LE SYSTÈME (Peter Kuper)

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C’est bon ça. Très bon même.
Peter Kuper fournit donc une histoire sans bulle (il est un peu expert en la matière, avec Spy vs Spy, notamment), mais pas sans texte, puisqu’il utilise les journaux, enveloppes, annonces … pour apporter, de temps en temps, quelques informations de contexte. Mais c’est bien tout.
Et cette histoire, elle a plusieurs fils rouges qui s’entremêlent. Et il passe d’une histoire à une autre à la manière d’un lip dub (je crois que c’est le terme), en passant d’un personnage à un autre (qu’ils soient récurrents ou pas) via leur croisement dans une page, ou par le jeu d’une scène attitude similaire (un peu comme quand dans une vidéo, un personne à Hong Kong envoie une balle et elle est réceptionnée par une personne à Rodez et ainsi de suite). Sauf que là, on est en 1996. Alors, je ne sais pas si c’est le premier a utilisé ce procédé en BD, mais le faire tout au long de 100 pages, sur trois épisodes, c’est assez fort. Et le tout, en étant très clair. Moi, ça m’a bluffé, même si je connais un peu les ouvrages de Kuper.
Et ce qu’il montre (enfin, insinue) là-dedans, c’est que le tout système du fonctionnement de l’humanité est lié, et qu’il est bien gangrené. Du sexe, de la drogue, du ripou, du vol de données informatiques, de l’extrémiste religieux (et pas du coté que vous pensez), du terroriste, de la misère sociale de tout genre, … bref, ça ne manque pas de sujets qui s’entrecroisent de manière naturelle dans la vie de tous les jours de l’Homme moyen. Et en 25 ans, cette histoire grinçante n’a pas pris une ride.

Le contenu de ses planches est très précis. Ce qui fait que même si on a rien à lire, on prend le temps de tout regarder, on y passe du temps. Rien n’est laissé au hasard et le moindre bout de lecture dispo est intéressant pour l’histoire, jusqu’aux graffitis sur le métro, métro qui sera l’un des vecteurs de l’information et de l’évolution de son histoire.
Et j’aime bien son graphisme anguleux, très raide. Qui ne l’empêche pas d’être expressif, et clair également sur les sentiments ressentis par ses perso. Et puis il a un jeu de couleur particulier. J’ai aimé son style la première fois où j’ai rencontré Kuper en 2007 en regardant son portfolio (sans savoir qu’il était), et je vois que 16 ans plus tard, ça me plait toujours autant.

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