MONSTRES (Barry Windsor-Smith)

Je ne sais pas ce qu’a voulu nous raconter bws.

Je ne sais pas s il y a dans cette opus un propos intéressant, s il s agit de voyeurisme dans le jusqu au boutisme, ni si les boucles opérées relèvent d un scenario naïf, verbeux, aux bulles parfois, trop souvent, difficiles à suivre.

Je ne sais pas.

Ce que je sais, c est que l étirement des scènes et ce en dépit de tout sens perceptible emporte le morceau.

Si je devais émettre une hypothèse ce serait celle là : l auteur bws travaille le temps, l insistance, la claustrophobie suscitée par des scènes trop longues, et donc peu nombreuses et donc sur un temps narratif in fine très court. C est le paradoxe sans doute que l auteur a voulu mettre en scène. Le scénariste s efface et remplit comme il peut les cases. Le dessinateur lui est au rendez vous, infatigable.

Cela marche. La lecture est éprouvante, brassante. Entêtante.

Les clichés de la construction importent peu au final tant tout dure et dure encore, alors que rien ne s est passé sauf le pire.

Explosion du temps par le traumatisme. Si seulement…

C est peut-être cela. On ne sait quoi en dire mais on est habité, abattu, triste.

Je viens de le finir et après avoir fermé cet épais volume, je peux dire que j’ai bien aimé mais que je m’attendais à plus.
Graphiquement, j’ai adoré. Le style de dessin participé bien à l’ambiance et j’ai trouvé le découpage assez classique mais très efficace.
Qu’est ce qui m’a déçu alors?
D’abord, j’ai trouvé la structure en récits emboîtés bancale. C’est une construction que j’aime beaucoup en général surtout dans des romans séminaux comme le « Melmoth » de Maturin par exemple. Je comprends que le but est de plonger dans les racines du mal à l’origine de chacun des nombreux monstres présentés mais j’ai trouvé que les différentes parties étaient plutôt déséquilibrées. Certaines un peu rapides et surtout d’autres beaucoup trop longues et décompressées. C’est sûrement voulu mais personnellement, ça a parfois nuit à ma lecture.
Ensuite, comme le dit n.n.nemo un peu plus haut, je n’ai pas vraiment compris de quoi il voulait parler. Dans certains ouvrages, ça ne me gène pas mais là,j’ai senti un manque.
Dernier point (un peu lié au précédent), je n’ai pas accroché à la fin et la façon dont il la traite.

Dommage de sortir de la lecture avec cette petite amertume parce que ça se lit très bien et j’ai pris beaucoup de plaisir sur les neuf dixièmes du livre. J’ai aimé cette variante sur l’origine story de Hulk prévue initialement. Difficile de ne pas faire le lien entre Bobby Bailey et Bruce Banner. Même les initiales sont là.

Et plein d’autres petits indices comme le Général Ross, qui est ici le Général Roth ou un truc comme ça (j’ai pas mon exemplaire sous la main)…

Je lis vos retours à Nemo et toi, et je comprends vos réserves car je vois tout à fait ce que vous voulez dire, que ce soit au niveau du propos ou de la structure, mais pour ma part je ne vois pas ces « défauts » comme rédhibitoires. Sur le propos, c’est peut-être un peu grossier résumé ainsi mais on a là affaire à une sorte de radiographie du Mal, qui infecte les petites histoires personnelles à partir de la Grande Histoire. Ce n’est ni inédit ni forcément très subtil, mais c’est puissant.
Pour la structure, perso j’ai aimé cette dissymétrie qui affecte le récit, avec ce passage anormalement long sur la soirée de Thanksgiving (ou Noël) qui tourne très mal, par exemple. C’est extraordinairement malaisant et difficile par moments, mais je crois que si on évoque la question si pénible des violences domestiques, il faut trouver un dispositif de ce type.
Il y a peut-être même un côté « marabout-bout de ficelle » à l’intrigue (ce qui habituellement est plutôt à considérer comme un défaut, un manque de planification préalable) mais là c’est peut-être dû à la conception particulière du livre, sa gestation très longue. Il est évident, sans même compter le côté « projet avorté sur Hulk » de « Monsters », que BWS était loin d’avoir en tête tous les éléments qu’il a développés au final quand il s’est lancé dans le projet.

Et quel story-telling, quand même. Perso, ça me ferait passer toutes les pilules. Mais même sans ça, je vois des audaces là où peut-être tu décèles des maladresses… Peut-être est-ce moi qui me laisse aller à mon enthousiasme.

