On reconnaît à peine Alan Davis, non ? Probablement l’encrage…
Et pourtant il s’encre lui-même.
Il est vrai que ça ne vaut pas la patine de Mark Farmer et Paul Neary sur ses planches habituelles.
Mais bon les artistes qui s’encrent eux-mêmes ce n’est pas pour me déplaire dans certains cas (Buscema sur Conan ou encore le rendu 100% Colan sur le somptueux premier épisode de Tomb of Dracula).

Fantastic Four #250, janvier 1983 :
Malgré le twist qui en découle, cette scène reste toujours aussi marquante au fil des relectures.
Qu’est-ce que j’ai pu le lire et le relire, cet épisode…
Mr Miracle échappe même à la tombe. Dernière planche de Seven Soldiers of Victory de Grant Morrison, J.H. Williams III au dessin, décembre 2006.
https://s31.postimg.org/5icjln6vf/7_Soldiers_lastpanel_355x545.jpg
« J’ai toujours suspecté que la fiction d’un monde était la réalité d’un autre. C’est pour ça que je préfère les fins heureuses ». En prêtant ces mots à l’improbable Captain Carrot dans le premier numéro de Multiversity à l’été 2014, Grant Morrison pointait du doigt une clé évidente de son œuvre. Faut-il rappeler ici la fin fameuse, déjà, d’Animal Man, la première série que DC avait confié à l’Écossais fou (mais pas encore chauve) ? Finir un titre sur une note triomphante, souvent exprimée sous la forme d’une splash-page, est depuis devenu un des traits de signature de Morrison — non systématique, mais très récurrent.
Pourtant, si la fin de 7SV est plutôt positive (l’invasion Sheeda a été repoussée, et, plus important peut-être, le parcours de la plupart des sept « soldats » a trouvé une forme ou une autre d’accomplissement conforme aux vœux de chacun), les dernières pages semblent nous mener vers une conclusion en demi-teinte. On laisse Klarion, l’enfant sorcier, sur un rire maniaque qui n’augure rien de bon alors qu’il est désormais en possession de la « boîte-père », Mr Miracle est mort dans la bataille, et l’avatar humain de Darkseid vient porter une fleur noire (de Slaughter Swamp ?) sur sa tombe, murmurant de sombres paroles qui reflètent le peu de cas qu’il fait de la victoire obtenue contre les Sheeda, à l’aune du grand plan des évènements : « Treasure your brief victories, your futile strivings for meaning. The Dark Aeon has come. Evil won the war. All is one in Dark Side. And Death rules the day. » Il s’éloigne, l’image restant fixée, pour ainsi dire, sur la stèle funéraire sur laquelle tombent feuilles mortes et crépuscule. Puis vient l’aube (du troisième jour ?). On tourne la page. Shebam ! Pow ! Blop ! Whizzzz ! Dans une explosion pop de couleurs brillantes et fluo, le super-artiste de l’évasion, l’incarnation de la liberté et de « l’équation de vie », échappe à la mort, les bras levés, héraut d’un nouvel âge héroïque.
J.H. Williams III, qui avait déjà du gros boulot sur les pages précédentes rien qu’au niveau des pastiches des styles graphiques des différents dessinateurs des mini-séries dévolues à chacun des « soldats », en rajoute ici dans l’hommage kirbyesque avec les typiques « Kriby Krakles » que l’on retrouve ici sur les bras de Mr Miracle. En résumé : y a pas à dire, ça pète.
Excellent choix, c’est une case magnifique tant en elle-même qu’en guise de conclusion à ce titre mirifique.
Deux petites remarques :
-
« Animal Man », pour ce qui est du cycle de Morrison en tout cas, ne se conclue pas sur une splash-page mais sur une déambulation de Morrison (ou son avatar fictionnel) qui se pose des questions sur Foxy, le fameux renard qui parle dont il a fait usage dans les épisodes précédents, et qui était son ami imaginaire d’enfance. Une note assez ambigüe (le Démiurge tout-puissant est lui aussi dépassé par l’intrication du réel et de l’imaginaire).
-
Tu dois le savoir, mais le discours très funeste de l’avatar humain de Darkseid sur la tombe de Mr Miracle constitue aussi un joli teasing pour « Final Crisis », que Morrison n’avait peut-être pourtant pas à l’esprit à l’époque…
Eerie #64, mars 1975 :
« Daddy and the Pie »
scénario de William B.DuBay, dessin et encrage d’Alex Toth

