LONG JOHN SILVER t.1-4 (Xavier Dorison / Mathieu Lauffray)

Après le coup de force de Silver, le troisième tome s’ouvre sur la dernière partie du voyage. Le navire a essuyé une grosse tempête et prend l’eau de toute part, alors que l’estuaire tant recherché n’est pas loin.

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La tonalité est différente : le désespoir teinte l’ensemble du récit, tandis que les personnages savent à quoi s’en tenir. Ce qui n’empêchera pas des alliances inattendues, des retournements de situation, la mise en avant de personnages qui découvrent ou retrouvent des ressources inattendues. L’ensemble sent fort la sueur, la moiteur, la fatigue, la tension, au point que tout peut exploser à nouveau, alors que les eaux sont étrangement (et de manière inquiétante) calmes.

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Graphiquement, c’est un festival. Lauffray aligne les cases d’action spectaculaires et les décors saisissants, avec des effets de brume qui contribuent à créer une ambiance angoissante. Par petite touche, le scénario dévoile des aspects surnaturels et fantastiques, qui prendront leur pleine mesure dans le dernier chapitre.

Jim

Allez, dernier petit mot concernant la série : ce quatrième épisode plonge résolument dans le fantastique, lorgnant vers des thématiques déjà explorées ailleurs (le dieu avide comme dans Sanctuaire, la souffrance physique de l’humain face au surnaturel comme dans W.E.S.T.…), abandonnant la thématique du voyage : les protagonistes ont fini de se déplacer, désormais, on est sur une logique de dernier baroud.

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Les dernières alliances se nouent, alors que les personnages sont tous séparés. Des détails apparemment anodins ou secondaires, mais sur lesquels le scénario était revenu plusieurs fois dans les chapitres précédents, prennent leur importance et contribuent à définir les enjeux.

Graphiquement, Lauffray aligne les tours de forces, avec des décors à couper le souffle. Le scénario arrivant à sa dernière phase, une grande place est accordée à l’action, ce qui permet de faire respirer encore davantage les pages. Le dessinateur laisse suinter ses influences (Buscema, bien sûr, mais aussi Wendling ou Mignola) pour des planches parfois très ambiancées et parfois littéralement étourdissante. C’est musclé, vicieux, impressionnant.

Et le final, qui marque le retour des survivants (et éclaire quelque peu la personne à qui s’adresse la narration depuis le début), évoque cette fameuse légende, qu’il convient d’imprimer quand elle dépasse la réalité.

Jim

Au dos de ce trente-neuvième tome de la collection Barbe-Rouge en kiosques, ils annoncent des suites, avec L’Épervier, Barracuda et, surprise (en tout cas, je trouve), Long John Silver (de Dorison et Lauffray).

Jim

Des suites de collection ou des suites de Barbe-Rouge ?

Edit : je viens de lire la réponse ailleurs !

Des suites à la collection.
Ce qui éveille mon étonnement. Le lien n’est que thématique (contrairement, par exemple, à Idées Noires et Modeste & Ponpon, les prolongations de la collection Gaston Lagaffe, dont le fil rouge est Franquin lui-même). De plus, en vérifiant, je note que pour L’Épervier, il n’y a que six tomes concernés. Bref, je suis perplexifié, mais ma foi, dans ma quête d’une culture franco-belge plus étoffée, je me dis « pourquoi pas »…

Jim

C’est pas surprenant pour l’Épervier. ça doit être une histoire de droit.

Après, de ce que j’ai vu jusqu’à présent, je suis surpris du lancement de collections si courtes.

C’est une prolongation d’une collection existante. Seize tomes de plus. C’est pas mal, quand même.
Après, pour reprendre l’exemple que je cite souvent (celui de Modeste & Ponpon en complément de Gaston Lagaffe), y avait moins de tomes rajoutés. Au final, ça semble un « gros » rajout.

Jim

ça me semble bizarre comme concept, en fait (enfin, d’une logique qui n’est peut être pas la mienne, ou que j’ai pas comprise). Parce que jusqu’à présent, la jeunesse de Barbe-Rouge, c’est bien une seule et même série d’x tomes ?

Complètement.
En fait, La Jeunesse est un spin-off de Barbe-Rouge (voir le lien ci-dessous). Donc mettre les deux dans la même collection (ce qu’ils ont fait) est logique. Ce qui l’est moins, c’est d’y adjoindre trois séries qui, même si elles sont liées par le thème, restent distantes. J’en conclus que la série connaît un grand succès, et que Eaglemoss négocie dur afin de jouer les prolongations.

Jim

On est d’accord.

Voui, c’est ce que je disais ici :

Le lien n’est que thématique, c’est une cascade qui me semble inédite, en tout cas inhabituelle.

Jim

Ou à La Ribambelle, qui augmentait la collection Boule et Bill : le fil rouge reste là aussi l’auteur : Roba (et ils ont même augmenté la collection avec des « Roba illustrateur »).

