LA CHAUVE-SOURIS DU DIABLE (Jean Yarbrough)

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REALISATEUR

Jean Yarbrough

SCENARISTE

John T. Neville, d’après une histoire de George Bricker

DISTRIBUTION

Bela Lugosi, Suzanne Kaaren, Dave O’Brien, Guy Usher, Donald Kerr…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : The Devil Bat
Année de production : 1940

Le terme “Poverty Row”, que l’on traduit généralement par “L’Allée de la pauvreté”, désignait pendant les années 30 à 50 les petits studios de cinéma spécialisés dans la production de séries B. Une poignée de studios de la Poverty Row, comme la Warner et la MGM, sont ensuite devenus des majors, mais dans l’ensemble ces sociétés ont fermé leurs portes au bout de quelques années. Ce fut le cas de la Producers Releasing Corporation, ou PRC, qui a sorti presque 180 films entre 1939 et 1947.

Après une série de westerns à petit budget (des quickies généralement mis en boîte par le prolifique Sam Newfield en à peine une semaine), la PRC fit ses débuts dans la production de films d’horreur avec The Devil Bat, premier long métrage réalisé par Jean Yarbrough, futur metteur en scène de comédies du duo Abbott & Costello et de bisseries comme King of the Zombies et She-Wolf of London, et succès qui fut suivit d’un remake en 1946, The Flying Serpent.

La courte durée de la production de La Chauve-Souris du Diable témoigne des méthodes de travail des studios de la Poverty Row : Bela Lugosi signa son contrat le 19 octobre 1940, commença à tourner la semaine suivante et le film sortit sur les écrans américains le 13 décembre 1940 !

L’histoire concoctée par John T. Neville et George Bricker est particulièrement ridicule : le docteur Carruthers, médecin et créateur de parfums, veut se venger de ses employeurs, devenus riches à millions grâces à ses travaux alors qu’il n’a récolté que des miettes. Il développe un plan machiavélique : il crée des chauve-souris géantes en les bombardant de rayons et les entraîne à tuer quiconque porte la lotion après-rasage de son invention.
Médecin de village, chimiste, chiroptérologue, savant fou…un CV impressionnant !

Ce pitch grotesque aurait pu déboucher sur une série B délirante mais La Chauve-Souris du Diable est juste soporifique : la réalisation est mollassonne, le montage accumule les erreurs de continuité, les maigres péripéties sont répétitives et l’interprétation est aux abonnés absents.
La direction artistique est fantaisiste : d’un extérieur campagnard tout à fait typique, la demeure de Carruthers ressemble à l’intérieur à un château à la Frankenstein !

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Marqué par le rôle de Dracula (qu’il n’a incarné qu’à deux reprises), Bela Lugosi s’est vite retrouvé catalogué et son fort accent hongrois l’a empêché d’obtenir les rôles qu’il convoitait. Ses apparitions dans les petits budgets de la Poverty Row marquèrent en quelque sorte le “début de la fin” de sa carrière : excepté des films marquants comme Le Loup-Garou de George Waggner (dans lequel il n’a qu’un petit rôle) et Le Récupérateur de Cadavres de Robert Wise, Bela Lugosi finira le plus souvent par se caricaturer avant de cachetonner pitoyablement chez Ed Wood (La Fiancée du Monstre, Plan 9 from Outer Space…).

Ici, c’est son interprétation qui demeure tout de même le rare point fort d’un métrage de 68 mn globalement décevant : Bela Lugosi déclame ses dialogues farfelus avec une pointe d’humour noir croustillante, surtout lorsqu’il salue d’un glacial “goodbye” l’infortunée victime à qui il vient d’offrir son après-rasage mortel !