C’est étonnant ça. Parce que ça raconte la vie de tout le monde, et pourtant, t’as envie de tourner la page jusqu’au bout.
En fait, l’autrice m’avait prévenu, mais c’est quand même avant tout une histoire sociale, sur le monde du travail, et notamment dans le monde des commerces de bouche, qui n’ont plus besoin de personnel qualifié. Les « boulangeries » qui ne font que du pré-poussé par exemple, ce qui est le cas dans l’histoire ici. Mais ça pourrait être très bien la restauration collective ou du fast food non cuisiné.
Bref, on sent bien que l’autrice a baigné dans ce milieu et je ne sais pas s’il en avait gros sur la patate, mais elle avait peut être besoin d’exorcisé quelque chose. On pourra croire qu’on est ici au milieu de stéréotypes, et c’est peut être le cas, mais de mon point de vue et de mes connaissances du milieu (que j’ai quand même pas mal côtoyé, avec un œil d’observateur), je trouve qu’elle tombe assez juste sur les différentes personnes qu’elle anime (et sûrement un peu elle à travers la principale). Un regard sur le monde du travail, en phase avec son époque je pense, d’une génération qui n’est plus la mienne, et en disant ça, je ne fais que le constater, pas de jugement, nullement. Au contraire, je pense qu’elle n’a pas tort, et pas tort sur grand chose d’ailleurs. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a un œil de « jeune » (ou de naïf pour reprendre un terme utilisé dans les excellents Cahiers de la Bande Dessinée de Monsieur Lainé) qui ne comprend pas en tant que personnage, tout en affichant un recul en tout qu’autrice. Et encore, je trouve qu’elle est quand même assez sage avec le « vrai » patron, mais peut être parce qu’elle extrapole.
La partie fantastique est à mon avis une métaphore de ce que produit ce monde du travail des métiers de bouche sur ses employés (en tout cas, c’est comme ça que je le comprends, je serais curieux d’échanger avec d’autres lecteurs).
La trichromie (faite aux crayons de couleur, ce sont les éléments qu’elle avait en dédicace) donne un côté à la fois doux, mais aussi d’autant plus violent quand elle utilise le rouge à forte dose (effet voulu, je suppose). j’aime son graphisme, tout en rondeur, sans esbrouffe, mais qui ne cherche pas à trop déformé, ce qui donne un petit côté réaliste derrière un style assez doux aussi.
Bref, une jolie petite surprise, peut être aussi parce qu’elle me parle. ça paie pas de mine, ce n’est peut être pas nouveau comme sujet, mais l’approche est intéressante.