Tori.

Il y a deux mois, Mathieu Lauffray postait sur les réseaux sociaux quelques images liées à la réédition de la série en deux tomes :

Une nouvelle intégrale Long John Silver est en route! Elle se compose de deux albums de 100 pages environ, PLUS suppléments, dont notamment une interview de moi et Xavier Dorison par notre vaillant éditeur de Dargaud, François Lebescond. Il y aura aussi des dessins, des peintures et tout ça. Sortie le 22 Novembre. Pour l’occasion, j’ai refait deux nouvelles couvertures que voici. J’espère qu’elles vous plairont.

Jim

Plus récemment, il rajoutait des éléments de making-of :

Bonjour à tous, à l’occasion de la sortie de la nouvelle intégrale de notre série LONG JOHN SILVER, je poste ici quelques étapes de la création de la couverture. Cela pourra vous donner idée de la façon dont je procède.

Jim

Roooooh, la noir & blanc …

Réalisé par Xavier Dorison et Mathieu Lauffray, « Long John Silver » est inspiré du fameux et redoutable pirate créé par Stevenson dans « L’Île au trésor ». En quatre albums, la série s’est installée comme un grand classique qui illustre à merveille la grande aventure. Ces deux intégrales sont complétées d’une interview des auteurs et enrichies de couvertures inédites.

  • Album : 136 pages
  • Editeur : Dargaud (22 novembre 2019)
  • Collection : Long John Silver intégrale
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2205079832
  • ISBN-13 : 978-2205079838
  • Dimensions du produit : 24 x 1,6 x 32 cm

  • Album : 136 pages
  • Editeur : Dargaud (22 novembre 2019)
  • Collection : Long John Silver intégrale
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2205079840
  • ISBN-13 : 978-2205079845
  • Dimensions du produit : 24 x 1,6 x 32 cm

Xavier Dorison est né en 1972. Après trois années passées dans une école de commerce – durant lesquelles il lance le festival BD des grandes écoles –, il commence, en 1997, l’écriture du scénario du premier tome du « Troisième testament » (Glénat), série dessinée par Alex Alice. Le succès est immédiat. Par la suite, il travaille avec Mathieu Lauffray sur le premier tome de la série « Prophet » (Les Humanoïdes associés, 2000), puis avec Christophe Bec sur la série « Sanctuaire » (Les Humanoïdes associés, 2001). En peu de temps, Xavier Dorison se taille une place de choix dans la bande dessinée, place confirmée par « W.E.S.T. » (Dargaud), série qu’il coscénarise avec Fabien Nury, pour l’un des plus grands dessinateurs réalistes, Christian Rossi. Il ne s’arrête pas au monde de la bande dessinée : en 2006 sort le film « Les Brigades du Tigre », adaptation de la série télévisuelle du même nom, qu’il coécrit avec Fabien Nury. C’est en 2007 qu’il retrouve Mathieu Lauffray pour l’aventure « Long John Silver » qui rencontre un très grand succès. En 2008, les éditions Dargaud font appel à Xavier Dorison pour l’écriture du scénario du premier tome du spin off de la célèbre série « XIII » (Dargaud), « XIII mystery » (Dargaud). L’épisode est dessiné par Ralph Meyer. Avec ce même auteur, il imagine « Asgard » (Dargaud), une épopée viking. En 2014, avec Thomas Allart, il signe « H.S.E. » (Dargaud), un récit d’anticipation qui met en avant les dérives possibles d’une société ultralibérale. Auteur très prolifique, il travaille en même temps sur plusieurs séries de bande dessinée, tout en continuant à écrire des scénarios pour la télévision et le cinéma. Entre « Asgard », « XIII mystery », « H.S.E », « Le chant du cygne » (Le Lombard, 2014), « Red skin » (Glénat, 2014) ou « Undertaker » (Dargaud, 2015), Xavier Dorison a prouvé qu’il pouvait aborder des genres aussi différents que l’aventure, le récit d’anticipation, le western ou le drame historique sans jamais se défaire de la dynamique de récit et de la solidité de structure qui caractérisent son travail. Ce n’est donc sans doute pas un hasard si on a lui confié la reprise d’une des plus grandes séries d’aventure de la BD franco-belge : « Thorgal » (Le Lombard)…

