LE SURVIVANT (Boris Sagal)

REALISATEUR

Boris Sagal

SCENARISTES

John William & Joyce Hooper Corrington, d’après le roman Je suis une Légende de Richard Matheson

DISTRIBUTION

Charlton Heston, Anthony Zerbe, Rosalind Cash, Paul Koslo…

INFOS

Long métrage américain
Genre : action/thriller/science-fiction
Titre original : The Omega Man
Année de production : 1971

Après avoir lu le roman Je suis une Légende pendant un voyage en avion, Charlton Heston a exprimé son intérêt pour une adaptation moderne du récit écrit par Richard Matheson et a alors proposé le projet à la Warner…sans savoir à ce moment qu’il existait déjà une version cinématographique. Le héros de La Planète des Singes a fini par voir le long métrage de Sidney Salkow et Ubaldo Ragona interprété par Vincent Price avant d’entamer le tournage de The Omega Man (Le Survivant en version française) et on ne peut pas dire que ce qu’il a vu lui ait franchement plu.

“Incroyablement bâclé, pas effrayant pour un sou, mal interprété, pauvrement écrit et photographié” furent ses mots. Et je ne suis absolument pas d’accord avec Moïse (à part peut-être pour l’interprétation, quelques acteurs secondaires italiens étant assez fades comparés à Vincent Price), voir pour cela ma chronique récente de The Last Man on Earth/Je suis une Légende.

Cette deuxième transposition à l’écran prend énormément de libertés avec l’histoire originale, faisant dire en son temps à Richard Matheson que le livre et ce film sont deux entités totalement distinctes. Le Survivant est vraiment un film d’anticipation ancré dans les peurs de son époque, ce qui s’exprime dans un premier temps par la catastrophe qui a causé la mutation de l’humanité : un fléau bactériologique causé par les retombées radioactives d’une guerre entre la Russie et la Chine. Les contaminés ne se sont pas alors transformé en vampires, mais en mutants albinos qui ne peuvent pas supporter la lumière du jour.

Ce changement a réduit pour moi l’efficacité de la menace. Habillés en robes de bure, les malades sont devenus des fanatiques religieux et technophobes, avec à leur tête un ancien présentateur télévisé en guise de gourou. Le sous-texte idéologique est intéressant, mais cette “Famille”, malgré leur nombre, n’arrive pourtant pas souvent à mettre Robert Neville en danger, ce qui ne permet pas d’instiller une tension assez forte (voir la scène de l’attaque de la maison par des boules de feu, dont Neville s’occupe sans sourciller).

Le réalisateur Boris Sagal (jusque là surtout prolifique à la télévision) ne rate heureusement pas tous ses effets. Le premier acte, qui suit Robert Neville dans ses virées journalières, offre des plans très réussis de ville désertée et restitue idéalement la triste routine dans laquelle s’est enfermé le personnage. Le metteur en scène enchaîne ensuite avec une scène d’action pétaradante, lorsque Neville, perdu dans la nostalgie d’un vieux film, se fait piéger par le coucher du soleil à sa sortie d’un cinéma et se fait prendre en embuscade par les albinos. La suite, qui souffre de quelques longueurs, ne retrouvera pourtant pas, ou peu, cette énergie…

Contrairement aux longs métrages de 1964 et 2007, Robert Neville rencontre rapidement d’autres survivants, ce qui fait que sa solitude est un élément cette fois-ci moins important du récit (même si la fougueuse Lisa est la seule qui soit véritablement développée…ce qui lui arrive est par contre moins convaincant) .

Mais son ambiguïté demeure : scientifique et militaire, souvent une arme à la main (Charlton “NRA” Heston, hein…), souvent torse nu aussi (c’est qu’il aime exhiber son torse viril, le narcissique Robert Neville), sauveur pour les uns, destructeur pour les autres…destructeur qui deviendra une figure christique dans un final moins pessimiste que le premier Je suis une Légende (je ne compare pas avec le roman, ma dernière lecture de l’oeuvre de Richard Matheson remontant à une bonne dizaine d’années…).