L'ENTAILLE (Antoine Maillard)

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Aux éditions Cornelius

Le quotidien d’un groupe d’adolescents est chamboulé lorsque deux jeunes filles sont retrouvées un matin, sauvagement assassinées aux abords du lycée. La présence de la police empêche Pola de dealer autour de l’école, le discret Daniel a des pulsions de plus en plus morbides, et la populaire Laurie commence à se remémorer des souvenirs traumatisants. La vie de la petite bourgade est très vite rythmée par les flashs télévisés et la rumeur d’un dangereux meurtrier armé d’une batte se propage rapidement dans la ville. La fin des cours approchant, l’avenir semble incertain, pourtant chacun veut préserver l’illusion d’une éternelle insouciance. Mais le mal est pourtant bien là, dissimulé sous leurs yeux…
Véritable hommage au cinéma de genre américain, L’Entaille nous plonge dans le quotidien d’une petite ville de bords de mer dont la tranquillité est soudainement rompue pars l’arrivée d’un tueur en série. On y retrouve ainsi tous les codes du slasher ou du teen movie qui sont ici habilement adaptés en bande dessinée. Les planches, entièrement réalisées au crayon papier, provoquent un sentiment d’irréalité proche du rêve éveillé et nous baignent instantanément dans une ambiance feutrée.
Avec L’entaille, Antoine Maillard signe un récit initiatique contemporain où les adolescents quittent subitement le monde préservé de l’enfance pour affronter un univers d’adulte, inconnu et menaçant. Ainsi, l’intrigue centrale met en exergue les états d’âme juvéniles des personnages, leurs doutes et leur mal-être quotidien, dans des moments introspectifs qui renferment une forme de poésie.

Je l’ai lu ce week-end et j’ai globalement bien aimé.
Les planches sont très belles et j’ai apprécié le parti pris de supprimer les gouttières.
Bizarrement, j’ai relu la BD presque immédiatement après l’avoir terminé.
Ca m’est déjà arrivé mais plutôt rarement.
Le format le permet facilement car il y a assez peu de textes.
Je l’ai relu car j’avais une hypothèse sur le symbolisme du tueur (qui ne s’est pas avérée cohérente à la relecture :grin:).
Le final pourrait laisser le lecteur sur sa faim car on ressort de l’ouvrage avec beaucoup de questions en suspens.
Par contre, la plupart des chroniques que j’ai lu a posteriori évoquait une ambiance Lynchienne que je n’ai pas du tout retrouvé, mais il est vrai que cette caractérisation est de plus en plus galvaudée. On est plus sur les codes des slashers et au niveau de l’ambiance , je pencherais plus vers Hitchcock (et encore c’est vraiment pour citer quelqu’un) que du côté du réalisateur américain.
En tout cas, une lecture que j’ai bien aimé et que je rumine encore quelques jours après. Une belle réussite et encore un bel ouvrage de chez Cornelius.

Je crois que nous nous sommes posés les mêmes questions sur le tueur…
Voir mon avis ici

ginevra

Effectivement, j’étais vraiment sur une idée approchante.

En fait, je pensais que le tueur était seulement symbolique et qu’il représentait divers meurtriers. Un peu comme l’image de La Mort, il apparaîtrait quand les ados se mettent en danger (traffic de drogues, errances nocturnes,…). C’est surtout les réactions de la fille par rapport au tueur à la batte que j’ai trouvé trouve étranges et qui m’ont mis un doute..

La relecture n’a pas vraiment confirmé (mais pas totalement infirmé non plus :grin:) ce que je pensais.

C’est vrai que c’est un adjectif qui est souvent galvaudé, et ça a d’ailleurs tendance à m’énerver pas mal quand on le dégaine à tout bout de champ. Ici néanmoins, je trouve que ça n’est pas totalement incongru. Maillard le cite beaucoup d’une part, et d’autre part l’idée du versant peu reluisant d’une banlieue américaine « lisse » en apparence est au coeur de l’ouvrage : c’est un peu la note d’intention de « Twin Peaks », le côté « no one is innocent ». Plus qu’au corpus lynchien tout entier, j’ai l’impression que c’est surtout à « Twin Peaks » qu’il faudrait se référer.
S’il y a bien un cinéaste auquel « L’entaille » me fait penser surtout, c’est à David Robert Mitchell, notamment ses deux premiers films, « The Myth Of The American Sleepover » (pour le côté teen-movie cotonneux) et « It Follows » (pour le côté teen-movie horrifique).

Effectivement, j’exagère quand je dis que je n’ai pas du tout trouvé une ambiance Lynchienne. Mais finalement, c’est plus le cadre qui m’y a fait penser ( une banlieue à la « Blue Velvet ») que la narration même si je perçois ce que les critiques ont voulu dire avec cette caractérisation.
Bref pour moi, pas de quoi l’évoquer aussi ouvertement.