NEONOMICON (Alan Moore / Jacen Burrows)

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Enfin lu le TPB, que j’avais dans la pile depuis quelques longs mois.

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Je me souvenais de The Courtyard (dont j’avais une précédente édition en noir & blanc), adapté par Johnston sur un mode vertical. La mini-série Neonomicon proprement dite est écrite en mode horizontal, dans une approche similaire à Warren Ellis ou Mark Millar. Plus branchouille que du Moore ordinaire, mais l’écriture (dialogue, découpage, rythme, gestion des silences) est résolument moorienne. Si bien que malgré la construction des planches, on est dans un groove assez watchménien.
Le jeu de références (Lovecraft, Smith, plein d’autres…) est assez habilement géré, dans le sens où elles sont innombrables mais également expliquées, contextualisées et intégrées dans le rapport fiction/réalité que Moore instaure dans son récit. En gros, les personnages expliquent les références tout en menant l’enquête. Cela rend l’accès au lecteur d’autant plus facile : le fan de longue date et lecteur de fantastique savoure les renvois à ses univers fétiches, et le lecteur néophyte comprend les ressorts de l’intrigue sans avoir à demander. Selon moi, ça a toujours été la grande force de Moore par rapport à Morrison : tous deux balancent du matos avec générosité, mais le premier donne toujours l’impression à son lecteur qu’il est super-calé, alors que le second lui fait sentir qu’il a quelques train de retards. Le premier accueille, le second teste. Mon choix, vous vous en doutez, est fait.
Neonomicon est également un récit qui parle de religion, de foi, de lavage de cerveau, d’hallucination et de sexe. Avec l’approche classique de Moore sur la question, à savoir la dédramatisation et l’exploration, voire la rencontre. Là, ça prend des proportions monstrueuses (au propre comme au figuré), mais l’auteur, qui a exploré la question dans d’autres récits (Lost Girls bien sûr, mais pas seulement) décide de créer une collision avec l’aspect caché, secret, voire refoulé du sexe chez Lovecraft. Et la confrontation est tellement logique. Car chez Lovecraft, le sexe n’est pas nié. Il est inquiétant, sale, traumatique, comme l’est la procréation (il suffit de réfléchir aux implications du Cauchemar d’Innsmouth, dont Neonomicon est une suite directe, en quelque sorte).
Enfin, dans la logique d’une exploration des liens entre fiction et réalité, Moore pose la question de l’influence de la littérature horrifique sur les esprits des lecteurs, l’héroïne, les membres de la secte, etc… Ce faisant, il revient sur le problème de l’influence de la fiction sur la société, et de la perception que celle-ci en a. C’est également un vieux thème de Moore (le gamin qui lit des comics de pirates dans Watchmen, le musée des fictions de V…), et s’il n’est pas central dans le récit, il est présent.

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Bref, Moore croise les références, joue sur les niveaux de lecture, établit plusieurs paliers de rapports fiction/réalité, recrée une modernité dans un imaginaire qui l’a profondément marqué, et parvient à tirer de tout cela une histoire forte qui appelle une suite qui ne le sera (serait ?) pas moins. Reprenant, en la tordant un brin, l’idée des créatures non-euclidiennes comme il l’avait fait dans un récit bonus de la League of Extraordinary Gentlemen, et repartant du principe que les auteurs sont les réceptacles d’idées originaires d’autres dimensions (ça rappellera des choses aux lecteurs de DC), il lance, dans les dernières pages, une idée tapageuse qui revisite tout le mythe de Cthulhu.

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Bref, sous ses airs de bouquin rapide à lire (malgré quelques jeux de mots retors qui ont dû donner des sueurs froides au traducteur), c’est un livre d’une richesse assez épatante. Comme en plus Jacen Burrows a fait des progrès spectaculaires (comparer The Courtyard et Neonomicon est impressionnant), et que les couleurs sont nettement moins criardes et mal assorties que ce à quoi Avatar nous habitue d’ordinaire, ça donne une lecture vraiment agréable. De laquelle on sort avec le sentiment d’en savoir plus et d’avoir été accueilli dans un univers.