Né à Paris en février 1970, Mathieu Lauffray révèle très jeune un vif intérêt pour le dessin. Après son baccalauréat, il entre à l’École nationale supérieure des arts décoratifs, à Paris, où il rencontre deux jeunes étudiants, Denis Bajram et Frédéric Contremarche, avec lesquels il se lie d’amitié. En 1995, pour sa thèse de fin d’étude, il réalise, avec Contremarche au scénario, un récit de bande dessinée, « Le serment de l’ambre ». La même année, le premier tome est publié chez Delcourt. L’année suivante, Olivier Vatine lui propose d’illustrer les couvertures de ses adaptations de « Star wars » en comic books (Dark Horse Comics). Mathieu Lauffray réalise ainsi une trentaine de couvertures et, dans le même temps, se consacre à de nombreux travaux d’illustration pour la presse et les jeux de rôle. Entre 1996 et 1997, il effectue de très nombreux designs, recherches et peintures en tout genre pour la société de jeux vidéo Darkworks. En 1997, il rencontre Christophe Gans, alors jeune réalisateur de « Crying Freeman », qui lui propose de travailler sur un ambitieux projet de long-métrage, Nemo. Mathieu est subjugué par l’idée de ce film qui développe librement l’univers du roman de Jules Vernes "Vingt mille lieues sous les mers. Il effectue de nombreuses recherches et créations graphiques, mais, après presque deux ans de travail, le projet est abandonné. En 1999, Mathieu Lauffray et Christophe Gans renouvellent leur collaboration autour d’un autre long-métrage qui, lui, aboutira : « Le Pacte des loups ». Pour ce film, Mathieu met au point de nombreux designs, travaille sur les story-boards et crée le carnet de voyage d’un des personnages, de Fronsac. C’est aussi sa main qui apparaît à l’écran dans les scènes où de Fronsac dessine les fameux carnets, dont des illustrations figurent donc dans de nombreuses scènes du film. En 2000, Mathieu Lauffray retrouve la bande dessinée. Avec la complicité de Xavier Dorison, scénariste du « Troisième testament », il dessine une nouvelle série intitulée « Prophet » (Humanoïdes associés). Le deuxième tome paraît en 2003, chez le même éditeur, mais, cette fois, c’est Mathieu qui, seul, assure scénario et dessin. En 2005 sort le troisième album de « Prophet » (Humanoïdes associés). La même année, sa rencontre avec Jean Vincent Puzos conduit Mathieu à travailler sur une ambitieuse production internationale, « 10 000 BC », dirigée par Roland Emmerich. L’année 2006 est occupée par la réalisation du premier tome de « Long John Silver » (Dargaud), une aventure de pirates qui l’unit une nouvelle fois à son complice de toujours, Xavier Dorison. Le quatrième et dernier tome, intitulé « Le Labyrinthe d’émeraude », sort en 2013. Cette série a renouvelé le genre de la piraterie, forte d’un souffle romanesque rarement vu en bande dessinée. Un art book, « Axis Mundi », consacré à l’auteur, paraît en 2013, chez Café salé. En 2017, l’année Valérian est l’occasion pour Mathieu Laufray de collaborer avec Wilfrid Lupano autour d’une jubilatoire aventure des deux agents spatio-temporels revisitée par leur soin : "Shingouzlooz.Inc ". En 2020, il se lance en solo dans un nouveau projet : « Raven » (Dargaud). Après « Long John Silver », il revient donc à la grande aventure qui lui permet de déployer son immense talent de dessinateur et de narrateur. De la bande dessinée grand spectacle !

N’est-ce pas.

Et tu noteras, dès cette étape, l’usage du « modeling paste », une sorte de gel acrylique transparent, qui sèche et conserve ses reliefs. Cela permet d’ajouter une texture à la couleur qu’on étale par-dessus (et ça ne ruine pas l’accroche du pigment sur le papier). C’est une technique que Mathieu a empruntée aux affiches de Drew Struzan. Et que tu retrouves aussi parfois sur certaines couvertures de Vatine, notamment celle qu’il a réalisée pour 500 fusils :

Jim

Nom de Zeus !
(mais ça parle pas de ça dans les livres de Monsieur Lainé ?)

Je sais pas, je sais plus, je suis perdu…

Plus sérieusement, c’est quand même très pointu, le « modeling paste ».
C’est comme le « drawing gum », une sorte de gomme liquide que tu peux étaler sur la planche selon les formes que tu veux. C’est transparent, ça sèche, tu dessines par-dessus… et ensuite tu gommes : le « drawing gum » se décolle du papier, laissant des zones blanches à la place. J’ai vu Mathieu utiliser cette technique afin de représenter des toiles d’araignées en premier plan, il avait dessiné tout l’arrière-plan puis gommé, et la toile d’araignée apparaît blanche, « devant » le décor.

Bon, à part ça, je viens de regarder le compte twitter de Dargaud et de remarquer des photos d’une rencontre « super-libraires » où Mathieu vient présenter son nouveau projet, Raven. Et j’ai bien l’impression qu’il s’agit encore d’une histoire de pirates…

(Et purée, il est chouette, le fil « super-libraires » : On y voit des morceaux de Blanc autour, par Lupano et Fert, de L’Homme qui tua Chris Kyle de Nury et Brüno, de Yojimbot de Sylvain Repos, tout ça en 2020…)

Jim

Punaise, il pleut tellement que même Albator est sur l’eau !