Je l’avais ressenti comme ça à l’époque… et pas du tout à la revoyure. Les Wachowski me semble-t-il comptaient vraiment sur une connaissance intime par leur public du premier volet ; si on ne l’a pas parfaitement en tête, la narration du second volet, faite d’ellipses, d’allusions et de renvois constants, peut sembler particulièrement « froide » et inhospitalière. En fait, en les voyant à la suite, ce « défaut » s’estompe complètement…
Mais je pensais essentiellement à la richesse thématique de ce second volet, qui aborde tous les thèmes déceptifs de ce type de récit Initiatique/politique : illusion du libre-arbitre, côté trompeur de la promesse d’un homme providentiel, etc… Et la profusion des références, qui renvoient à un corpus politico-religieux passionnant (la question de la gnose)…
C’est pas que je sois un fainéant (un peu quand même), mais Rafik Djoumi le dit tellement mieux que je ne le ferais :
EDIT : Ah mince, j’avais pas vu que Marko avait déjà mis un lien vers ce texte plus haut… Désolé pour la redite.
J’imagine, ou espère secrètement (mais je ne pense pas me tromper des masses), que c’est à cette notion de répétition/déception que le quatrième volet va s’attaquer.
Même si, de mon point de vue, la conclusion de « Revolutions » est satisfaisante : Neo fait un choix inédit/inattendu, et la boucle continue, mais altérée…
Je me disais que c’était déjà le cas dans le trois surtout dans la scène de fin.
J’ai eu le ressenti quai similaire sauf sur le côté choix inédit, j’ai l’impression que dans le dernier passage, les Wachowsky explique que c’est une boucle et que le choix de Neo a déjà été fait par beaucoup d’autres. L’oracle étant le programme de soupape fait par la Matrix pour contenter les humains par des bribes de victoires.
Je ne le comprends pas comme ça. Le fait de proposer une paix/négociation avec les machines (en échange de la défaite de Smith) me semble présenté comme un choix inédit.
Moi je pense que la Matrice aurait juste rebooté sans Smith, et que cela n’empêche pas la guerre avec les humains, de prendre fin avec le sacrifice de Neo.
Si j etais sorti du premier en ayant vu un film d action spectaculaire, mais somme toute classique et dans le fond un peu chiant, c est reload qui m a convaincu de l ampleur et de l inédit de l affaire et c est de révolutions dont je suis sorti un chouïa déçu même si je reconnais le bouclage tout à fait satisfaisant de l affaire.
A l annonce d un quatre, je restais dubitatif, la cohérence de la trilogie étant extrêmement solide.
La bande annonce me rassure plutôt sur l.intérêt.
La répétition est intégrée au film lui même, jouant avec la politique des remakes et désormais reboot hollywoodiens. On aperçoit donc pléthore de scènes classiques de la première trilogie mais l’esthétique nouvelle bien plus colorée, comme des plans jouant avec les diagonales là où matrix ne connaissait qu horizontale et verticale, plaident pour une réinterprétation de la répétition.
Donc curieux du propos qui semble bien être là.
C est un choix inédit parmi les élus.
Dans la dernière scène de la trilogie, en vf, l architecte demande en effet à l oracle combien de temps croit elle que «cette» paix va durer «cette fois».
Ce qui laisse clairement entendre qu il y en a eu d autre.
Dans la vo, c est beaucoup plus sibyllin, voir juste absent, puisque l architecte dit « how long will this peace last ?»
Il y a un «this» qui peut renvoyer à ce qu il pense de la paix avec les humains ou être en effet un this renvoyant à une série.
Ah ça c’est clairement une grosse bourde de l’adaptation qui contrefait complètement le sens initial (en VO, j’entends) tel que je le comprends : c’est bien la première paix, même si on peut penser (et l’existence même de ce quatrième volet en atteste) qu’elle n’est que temporaire.
Déjà, le troisième volet « Revolutions » rejouait des scènes du premier volet avec des variations, dont certains gunfights ou bastons.
Tu m etonnes. Sur la dernière scène, un petit mot pour se synchroniser avec le mouvement des lèvres et oups ! C est toute la trilogie qui change de sens.
Exactement. L’équivalent de cette petite modification de dialogue en VF sur « L’homme des hautes plaines » de Clint Eastwood, où toute la dimension fantastique du film est annulée à la faveur d’un seul et unique mot.
Je comprends que tu le vois comme ça, car en effet le « this » est ambigu, comme le dit Nemo en effet (cette paix ? celle-là parmi d’autres ou juste « cette » paix car elle vient d’advenir…). Mais pour moi ça détruit purement et simplement l’arc narratif de Neo, s’il n’est pas le premier à parvenir à ce résultat. Donc j’ai « choisi » mon interprétation à l’aune de cet élément. Mais l’autre n’est pas moins intéressante ; plus démoralisante, peut-être.
En quoi ? Je pense que l’arc narratif de Néo et ce qui fait sa différence c’est qu’il va aussi aider la Matrice, chose que n’ont pas fait les autres. Car il combat non seulement pour la liberté des hommes qui sont pas dans la matrice, mais aussi pour ceux qui sont sous l’égide de Smith. Mais il reste un champion parmi d’autres (comme le montre la scène chez l’oracle dans le premier). Sans Smith, Neo ne devient pas the one.
En tout cas j’ai envie de me refaire la trilogie d’un bloc avec cette discussion
Voilà, tu as tout résumé. Et il fallait ça pour parvenir à la paix. Les autres n’ont fait que remporter une illusion de victoire sur les Machines, comme je le comprend… Si tous les autres étaient aussi parvenus à la paix, Neo n’aurait plus aucune spécificité…
Superbe western, très ambigu (et assez violemment conservateur et misanthrope), et hommage d’Eastwood à son travail auprès de Sergio Leone. Son « Pale Rider » dans les années 80 en est quasiment un remake.
Je pense qu’ils sont parvenus à la paix en défaisant la matrice, en battant des smith, et qu’une trêve à été accordé, mais peut-être pas aussi longue que Neo.
Je le mets en spoiler pour pas faire mon divulgâcheur :
à la toute fin du film, devant la tombe de l’ancien sheriff qu’Eastwood semble être venu venger, on demande à Clint : « pourquoi vouloir le venger ? » En VF il répond : « c’était mon frère ». En VO il répond : « c’est mon nom sur la tombe » ou quelque chose comme ça, ce qui fait du perso de Clint un spectre vengeur, un fantôme représentatif de l’archétype extrêmement fécond dans sa filmo de l’ange exterminateur. Rien à voir, donc, avec une plus traditionnelle vengeance familiale, même si dans le fond l’un pourrait être l’allégorie de l’autre.