Le roman Le Livre d’ailleurs, écrit par China Miéville (je le précise et je détaillerai plus après ce résumé) à partir de l’univers créé par Keanu Reeves(bah oui !
), prolonge et approfondit le destin de B., alias Unute. Guerrier immortel âgé de 80 000 ans, connu sous mille noms : l’Enfant de la Foudre, La Mort, il traverse les âges sans jamais pouvoir mourir. Témoin de toutes les civilisations humaines, il porte en lui une mémoire vertigineuse, faite de violences, de pertes et de solitudes.
Son objectif est simple, presque tragique : comprendre l’origine de son immortalité pour pouvoir y mettre fin. Pour cela, il conclut un accord avec une unité secrète de l’armée américaine : il accepte d’exécuter pour eux des missions extrêmes, en échange de recherches sur sa condition. Mais cet équilibre fragile vacille lorsqu’un soldat censé être mort revient à la vie. B. réalise alors qu’il n’est peut-être pas une exception même si ce soldat n’a pas pu survivre une deuxième fois… 

Le roman plonge également dans ses passés, notamment celui à travers sa rencontre avec Vayn, une femme marquée par une étrange lueur bleue semblable à la sienne. Contrairement à lui, elle n’est pas immortelle, mais dotée de capacités extraordinaires et capable de transmettre cet héritage. Cette différence ouvre une nouvelle perspective sur la nature même de B (qui, lui, ne peut pas avoir de descendance, triste.).
Peu à peu, une conspiration se dévoile. Derrière les recherches scientifiques se cachent manipulations, mensonges et trahisons. L’armée ne cherche pas seulement à comprendre B., mais peut-être à exploiter ce qu’il représente.
Sur près de 400 pages, Miéville développe ce que le format comic ne peut qu’esquisser : la psychologie de B., le poids de ses souvenirs, et cette fatigue profonde d’exister sans fin.
On y retrouve certains personnages des comics, mais ça n’est pas une suite, mais c’est comme une suite. Surtout pour ceux qui ont lu les comics. Et dans « suite », il faut comprendre qu’il y a une cohérence avec les comics.
Détail marquant, et loin d’être anodin, la couverture du roman représente un crâne de babiroussa. Cet animal, avec ses défenses recourbées presque irréelles, occupe une place importante dans le récit et dans la vie de B. Il agit comme un symbole discret mais puissant : quelque chose d’ancien, d’étrange, presque mythologique… à l’image de B. lui-même. Car vivre 80 000 ans, ce n’est pas seulement survivre, c’est apprendre à perdre, encore et encore.
Et c’est sans doute là que le roman touche juste : là où l’image montre la violence, l’écriture révèle l’usure.
Ce qu’il faut savoir :
C’est une commande, et ça se sent. Miéville est un auteur qui construit ses propres univers de façon organique, avec une vision politique et philosophique très personnelle. Là il est dans la position inconfortable de locataire d’un univers qui ne lui appartient pas. Et le personnage de B./Unute, aussi intéressant qu’il soit conceptuellement, un être qui a tout vu, tout vécu, portant le poids de 80 000 ans de mémoire humaine, c’est finalement assez proche de ce que Miéville aurait pu inventer lui-même… mais sans la liberté totale de le pousser là où il l’aurait voulu.
C’est presque frustrant à lire d’ailleurs, oui
. On sent par moments des éclairs du vrai Miéville qui percent, cette façon de faire dérailler la narration, de jouer avec la structure et puis le cadre de BRZRKR reprend le dessus.
En résumé, c’est un objet hybride et ambitieux, portant clairement la patte de Miéville avec ses récits dans le récit et sa mélancolie existentielle, mais qui peut dérouter ceux qui cherchent un thriller d’action pur. Les fans de Miéville y trouveront leur compte, les autres un peu moins.
Je me suis informé pour avoir plus de précisions. Keanu Reeves, grand fan de Miéville, lui a proposé le projet sans vraiment croire que celui-ci accepterait. Miéville a posé ses conditions, notamment de ne rien annoncer avant d’être pleinement satisfait du résultat. Et il faut être clair sur un point : l’acteur n’a pas écrit une ligne du roman et ne s’en cache pas. Ce n’est donc pas vraiment une œuvre à quatre mains, c’est avant tout un roman de Miéville dans l’univers créé par Reeves.
Mon avis :
C’est du sous-Miéville. Carrément. Je l’ai expliqué au-dessus que c’est juste qu’il avait des contraintes, je le pense mais je ne peux pas le certifier. Il ne s’agit pas de son propre univers. Sinon, j’ai vraiment adoré d’avoir une histoire de B. avec ses collègues de l’unité secrète sous forme de roman où l’on sent toutes les émotions et pensées d’Unute et de ses collègues, sans les images. Une belle expérience et une lecture passionnante quand on aime BRZRKR.