satanik). Avec son costume noir de squelette, il évoquait tout naturellement le personnage de fumetti neri Kriminal (à la combinaison de squelette jaune), qui a lui-même été inspiré par le célèbre Diabolik. Killing connut un grand succès dans des pays comme l’Argentine et la Turquie, à un tel point que ses maléfiques exploits continuèrent sur ces marchés spécifiques après l’arrêt de la publication en Italie.

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Tout naturellement, le cinéma s’empara de Killing et ce dans un joyeux désordre, puisque plusieurs producteurs lancèrent leurs propres films sur Killing. C’est ainsi que l’on retrouve une flopée de titres où le nom du squelette ambulant est orthographié de manière fantaisiste, avec du Killing, Kiling ou Kilink (Killing vs Mandrake, c’est par exemple Sihirbazlar Krali Mandrake Kiling’in pesinde en V.O.). Dans certains opus, Killing montre son visage et à d’autres occasions, comme ici, il ne quitte jamais son masque…même quand il honore ses conquêtes !

Dans chaque version, Killing reste le personnage qui intéresse le plus les scénaristes, qui se régalent à concocter des intrigues fantaisistes et des dialogues qui soulignent sa cruauté de méchant de serial…et malgré cela, aucune femme ne lui résiste (enfin, il étrangle celles qui osent lui résister, pour être précis).
Et à propos de serial, le scénario est en grande partie pompé sur les mécanismes de ces feuilletons cinéma…et plus particulièrement Les Aventures de Captain Marvel (1941), la toute première adaptation cinématograhique d’un comic-book de super-héros, jusqu’à en reprendre certaines péripéties et même l’origine des pouvoirs du héros en collant.

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Dans Kilink Istanbul’da, le méchant tue le professeur Hulusi après avoir volé une formule qui lui permettrait de devenir tout puissant (en fait, il crée juste un super-rayon de la mort). Devant la tombe du savant, son fils Ohran jure de le venger. C’est alors qu’apparaît un clochard…euh, une divinité…qui lui accorde les capacités de combattre le mal en lui donnant la Sagesse de Solomon, la force d’Hercule, l’endurance d’Atlas, la puissance de Zeus…bref, les fans de comics l’auront compris, à chaque fois que Ohran prononce le mot SHAZAM (ou Shajam…ou Shazem…les auteurs des sous-titres des copies que l’on peut trouver sur YouTube ont du mal à s’accorder sur l’orthographe), il se transforme en super-héros…qui a les pouvoirs de Captain Marvel, le costume de Superman (avec un joli slibard rayé) et la cagoule de Batman !

Le côté serial de Kilink Istanbul’da se retrouve jusque dans le final…qui n’en est pas un puisque le film ne se termine pas par un “Son” (fin) mais par un “Bolum Sonu” (“à suivre”). Le deuxième chapitre, Kilink uçan adama karsi (qui peut se traduire par Killing vs Flying Man), débute par un résumé du premier volet qui dure 20 mn (ce qui m’a permis de faire avance rapide…ma résistance a quand même des limites). Kilink Istanbul’da était laborieux, ennuyeux et pas très relevé par une poignée de scènes d’action mal chorégraphiées et montées par un épileptique. Kilink uçan adama karsi est tout aussi mauvais, mais la durée ramassée du métrage, qui n’est que de 48 mn (et donc seulement 28 mn quand on enlève le premier acte qui résume les événements précédents), permet de se concentrer uniquement sur les péripéties, aussi mal filmées soient-elles (et de plus, les effets spéciaux tout pourris constituent des sommets de comique involontaire)…

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Si le deuxième film ne dure que 48 mn, c’est parce que la dernière bobine, le combat final entre Killing et Super…euh, Shajem…, a été perdue (la qualité des deux copies est d’ailleurs catastrophique…il n’y pas que les costumes et les décors fauchés qui piquent les yeux), et les deux dernières minutes consistent en des photos de production (de meilleures qualités que la vidéo) commentées par une voix-off.

À noter que le scénariste de ce diptyque n’est autre qu’un débutant nommé Cetin Inanc, qui donnera par la suite au cinéma Z turc quelques uns de ses plus illustres fleurons, avec son comparse Cuneyt “Trampoline” Arkin,le Alain Delo du Bosphore : il sera notamment le co-scénariste et le co-réalisateur du célèbre Turkish Star Wars et de ninjateries comme The Last Warrior et Death Warrior !

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