LA VOIX DU FEU - Alan Moore (Calmann-Lévy)

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[quote=“Amazon”]C’est à la reconstitution d’un puzzle littéraire qu’Alan Moore, l’extraordinaire auteur des Watchmen et de from Hell nous invite ici: celui de l’histoire de sa ville natale, Northampton. Dans chacun des douze chapitres, de -40 000 av. J.-C. jusqu’à nos jours, la cité britannique nous apparaît à travers le regard d’un nouveau narrateur, témoin de son époque et de l’évolution d’une région qui semble condamnée à baigner entre mythe et réalité. Douze voix, donc, pour douze récits de vie et de mort: un simple d’esprit, abandonné par les siens, découvre l’amour et le mensonge dans le néolithique; un chasseur médite sur la disparition soudaine des gens de son clan ; en trouvant une fausse pièce de monnaie, un envoyé de Rome prend conscience de l’imminence du déclin de l’Empire romain ; une vieille nonne visionnaire revit la mort d’un martyr ; de retour des Croisades, un chevalier fait ériger une mystérieuse église ronde dans son village ; une sorcière relate son parcours avant de finir sur le bûcher avec son amante; un vendeur de jarretelles itinérant en instance de procès s’efforce de. Justifier ses penchants polygames… Jusqu’à l’auteur, enfin, qui nous expose ses réflexions et nous offre une visite guidée de la ville qui l’a tant inspiré. Il est ici beaucoup question de sorcellerie, de vérité et de mensonge; du feu, bien sûr, celui qui immole les coupables comme les victimes et par lequel se forge toute civilisation. Une réflexion inoubliable sur la versatilité du réel et sa propension à pencher à tout instant vers le surnaturel, sur la mort, l’au-delà, la réincarnation et l’immortalité, sur l’histoire enfin, inséparable compagne des mythes et des légendes.

Né en 1953, Alan Moore est l’auteur le plus révolutionnaire et le plus acclamé du monde de la narration graphique. Il a récolté de nombreuses récompenses, pour des ouvrages souvent adaptés au cinéma par la suite (V pour Vendetta, From Nell, LGX, et bientôt Watchmen, pour lequel il a obtenu le premier prix Hugo BD de l’histoire en 1989). Il réside aujourd’hui au cœur de l’Angleterre, à Northampton, où après avoir œuvré plusieurs années sur Filles perdues, roman graphique pour adultes mettant en scène quelques grandes figures féminines de la littérature anglo-saxonne, il travaille sur son second roman: Jerusalem.

Broché: 329 pages
Éditeur : Calmann-Lévy (3 janvier 2008)
Collection : Interstices
Langue : Français
ISBN-10: 2702137539
ISBN-13: 978-2702137536[/quote]

Un petit avis, en toute humilité :
france-comics.com/article.ph … ticle=4444

J’ai bien avancé dans le roman. Les deux premiers chapitres constituent effectivement deux exercices de style particulièrement difficiles à aborder : comme les autres chapitres, ils sont écrits à la première personne et donnent à lire les pensées de personnages qui disposent d’un langage encore restreint. L’éveil à la sensualité, la confrontation à autrui, la douleur et la mort, gérés avec un vocabulaire réduit ou un seul temps de narration, quel exploit.
Chose intéressante, le deuxième chapitre, s’il propose un vocabulaire plus conséquent, est donc uniquement écrit au présent. L’effet de contraste est fort quand on passe au troisième chapitre, qui intègre le passé dans la narration, et donc l’histoire, le rapport cause / conséquence, ainsi que la mort, l’absence, le deuil et le ressentiment. Et d’une certaine manière, le péché. Dans un texte qui parle de folie et de perte de la conscience de soi !
Ce qui est intéressant, outre les échos de motifs récurrents (notamment le feu, qui, avec l’assimilation de la conscience des choses passées, devient un fil rouge encore plus évident), c’est la manière dont l’établissement d’un langage de plus en plus structuré permet d’éclairer la narration et d’affiner la perception des personnages (et donc de leur voix). Il est logique que le langage, en se structurant, apporte des concepts plus complexes, mais cela témoigne surtout de la volonté de Moore de jouer autant sur le fond que sur la forme, et de trouver des manières pour que l’une réponde à l’autre.
Comme en BD, en fait : son travail de créateur consiste bien souvent à mettre au diapason le fond et la forme. Pour l’heure, après trois chapitres en quelques 130 ou 140 pages, c’est peut-être un peu tôt pour en parler, mais j’ai l’impression que je ne suis au bout de mes surprises ni littéraires ni thématiques.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]L’éveil à la sensualité, la confrontation à autrui, la douleur et la mort, gérés avec un vocabulaire réduit ou un seul temps de narration, quel exploit.

