LE CŒUR DES BATAILLES t.1-2 (Jean-David Morvan / Igor Kordey)

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ça n’a pas dû se vendre, ça, parce que ça s’est arrêté au 2ème tome (alors qu’il me semble qu’il était prévu un poil plus).
Je l’ai acheté à l’époque qu’à cause de Kordey …

Pareil. Mais c’est également l’un des rares Morvan que j’aime bien, voire beaucoup. Et pareil, j’aurais bien aimé en reprendre une tranche.

jim

On connaît la fascination de Jean-David Morvan pour la guerre, il s’en est ouvert dans beaucoup d’interview et le thème est au centre de nombreux récits.

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On peut reprocher au scénariste de parfois plonger ses protagonistes dans des contextes où le drame est vidé de sens parce que les belligérants ne sont pas humains : il y a un album de Sillage où la lutte s’effectue contre des robots, ce qui diminue la portée du discours (dont il fait étalage dans les interviews), l’implication psychologique, métaphysique même, étant réduite puisque les soldats ne luttent pas contre leurs semblables.

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Dans Le Cœur des batailles, l’auteur réussit son coup. En utilisant un personnage de journaliste qui enquête sur une figure mythique du conflit précédent, il atteint ses objectifs : il évoque la dureté des combats, mais également la manipulation médiatique, l’hypocrisie des dirigeants et la construction d’un roman national qui se fait sur le dos des combattants.

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En sous-texte, les deux albums parlent aussi du regard des autres. Le fameux “cœur des batailles” est un journal de propagande relatant des exploits guerriers. C’est la figure du soldat noir qui est ici instrumentée.

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En filigrane, la série parle donc des a priori et des petites haines d’une société conservatrice. On y parle de racisme, mais aussi, plus discrètement, d’homophobie.

L’ensemble est plutôt bien troussé, dessiné avec l’énergie élégante qu’on connaît à Igor Kordey, et ravira sans doute même les gens qui ne sont pas amateurs du travail de Morvan, ce dernier signant ici l’une des réussites de sa carrière.

Jim

La série est finie ?
(j’ai ça aussi à lire. J’avais acheté que pour Kordey)

Oui, deux tomes. Tu sens bien qu’on aurait pu continuer.

Jim

J’ai toujours cru que ça avait été prévu en 3 ou 4 tomes !

Je pense aussi.

Jim

Mais ça fait comme une fin quand même ?

De mémoire, ouais. Je vais y rejeter un œil.

Jim

Tiens, je suis repassé devant le rayon « Kordey », j’en ai donc profité pour relire en diagonale le tome 2. Il se passe à Strasbourg en 1940, et Blaise retrouve Marvin, le jeune journaliste américain, afin d’évoquer les notes de leur entretien précédent et de prolonger l’entrevue.
Le récit alterne les séquences en 1940 et les flash-backs dans les tranchées (avec de très chouettes compositions de Kordey, qui s’investit à fond : c’est sans doute mon Morvan préféré, mais c’est assurément l’un des meilleurs Kordey), et on finit au moment où l’armée vient trouver nos deux personnages afin de leur demander de suivre la retraite des troupes. Précisément, en finit par un éclat de colère de Blaise, qui fait écho à ses souvenirs, à sa notion d’héroïsme et à la comparaison entre les deux conflits.
En bas de page, c’est écrit « fin de la deuxième partie », sans plus de précision. De sorte qu’on peut très bien imaginer qu’une suite était prévue, mais on peut finir ici, le sort des deux personnages et celui du héros du conflit précédent étant laissé à la discrétion des lecteurs.

Jim