J’ai déjà dit combien j’appréciais le travail du scénariste Luca Blengino. Je lui trouve plein de qualités, notamment un sens du rythme assez maîtrisé (ses albums n’ont jamais de fin précipitée ni de séquence trop longue), des dialogues naturels, une aisance dans les récits historiques (il me semble qu’il a fait des études d’histoires) aussi grande que dans les histoires de science-fiction (je conseille encore une fois sa série R.U.S.T.). Bref, en général, quand il fait un truc, je vais voir (mais je n’ai pas encore tout lu).
Ici, dans le cadre de la série « Le Casse », il choisit comme décor la ruée vers l’or dans le Yukon à la fin du XIXe siècle. On suit deux escrocs, anciens associés (le séjour en prison du plus jeune ayant mis un terme à leur association), qui décident de traverser la frontière, de se rendre au Canada et d’escamoter la plus grosse pépite d’or jamais déterrée (on en entend parler au début et on la voit en milieu d’album, et effectivement, elle est GROSSE). Le temps presse car la loi canadienne impose que les filons sortis de terre par des Américains passent la frontière avant la fin de l’année, à défaut de quoi ils seront considérés comme une propriété canadienne. Or, l’action commence en septembre, il reste donc trois mois à nos deux compères pour rassembler une équipe et faire l’un des plus gros tours de passe-passe de l’histoire.
L’album se décompose donc en plusieurs parties, dont la première est constituée d’un voyage aux allures de quête, les complices rencontrant de vieilles connaissances et mettant sur pied, petit à petit, leur braquage. Arrivés dans la ville de mineurs, ils sont confrontés à un ancien colonel qui était leur supérieur avant leur désertion, ce qui rajoute une couche personnelle à leur entreprise. Hélas pour eux, ils ne passent pas inaperçus, et doivent redoubler de prudence avant d’engager leur projet. Bien entendu, il y a anguille sous roche, trahison, alliances diverses… Jusqu’à la révélation finale du véritable braquage, qui occasionne une suite de révélations et de retournements de situation qui n’est pas sans rappeler l’avalanche de coups de théâtres à la fin de Quand les aigles attaquent.
Les références cinématographiques sont multiples, d’ailleurs, et l’un des ressorts narratifs permettant le bon déroulement du braquage rappellera le prétexte de base de Et pour quelques dollars de plus. Blengino parvient à masquer avec astuces ces clins d’œil, notamment en situant son action dans un décor enneigé bien loin des sols arides privilégiés par Sergio Leone.
Graphiquement, Antonio Sarchione assure comme un beau diable. Ses pages sont jolies, aérées, laissant la place aux décors majestueux, ses personnages sont plutôt agréables, bien équilibrés, expressifs et distincts, la gestuelle de ces derniers est naturelle et les scènes d’action plutôt convaincantes. J’avais déjà apprécié son style à l’occasion de l’album 7 Merveilles qu’il avait illustré (encore une série de Blengino dont je conseille la découverte, même si la partie graphique est inégale et si l’on sent parfois une certaine précipitation dans le lettrage). À l’occasion de ce Gold Rush, je trouve à son trait une parenté avec celui de l’Américain Tom Grummett, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Jim