Jim[/quote]

Il me semble qu’il fait tout à fait la même chose vers la fin de “La Coiffe de Naissance”, ce texte assez court mis en images par Eddie Campbell (“From Hell”), et c’est tout aussi réussi d’ailleurs.
C’est d’ailleurs intéressant de comparer les deux, car dans “La Coiffe…” c’est une dévolution en quelque sorte, alors qu’ici tu décris plutôt un crescendo…

Le thread sur “La coiffe de naissance” :
la-coiffe-de-naissance-alan-moore-eddie-campbell-t55894.html

Fini assez récemment, à l’occasion d’un voyage en train (car c’est pas le genre de bouquin qui se lit dans la bousculade, faut du temps et du calme).
Assez impressionnant : les différentes voix, les choix littéraires propres à chaque chapitre, le fil rouge (simple mais bien construit)… Pour qui connaît les autres œuvres de Moore, on retrouve des obsessions (Remember Remember the Fifth of November), des motifs récurrents, l’envie de tout englober dans un projet narratif…
Chose intéressante : le dernier chapitre (le dernier du bouquin : Neil Gaiman précise qu’on peut commencer le bouquin à n’importe quel chapitre, puisqu’un cercle n’a pas de début…) propose l’apparition de l’auteur (chose rare chez Moore) et donc une mise en abyme, assez prodigieuse. Là, pour le coup, Moore renoue avec ses obsessions (la magie, la création, le mystère, l’œuvre) qui ont déjà hanté Promethea, bien entendu, ou encore Supreme. Et ce dernier chapitre contient des passages proprement mémorables, notamment autour de l’impossibilité pour l’auteur de résumer, d’expliquer, de verbaliser son œuvre.
Et ce rapport de l’auteur à l’œuvre, de l’œuvre à la ville, de la ville à l’auteur, me laisse presque dire qu’il y a peut-être dans La Voie du Feu le fantôme de Big Numbers, sa fameuse “symphonie inachevée”, qui mettait déjà en scène une écrivaine et sa ville. Un auteur et le vaste tout auquel il appartient.
Cela consolera peut-être un peu ceux qui se désespèrent depuis une grosse vingtaine d’années de ne jamais avoir la suite de ce projet gigantesque.

Jim

[size=85](comprends pas comment fonctionne le mode “recherche” ici, il n’a pas été capable de retrouver le sujet !)[/size]

La Voix du Feu ressort en mai 2015 chez Helios !
Un tremplin pour Jerusalem l’année prochaine ? (si la Voix du Feu fonctionne mieux)

c’est une collection de poche, Helios (celle de Mnémos et des Moutons électriques)

Vu le prix, je m’en doutais sans en être sûr !

[quote=“soyouz”][size=85]comprends pas comment fonctionne le mode “recherche” ici[/size]
[/quote]

Mal.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]

Mal.

Jim[/quote]

Ouf, j’ai fini par retrouver ce thread… (j’oublie toujours qu’il y a un site en amont du forum) : ActuSF a mis en ligne un court entretien avec Patrick Marcel, individu bien connu des anciens services de Superpouvoir, et ci-devant traducteur de la Voix du Feu d’Alan Moore, à l’occasion de sa ressortie chez Hélios.

Chouette interview. Merci pour le lien, Louisv !
Je ne l’ai toujours pas lu, donc je pense que je vais me laisser tenter par cette édition poche…

Oui, une très chouette interview malgré sa relative brièveté.

Tiens, c’est Patrick Marcel qui traduit “Enigma” chez Urban ? Je pensais que c’était Alex… Au passage, il est sacrément élogieux avec ce titre.

Ouais, interview très sympa et pas mal riche quand même. Mais c’est vrai qu’on a envie d’en avoir plus (et quand t’écoutes Patrick parler, t’as pas trop envie de l’arrêter … en même temps, ce n’est pas facile de l’arrêter ! :mrgreen: )
Merci Louis !

la meilleure solution c’est de lui faire prendre 2 fois du dessert, ça l’occupe :wink:

Pour les amateurs et les amateures de bons romans qui n’auraient pas encore franchit le pas en lisant celui-ci, ou pour ceux qui veulent s’y replonger le temps d’un premier chapitre, et quel premier chapitre :open_mouth: :smiley:
Je propose donc Le cochon de Hob, du moins pour l’instant un extrait (le début).

Si cela vous intéresse ou aiguise votre curiosité, sachez qu’il est rédigé avec le vocabulaire d’un enfant attardé vivant à l’Âge de pierre ou supposé tel par Moore, une seule adresse Pour en savoir + :wink:

La traduction est assurée brillamment par l’ami Patrick Marcel, un gage de qualité s’il en est !

un jour je vais retenter le coup. Mais ce premier chapitre m’a taclé. Impossible d’en voir le bout!

Ce n’est pas un problème, tu peux allègrement “sauter” ce premier chapitre et lire la suite sans soucis et, y revenir ensuite le cas échéant.
Ou pas. :wink:

Tu as lu Crossed + 100 (Pour en savoir +) ?

Neil Gaiman précise d’ailleurs dans la préface de “La Voix du Feu” que l’on peut commencer par n’importe lequel des chapitres, “un cercle se mesurant à partir de n’importe quel point”, nous dit-il…

Héhé, sacré **Neil **! y’me pique souvent des idées, faut dire :wink: .

[quote=“artemus dada”]

Ce n’est pas un problème, tu peux allègrement “sauter” ce premier chapitre et lire la suite sans soucis et, y revenir ensuite le cas échéant.
Ou pas. :wink:

Tu as lu Crossed + 100 (Pour en savoir +) ?[/quote]

non, pas encore pu lire crossed.

Je sais que je peux sauter le 1er chapitre, mais ça m’embete…