MISTER FREEDOM (William Klein)

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REALISATEUR & SCENARISTE

William Klein

DISTRIBUTION

John Abbey, Delphine Seyrig, Donald Pleasence, Jean-Claude Drouot, Rufus, Sami Frey, Philippe Noiret, Serge Gainsbourg, Yves Montand…

INFOS

Long métrage français
Genre : comédie
Année de production : 1968

Artiste complet à la double nationalité américaine et française, William Klein est notamment peintre, photographe et cinéaste (entre autres choses un peu trop longues pour être résumées ici). C’est en France qu’il tourne son premier long métrage, une satire du monde de la mode intitulée Qui êtes vous, Polly Maggoo ?. Proche d’Alain Resnais et Chris Marker, il participe avec eux au documentaire choral Loin du Vietnam, une oeuvre collective qui affichait son opposition à l’intervention des Etats-Unis au Vietnam (Claude Lelouch, Jean-Luc Godard et Agnès Varda y ont également contribué). Un thème que l’on retrouve dans Mister Freedom, mais cette fois-ci sur le ton de l’hénaurme farce satirique.

Mister Freedom est un super-héros (super-zéro, ouais…) qui travaille pour l’organisation Freedom Inc. dirigée par le Dr Freedom. Interprété par le britannique Donald Pleasence (qui avait joué l’année précédente le rôle de Blofeld, l’ennemi juré de James Bond, dans On ne vit que deux fois), le Dr Freedom est littéralement la personnification de l’impérialisme et du capitalisme américain. La bonne idée est qu’il n’a pas de présence « physique », il ne s’exprime que par écran interposé, nourrissant Mister Freedom de sa propagande.

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L’américain John Abbey (à la très courte carrière) est Mister Freedom, un « super-héros » qui n’a rien d’un Superman et qui est prêt à toutes les extrémités pour défendre sa propre idée de la démocratie. Pour lui, c’est simple : il y a le bien (les U.S.A.), le mal (les communistes) et entre les deux, il y a les « peut-être » et les « je-ne-sais-pas » dont font notamment partie ces lâches pleurnichards de français. Freedom est l’incarnation du chauvinisme primaire, un crétin raciste à la solde des intérêts étasuniens. Il est envoyé en France suite à l’assassinat du Capitaine Formidable, l’agent local de Freedom Inc. (un caméo de Yves Montand qui apparaît à peine 5 secondes), pour restaurer l’ordre menacé par les cocos…

Dans Mister Freedom, tout le monde en prend pour son grade. Freedom Inc. est une « World Company » des Guignols avant l’heure et l’ambassade des Etats-Unis est un supermarché clinquant et vulgaire. Les partisans français de Freedom sont une horde de dégénérés parmi lesquelles on retrouve Delphine Seyrig (L’année dernière à Marienbad) en Marie-Madeleine l’agent double, Jean-Claude Drouot en Dick Sensass (la star de Thierry la Fronde en fait des caisses et c’est assez savoureux) et Serge Gainsbourg en Mister Drugstore (engagé pour composer la musique, Gainsbarre a demandé à Klein de lui donner un rôle après avoir vu les premiers rushes). Phillipe Noiret représente la Russie en Moujik Man, le bibendum rouge qui propose un partage de Paris avec les ricains, la Chine maoïste est personnifiée par Red China Man, un dragon gonflable qui hante les couloirs d’une station de métro où sont placardées des affiches de propagande soviet…et même le président de la France, Super French Man, n’est qu’une simple baudruche ! Dans cet affrontement idéologique, Jésus (Sami Frey) fait même une petite apparition mais il n’a aucune influence dans ce chaos généralisé.

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Tournée pour un maigre budget (l’équivalent actuel d’environ 1,5 million d’euros), Mister Freedom est une bande dessinée hystérique, un délire aux couleurs agressives (c’est moche à faire saigner les yeux…mais c’est l’effet voulu) qui peine quand même à convaincre sur la longueur (la deuxième moitié se traîne et est un chouïa confuse) mais qui ne manque pas de situations et de répliques croustillantes emmenées par une étonnante distribution à l’énergie communicative.

Passé inaperçue à sa sortie et longtemps oubliée, Mister Freedom est une parodie très ancrée dans son époque (William Klein a même inclus des images des manifestations de mai 68 qui ont eu lieu juste après la fin du tournage)…mais dont certains aspects restent encore assez pertinents de nos jours…