LA BOMBE (Peter Watkins)

REALISATEUR & SCENARISTE

Peter Watkins

DISTRIBUTION

Michael Aspel, Peter Graham, Kathy Staff…

INFOS

Moyen métrage britannique
Genre : drame/guerre
Titre original : The War Game
Année de production : 1965

Pendant la première moitié des années 60, le réalisateur Peter Watkins, travaillait comme monteur et responsable des documentaires de la BBC. Adepte du cinéma vérité, il est considéré comme l’un des pionniers du “docudrame”, l’une de ses marques de fabrique étant la mise en scène du récit sous la forme d’un faux reportage. Ainsi son premier long métrage pour la BBC, Culloden, faisait le compte-rendu du soulèvement jacobite de 1745/46 dans un style similaire aux actualités sur la Guerre du Vietnam.

En 1965, Peter Watkins propose à la BBC un film qui expliquerait les effets d’une attaque nucléaire sur la Grande-Bretagne suite à une escalade de la situation entre l’OTAN et la Russie. À l’époque, le gouvernement du premier ministre nouvellement élu Harold Wilson était pro-nucléaire, mais le grand public ne disposait de quasiment aucune information sur le sujet.

Peter Watkins eut quelques difficultés à compléter son tournage, suite à des remaniements au sein du service documentaire de la BBC. La nouvelle direction prit peur en voyant le résultat final et sous les pressions gouvernementales annonça à Watkins qu’elle n’allait pas diffuser le film…qui fut banni de ses antennes pendant 20 ans ! La véritable carrière de The War Game (La Bombe en V.F.) se déroula sur grand écran, de façon limitée en Grande-Bretagne et plus largement à l’international (avec un Oscar du Meilleur Documentaire à la clé…alors que La Bombe n’est pas un documentaire).

Mais Peter Watkins en paya le prix. Ostracisé par la BBC, accusé de propagande anti-nucléaire, il finit par démissionner et passa les années suivantes à voyager pour trouver les sujets de ses film (comme Punishment Park aux U.S.A. qui amplifia sa réputation de “provocateur politique”).

D’une durée de 50 minutes, La Bombe décortique les effets des retombées d’une bombe nucléaire sur la population (ici, le microcosme d’un petit village du Kent dans le Sud de l’Angleterre), les réactions inévitables sur la société et l’efficacité des mesures prises par le gouvernement. Inspirées par ce qui s’est notamment passé en Allemagne, à Hiroshima et Nagasaki, les informations sont déclamées d’une voix neutre de présentateur d’actualité. Les différentes scènes sont entrecoupées d’interviews de représentants de “l’establishment”, comme un pasteur anglican ou un stratège nucléaire…et ce qui fait froid dans le dos est que leurs déclarations sont basées sur de véritables citations.

Par le biais de ces interviews et du déroulé des événements, Peter Watkins analyse le schéma narratif de la production audiovisuelle (ce qu’il a appelé la “monoforme”, notion à la base de son oeuvre) et brise constamment la frontière entre la réalité (même mise en scène) de ces affirmations édifiantes et la “réalité” de la folie qui imprègne les autres scènes du film, qui mettent en images les conséquences terribles de leurs propos. Ebouriffant…et impressionnant de réalisme.
Interprétées par des acteurs non-professionnels, les scènes explorant les retombées de l’attaque nucléaire sont parmi les plus violentes et les plus intenses vues dans une production des années 60 destinée à l’origine pour la télévision.
Le regard de ces victimes, adultes et enfants obligés d’affronter un avenir incertain, hante encore longtemps après la vision.