MONDWEST (Michael Crichton)

REALISATEUR & SCENARISTE

Michael Crichton

DISTRIBUTION

Richard Benjamin, James Brolin, Yul Brynner, Alan Oppenheimer, Dick Van Patten…

INFOS

Long métrage américain
Genre : science-fiction
Titre original : Westworld
Année de production : 1973

Delos est un parc d’attractions dernier cri composé de 3 complexes où le touriste fortuné (parce que la journée coûte tout de même la bagatelle de 1000 dollars) peut vivre à l’époque de son choix, entouré de robots à l’apparence humaine : le Monde Médiéval, le Monde Romain et le Monde de l’Ouest.
Dans cet environnement soigneusement contrôlé, rien ne peut aller de travers…

…enfin, c’est ce que précise la brochure…

Considéré comme l’un des pères du techno-thriller, l’américain Michael Crichton commence à écrire des romans sous divers pseudonymes afin de payer ses études médicales. En 1969, il reprend son véritable nom pour La Variété Andromède (The Andromeda Strain), qui sera adapté au cinéma deux ans plus tard par nul autre que Robert Wise, à qui l’on doit notamment Le jour où la Terre s’arrêta, West Side Story et La Maison du Diable (le film est sorti en France sous le titre Le Mystère Andromède).
Michael Crichton est vite titillé par des envies de réalisation, afin de développer lui-même ses idées à l’écran. En 1972, il fait ainsi ses débuts derrière la caméra avec le téléfilm Pursuit (avec Ben Gazzara), l’adaptation de son livre Binary publié la même année.

Michael Crichton a ensuite eu l’opportunité de mettre en scène son premier film pour le grand écran. Westworld (Mondwest pour la version française) est une histoire originale, qui lui a été inspirée par une visite à Disneyland. Impressionné par les animatroniques de l’attraction Pirates des Caraïbes, il imagine ce qui se passerait si les robots se retournaient contre leurs créateurs et les visiteurs du parc (thème qu’il revisitera 20 ans plus tard avec Jurassic Park, les créations génétiques se substituant aux machines).
Son scénario passe par tous les grands studios et est accepté par la MGM qui accepte de le produire et de confier la mise en scène au réalisateur débutant , mais pour un budget modeste (environ 1,2 millions de dollars). Crichton a du accepter d’autres compromis (il n’a par exemple pas été décisionnaire sur la distribution).

L’une des excellentes idées de cette distribution est d’avoir confié le rôle du « Pistolero », la machine à tuer implacable du Monde de l’Ouest, à Yul Brynner qui est habillé exactement comme dans Les Sept Mercenaires (et pour la petite histoire, l’acteur, qui parlait couramment le français, s’est lui-même doublé pour la V.F.). Face à ce véritable Terminator avant l’heure (et d’ailleurs Arnold Schwarzenegger a failli lui succéder dans un projet de remake avorté), on retrouve James Brolin (Amityville, la Maison du Diable) et Richard Benjamin (futur réalisateur de comédies gentillettes comme Une baraque à tout casser avec Tom Hanks et J’ai épousé une extra-terrestre avec Kim Basinger) en hommes d’affaires venus se payer un peu de bon temps (et dans le cas du personnage de Benjamin oublier son récent divorce) dans le Monde de l’Ouest…et les fans de Star Trek reconnaîtront Majel Barrett (alias Christine Chapel et Lwaxana Troi) qui apparaît à deux ou trois reprises en tenancière de bordel.

Comme le visiteur joué par James Brolin n’en est pas à son premier séjour à Delos (il a même déjà l’air un peu blasé), Michael Crichton en profite pour exposer les particularités du parc par son intermédiaire, ce qui évite des scènes d’exposition et d’explications un peu trop lourdes. Mais même si le réalisateur/scénariste plonge le spectateur directement dans l’histoire, le rythme n’est pas le point fort de Mondwest : l’ensemble est un poil mollasson, les scènes d’action manquent de dynamisme et abusent des effets de ralentis inutiles. Crichton a lui-même expliqué par la suite qu’il trouvait son premier montage trop long et ennuyeux, de nombreuses scènes passèrent alors à l’as et une fin alternative fut tournée.

Formellement, Mondwest a les défauts d’une première réalisation…ce qui n’empêche pas le film d’être fascinant par bien des points. Sous couvert de vivre sous une « bulle temporelle » qui recrée les conditions d’existence de trois époques différentes, le parc ne cache pas l’ambiguïté des divertissements qu’il propose : les touristes, tous des adultes, sont en fait là pour satisfaire pleinement leurs fantasmes, leurs pulsions meurtrières et sexuelles, qui seront retournées contre eux par un virus informatique (notion encore nouvelle pour l’époque).

La représentation des « dessous du parc » est judicieuse (avec à la clé une des meilleures scènes du long métrage, celles où les équipes de nuit viennent récupérer les « cadavres » des robots tombés pendant la journée pendant que les touristes dorment) : un environnement froid, presque médical, où les créateurs surveillent leurs univers en se prenant pour Dieu. Et c’est par un serpent, animal symbolique, que les choses dégénéreront de plus en plus rapidement jusqu’à un final bien tendu.

Le succès de Mondwest justifia la production d’une suite qui est semble-t-il moins connue, Futureworld de Richard T. Heffron (Les Rescapés du Futur en V.F.), sortie en 1976 et dans laquelle Yul Brynner a revêtu à nouveau le costume du Pistolero (ce fut d’ailleurs son avant-dernier long métrage). Les premières images générées par ordinateur ont été utilisées dans ces deux films. Il y eut ensuite en 1980 la très courte série oubliée Beyond Westworld, qui connut un échec cinglant : cinq épisodes furent tournés et seulement trois ont été diffusés avant l’annulation.
Après le projet abandonné de remake avec Schwarzenegger, une nouvelle déclinaison télévisuelle de Westworld, développée par Jonathan Nolan et co-produite par J.J. Abrams, est diffusée depuis le début du mois d’octobre 2016 par la chaîne HBO.

Je suis moi aussi très fan de “Mondwest”, dont tu as bien souligné le principal défaut : ce rythme narratif assez boiteux, alors que comme tu le soulignes le script était plutôt astucieux quant à l’exposition. Pour le reste, le film est très inventif et bien plus profond qu’il n’y paraît au premier abord.
J’aime beaucoup le travail de Yul Brynner ici, entre hiératisme de bon aloi et mise en abyme de sa propre carrière. J’ignorais qu’il était en charge de son propre doublage VF, par contre.

Pour les vieux fans de comics, il est à relever que le numéro 146 des “Uncanny X-Men” (piégés dans le Murderworld d’Arcade) fait des clins d’œil appuyés au film de Crichton.