LA RIVIÈRE DU HIBOU (Robert Enrico)

Drame
Court-métrage français
Ecrit et réalisé par Robert Enrico d’après la nouvelle de Ambrose Bierce
Avec Roger Jacquet, Anne Cornally, Anker Larsen…
Année de production : 1962

« Ordre. Tout civil surpris à proximité des ponts, tunnels et voies ferrées sera pendu sans jugement. Le 4 avril 1862 ».

On ne sait pas si l’homme qui se prépare à être pendu est véritablement un espion décidé à faire exploser un pont pour le compte des confédérés pendant la Guerre Civile américaine. Je n’ai pas lu An occurence at Oak Creek Bridge, la nouvelle de l’écrivain Ambrose Bierce parue à l’origine en 1890, mais j’ai jeté un oeil au résumé et c’est un élément qui est plus développé sur papier. Pour son deuxième court métrage (réalisé un an avant son premier long, La Belle Vie), Robert Enrico filme les préparatifs de la mise à mort, sans se reposer sur les dialogues, les seuls mots que l’on entend sont les ordres des militaires et les quelques pensées du condamné.

L’ambiance est pesante, la caméra du réalisateur s’attardant sur les regards, les décors, les sons naturels (il y a très peu de musique dans cette partie) pour entretenir la tension. Et alors que le mot fatidique est prononcé, le court métrage bascule dans une autre dimension. Porté par l’interprétation habitée de Roger Jacquet (un habituel second rôle vu notamment dans Ascenseur pour l’Echafaud), l’histoire imaginée par Ambrose Bierce devient l’expression de la capacité d’évasion de l’esprit humain, en mettant en parallèle la dure réalité du monde et la subjectivité du flux de conscience intérieur.

Les dernières minutes évoluent dans une atmosphère presque hantée, à tel point que l’on peut s’interroger sur la matérialité de ce qui se déroule sous nos yeux. La fin surgit alors de manière sèche et brutale…avant de laisser à nouveau la place aux bruits de la rivière du Hibou qui s’écoule, une nature témoin de la folie des hommes…

La Rivière du Hibou a été récompensé par de nombreux prix, dont l’Oscar du meilleur court métrage pour le futur metteur en scène des Grandes Gueules et du Vieux Fusil. Et ce remarquable petit film a également fortement impressionné Rod Serling, qui en a acheté les droits pour l’intégrer (avec quelques légères modifications) à la cinquième saison de sa série La Quatrième Dimension.

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La nouvelle d’Ambrose Bierce a également été adaptée en bande dessinée, dans les pages de la revue Eerie.

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