LEVURE (Juliette Hayer)

L’arrière-goût du pain chaud

Charlotte rêve de cinéma mais personne ne veut de ses scénarios. Elle intègre alors les rangs d’une boulangerie-sandwicherie de gare. Un job alimentaire, du temporaire, le temps de… Mais ce travail, avec ses cadences infernales, ses règles d’hygiène strictes et sa manageuse tyrannique, la happe pour ne plus la lâcher. Comme ces phénomènes étranges, - ou hallucinations ? - qu’elle est la seule à voir : un liquide noir qui dégouline de partout, du pain, du plafond, du pétrin …

  • Parution : 4 mars 2026
  • Pages : 112 pages
  • EAN : 9791040806264
  • Prix : 22 euros

Juliette Hayer est née en 1997 et vit à Rennes. Après des études mêlant littérature, histoire de l’Art, techniques de journalisme et communication, elle devient graphiste et assistante de communication dans une association diffusant du cinéma documentaire. Deux ans plus tard, elle profite de la fin de son contrat pour se lancer enfin dans la bande dessinée. Levure , publié aux éditions Sarbacane, est son premier roman graphique.

C’est étonnant ça. Parce que ça raconte la vie de tout le monde, et pourtant, t’as envie de tourner la page jusqu’au bout.
En fait, l’autrice m’avait prévenu, mais c’est quand même avant tout une histoire sociale, sur le monde du travail, et notamment dans le monde des commerces de bouche, qui n’ont plus besoin de personnel qualifié. Les « boulangeries » qui ne font que du pré-poussé par exemple, ce qui est le cas dans l’histoire ici. Mais ça pourrait être très bien la restauration collective ou du fast food non cuisiné.
Bref, on sent bien que l’autrice a baigné dans ce milieu et je ne sais pas s’il en avait gros sur la patate, mais elle avait peut être besoin d’exorcisé quelque chose. On pourra croire qu’on est ici au milieu de stéréotypes, et c’est peut être le cas, mais de mon point de vue et de mes connaissances du milieu (que j’ai quand même pas mal côtoyé, avec un œil d’observateur), je trouve qu’elle tombe assez juste sur les différentes personnes qu’elle anime (et sûrement un peu elle à travers la principale). Un regard sur le monde du travail, en phase avec son époque je pense, d’une génération qui n’est plus la mienne, et en disant ça, je ne fais que le constater, pas de jugement, nullement. Au contraire, je pense qu’elle n’a pas tort, et pas tort sur grand chose d’ailleurs. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a un œil de « jeune » (ou de naïf pour reprendre un terme utilisé dans les excellents Cahiers de la Bande Dessinée de Monsieur Lainé) qui ne comprend pas en tant que personnage, tout en affichant un recul en tout qu’autrice. Et encore, je trouve qu’elle est quand même assez sage avec le « vrai » patron, mais peut être parce qu’elle extrapole.
La partie fantastique est à mon avis une métaphore de ce que produit ce monde du travail des métiers de bouche sur ses employés (en tout cas, c’est comme ça que je le comprends, je serais curieux d’échanger avec d’autres lecteurs).

La trichromie (faite aux crayons de couleur, ce sont les éléments qu’elle avait en dédicace) donne un côté à la fois doux, mais aussi d’autant plus violent quand elle utilise le rouge à forte dose (effet voulu, je suppose). j’aime son graphisme, tout en rondeur, sans esbrouffe, mais qui ne cherche pas à trop déformé, ce qui donne un petit côté réaliste derrière un style assez doux aussi.

Bref, une jolie petite surprise, peut être aussi parce qu’elle me parle. ça paie pas de mine, ce n’est peut être pas nouveau comme sujet, mais l’approche est intéressante.

1 « J'aime »

Un « candide », quoi.
Non ?

Je ne sais pas trop ce que c’est qu’un œil de jeune (et je vais me lancer dans une diatribe qui n’a sans doute rien à voir avec cet album que je n’ai pas lu), mais je trouve les jeunes peut-être moins naïfs que ne l’ont été leurs aînés (nous, quoi), et en tout cas beaucoup moins disposés à bosser comme des ânes et à se faire exploiter que leurs grands frères, leurs pères ou leurs grands-pères.
Alors j’entends souvent le discours qui consiste à caricaturer leurs exigences sur le ton du « ils ne veulent pas bosser » (ce que je trouve réducteur et un brin dégueulasse), mais bon, peut-être que tout simplement ils ne veulent pas s’esquinter la santé pour un patron qui les pressurise.
J’entends bien qu’il y a de vrais purs fainéants dans leur génération, comme il y en a eu dans toutes les générations. Et je sais aussi qu’il y a dans la (pop) culture française un certain goût voire un goût certain pour le marginal trichouilleur et tire-au-flanc (rien que le cinéma a su donner leurs lettres de noblesses à ceux qui savent se tourner les pouces avec élégance, de La Belle équipe à Alexandre le bienheureux en passant par Le Chômeur de Clochemerle ou Archimède le Clochard), ce qui conduit peut-être à un regard biaisé, mais je trouve toujours assez sain qu’un jeune employé regarde les conditions de travail avec un œil moins amène et moins conciliant (et moins pétochard) que celui que j’avais à son âge.

Jim

Oui.

Voilà. Tu as totalement compris l’idée que je voulais mettre, et c’est comme ça que j’ai perçu cette BD.
J’ai fait court, car j’aurais sûrement pas réussi à mettre tous ces mots ensemble, et dans le bon ordre.

C’est intéressant, en tout cas.
Je n’étais pas tellement parti pour lire cet album, mais ta description de son approche du monde du travail éveille mon intérêt.

Jim

Mon libraire, qui a un grosse sensibilité de gauche (mais je en sais pas jusqu’à quel point ! :joy: ), a beaucoup aimé.

T’en as, de belles fréquentations, tiens !

:wink:

Jim

M’en parle pas… je ne sais pas comment je me démerde.

Tu les attires, ma parole !

Jim

Comme aimant… je suis peut être plus de droite que je ne le pensais.

marrant de savoir ça. Je me vois mal dire ma sensibilité politique à mes clients.

Non… c’est que je le vois aussi en dehors de la boutique … et qu’à ces moments-là, il y a eu de légères allusions d’autres personnes à son propos et devant lui qui indiquaient cette orientation.
Ni plus ni moins. Jamais entendu cela en boutique ou lors de dédicace et il ne l’a jamis ouvertement dit devant moi.