Je suis d accord.

Je balaie mes critiques au fur à mesure parce qu au final l effet et l émotion sont là et priment.

Pour être tout à fait complet, j’avais écrit un paragraphe final beaucoup plus long dans lequel je développais un peu plus tout ce que j’avais aimé. Mais en voulant faire une dernière correction avant de valider, je l’ai complètement effacé… :sweat_smile:

Je pense que le plus gros problème, c’est que j’en attendais beaucoup trop. Après cette longue gestation, je m’étais imaginé un grand oeuvre de dessinateur comme le « Cages » de McKean par exemple qui m’avait soufflé.
Mais je le répète encore une fois, ça reste un très bon bouquin ! :grin:

Ah c’est marrant que tu fasses le parallèle, parce que malgré les différences majeures de style, de traitement, etc, moi aussi c’est une comparaison qui m’est venue à l’esprit. C’est très différent (l’un innove à tous les étages, l’autre sublime son classicisme, je dirais) mais chacun dans leur genre, ce sont des réussites comparables, à mon sens.

Oui, parfois ça « désamorce » tout l’arsenal critique. Et là c’est de ce niveau d’intensité, en effet.

ça y est, il est mien !!!

Terminé la lecture,

Je l’avais rangé dans ma biblio et j’hésitais a l’entamer car c’est une fameuse « brique » à engloutir.

Mais j’ai vraiment bien aimé, je l’ai lu très rapidement malgré un contenu assez dense. Bon c’est très trash et sombre par moments, ce n’est pas très joyeux comme histoire…

La construction du récit m’a vraiment plu, on découvre l’histoire des personnages petit à petit, ce qui les relie, on « excuse » les faits et gestes de certains personnages après avoir lu leur histoire (le père Bailey et ce qu’il a découvert en Allemagne).

Vers le milieu du livre, avec les passages du journal de la maman, cela ralentit un peu la lecture mais vraiment rien de « lourd ».

Il y a des scènes un peu dingues (le souper des allemands avec le dernier courrier du haut commandement). De l’humour noir (par exemple, avec les pages concernant la case reprise pour la couverture).

Avec le début du livre, je me disais avoir vu la partie la plus « horrible » mais plus on retourne dans le temps et plus on s’enfonce dans l’horreur.

Concernant l’édition, excellent papier, couverture solide, grand format, vraiment bien. Deux déceptions (qui vont ensemble) à mes yeux:

  • La première, aucun bonus, suppléments (un texte de présentation? Une postface par un auteur reconnu? Des explications sur la construction du récit/des personnages?). Bon, j’avoue c’est discutable, ce n’est pas obligatoire d’avoir des « bonus » (et il n’y a peut être rien donné par l’auteur).

  • La seconde, c’est la bibliographie de l’auteur en dernière page…Vous terminez le récit…Une page blanche et puis en haut d’une page sur 6 ou 7 lignes écrites en tout petit…Très difficile à lire, vraiment bâclé je trouve… Bref , je me demande si delcourt n’aurait pas pu faire un petit + pour enrober le tout.

(Si quelqu’un a l’édition VO pour voir si grosse différence?)

«excuse», c est beaucoup dire. C est la partie la plus horrible, ce qu il fait à son fils.

Ah tiens, j’ai peut être mal compris les passages sur le père mais perso, je pense que c’est une des petites histoires dans la grande.

Physiquement c’est lui mais en est-il conscient?

Donner l’impression de l’horrible coupable et en suite le dédouaner petit à petit:gestes horribles envers la mère et l’enfant…Etonnement de l’épouse dans son journal par rapport à son mari qui était doux, attentionné, poète, adorait son fils avant la guerre…découverte des scènes qui l’ont « transformé » ou il est devenu fou et revit la scène du souper avec les morts (possédé?)…Et enfin, quand l’épouse prend le lüger en main et entend les voix des soldats allemands, preuve que son mari est possédé?..Tout cela dans un contexte ou on parle déjà de famille médium (les macfarland)…

Oui, je crois que l’auteur a voulu « l’excuser » (je ne sais pas si le terme est bien choisi), j’ai pensé plusieurs fois à Jack Nicholson dans Shining (le rapport à l’enfant, l’écrivain/poète, il revoit des scènes dans des chambres, passe de l’autre côté totalement…)

Ah oui, je comprends mieux ton point de vue