Même si la construction séquentielle est généralement plus représentative de l’exigence qui le caractérise, j’ai toujours été très client des choix de cadrage de Toth en ce qui concerne les cases individuelles. J’apprécie l’atmosphère qui se dégage de cette case, ainsi que l’angle choisi et les expressions faciales d’une grande justesse, figurées avec le strict nécessaire à la compréhension de l’image, pile le bon dosage sans que quelque chose ne soit superflu.
Le cadrage est bien exécuté et adéquat vu la dimension intimiste, la composition est limpide, et son style fait preuve d’une grande élégance, symptomatique de sa rigueur qui l’a poussé pendant toute sa carrière à parfaire son art de la simplicité et de l’épure progressive, en optant pour la soustraction afin de toucher à l’essentiel, pour ne conserver que la substantifique moelle.
À force de théoriser et d’expérimenter sur le sujet, son innovation constante à partir d’une certaine période lui a permis d’avoir une certaine longueur d’avance, grâce à sa narration séquentielle irréprochable, avec des choix qui paraissent toujours aussi pertinents actuellement, la marque des grands à n’en pas douter.
L’héritage du chantre du « less is more » a encore de beaux jours devant lui, que ce soit avec Mazzucchelli, Samnee et de nombreux autres, la preuve que certains de ses préceptes ne sont fort heureusement pas tombés dans l’oreille d’un sourd.
[quote=« Photonik »]Deux petites remarques :
- « Animal Man », pour ce qui est du cycle de Morrison en tout cas, ne se conclue pas sur une splash-page …][/quote]
J’ai l’omnibus v.o.
Je ne citais ça que comme exemple emblématique (et théorisé), en début de carrière (en tout cas en début de carrière « internationale »), d’imposer cette volonté de happy end, à contre courant de ce qui dominait dans la production post-Watchmen. Que ça s’exprime sous forme de splash-pages (souvent, pas tout le temps : cf. encore, par exemple, le gaufrier de Multiversity), ça vient plus tard. Il me semble que l’exemple le plus ancien que je connaisse, c’est la fin Flex Mentallo (en 96) ; et le dernier en date (tout récent), Wonder Woman: Earth 1.
Et dans lequel le pauvre Mr Miracle n’a pas un destin tout à fait aussi glorieux que ce que semblait promettre la fin de Seven Soldiers…
On a surtout l’impression à la lecture qu’il passe son temps à tourner en voiture avec une bande de sous-super-héros japonais. ![]()
Soit dit en passant, la splash-page finale de Final Crisis, quoique moins ostensiblement « triomphaliste », envoie du lourd aussi dans l’imaginaire (et « tease » Le Retour de Bruce Wayne).
[quote=« Marko »]Eerie #64, mars 1975 :
« Daddy and the Pie »
scénario de William B.DuBay, dessin et encrage d’Alex Toth[/quote]
Aahh, Alex Toth… bave
Magnifique.
Oui c’est tout l’inverse de la case que je venais de poster. ![]()
The Incredible Hulk #417, mai 1994 :
« Party Animals »
scénario de Peter David, dessin de Gary Frank, encrage de Cam Smith
img15.hostingpics.net/pics/883594Bachelorpartysurprise.jpg
L’enterrement de vie de garçon de Rick Jones ne s’est pas déroulé sans heurts, avec à la clé son lot de bonnes (la plantureuse Ecdysiast) et mauvaises surprises (le passé sulfureux de sa compagne), mais ce n’est rien comparé au mariage proprement dit, qui a permis à PAD de se lâcher sur le plan de l’humour référentiel et des caméos à gogo, dans ce qui reste un des arcs les plus drôles et fun de la maison des idées.
« You must be very proud. » ^^
Une case mémorable : celle où la main du Baron Karza broie la gorge d’un jeune rebelle dans Micronautes #2* la Grande Chasse *(1er trimestre 1981) par Michael Golden.
J’avais trouvé cette image particulièrement violente - le contraste entre le look jouet des robots et accessoires et la crudité de certaines scènes n’en était que plus fort.
https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/13686788_869907226447450_5386177324849733594_n.jpg?oh=648a2bf775fc135e84fb3aae832da04e&oe=5821DE60
Aouch, le lettrage Arédit-style…
En police courrier…
Le « non-lettrage », pour le coup…
Tori.
Voyons la même scène avec un lettrage différent :
https://scontent-cdg2-1.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/13900348_876195625818610_154057398919456669_n.jpg?oh=2910e1e8ddc716c629941364112239b5&oe=581AF6A0
Tout de suite, ça a plus d’impact …
[quote=« Tori »]
Le « non-lettrage », pour le coup…
Tori.[/quote]
effet nostalgie immédiat qui annihile tout sens critique pour ma part.
Malicia croquée par le talentueux et trop rare Paul Smith :

Uncanny X-Men #172, août 1983 :
« Scarlet in Glory »
scénario de Chris Claremont, dessin de Paul Smith, encrage de Bob Wiacek
N’est-elle pas craquante ? En tout cas Wolvie n’est pas de cet avis…
Maintenant que j’y repense, on retrouve dans la Doom Patrol de Morrison une planche à la construction semblable qui m’a tout l’air d’être une « swipe », ou plutôt une référence assez claire vu le contexte, puisque cet épisode se concentre sur Dorothy Spinner, une « rookie » fraîchement arrivée dans l’équipe, et donc dans la même situation que la fille de Mystique (la méfiance en moins).
Rien à voir, le chef n’est pas chauve et il a une barbe. ^^
Dans l’album Branle-bas de combat paru en 1982 aux Humanoïdes associés, les auteurs Luc Cornillon (sc.) et Jacques Terpant (des.) adressent un clin d’œil à leurs ainés, Jean-Yves Mitton (qui signait John Milton) et Marcel Navarro (Malcolm Naughton), papas de Mikros, le Titan microscopique (entre-autres).