Jim

Ouch ! :open_mouth:

Comme quoi, les goûts et les couleurs:

:arrow_right: bobd.over-blog.com/article-mo-o-re-is-too-much-96058598.html

Je ne suis pas d’accord, bien entendu.
Que ce soit alimentaire, en soit, n’est pas un argument (Swamp Thing aussi était alimentaire, 1963 aussi…). Qui plus est, c’est la suite d’un récit adapté d’un texte en prose, donc ça demeure un truc personnel.
Après, Lovecraft est quand même l’une des vieilles influences profondes chez Moore. Donc il y a une dimension “labor of love” dans le récit, la rencontre d’un auteur avec une sorte de “héros personnel” qui l’accompagne depuis longtemps. Et ça, depuis le temps, c’est pas plus mal qu’il en tire un récit frontal, pas allusif.
Enfin, puisqu’il est dans une logique de références (X-Files, Lecter, tous les trucs que tu as notés), il en profite pour faire un travail parallèle à celui de la League (moi, j’aime bien les différents volumes, contrairement à toi). Au lieu de créer un “univers partagé des personnages”, il crée un “univers partagé des auteurs”, en plaçant les romanciers dans un cadre de fiction où ils ont leur rôle. Il écrit donc une sorte d’histoire cachée du monde réel, dont il tire des idées nouvelles.

Au final, oui c’est un petit Moore. Une “œuvre mineure”, comme diraient certains (mais tu le sais, pour moi, les “œuvres mineures”, ça n’existe pas, toute œuvre à quelque chose à dire sur son auteur…). Mais un petit Moore, c’est déjà tellement meilleur que la bonne production de certains autres.

Jim

Vos avis et débats me donnent envie de regarder ça.
J’avoue que j’étais resté sur l’idée d’un travail trop alimentaire pour Avatar, un éditeur que je ne porte pas dans mon coeur. Du coup, je ne pensais pas que Moore veut en faire plus, aller plus loin… bon, j’aurais dû m’en douter vu l’auteur. :slight_smile:

Bah écoute, tant mieux. Je suis content de voir des gens réagir, ça fait plaisir.

Je ne passe pas assez souvent, pas autant qu’avant, mais j’aime bien poster dans cette zone, parce que justement personne n’y va. À tort selon moi.
:wink:
Je crois qu’Avatar traîne une mauvaise réputation, pas tout à fait imméritée, mais qui fait que l’on passe souvent à côté de trucs (j’ai posté ce matin un sujet sur Dead Folks, de Lansdale et Truman, qui selon moi mérite un petit coup d’œil pour mille raisons (tu aimes les zombies, ami lecteur ? tu as toujours bien aimé Tim Truman ? le noir & blanc ne te fait pas peur ?). Sa réputation colle aux basques alors que des choses comme le 303 de Garth Ennis ou le Frankenstein’s Womb de Warren Ellis méritent sérieusement qu’on s’y intéresse. Et plein d’autres trucs. Faut simplement prendre le temps de fouiller au milieu d’autres trucs parfois pas terribles.

Je pense que son goût de longue date pour Lovecraft a été aussi une bonne source de motivation. Et même s’il est en pilote automatique, ça marche quand même pas mal.

Si tu veux découvrir, tu as le choix entre la VO dont j’ai mis la couverture du TPB en ouverture de la discussion, et la VF, sortie chez Urban et traduite par Nikolavitch. Je n’ai pas lu sa version, mais j’ai une confiance certaine en son travail et en sa compréhension des références convoquées. Qui plus est, il en parle dans le sujet consacré à la VF (suivez les liens).
Si je préfère en général lire dans le texte d’origine, je dois avouer que la couverture française est vraiment magnifique. Bien moins représentative du contenu, mais d’une esthétique plus aboutie que la couverture américaine.

Jim

Concernant Avatar, mes mauvaises impressions sont venues de deux gros tests chez eux :

  • les Crossed, une série dont j’ai lu la première saga mais qui me rebute totalement. C’est carrément physique, je ne peux pas lire ça, je n’aime pas ça, c’est clairement ce que je ne supporte pas. Et l’ampleur du succès de Crossed, et la multiplication des projets autour de cet univers, a associé dans mon esprit Avatar et Crossed. Avatar = Crossed,
  • les succès de Ellis chez Avatar, dont No Hero. Que j’ai purement et simplement détesté. J’adore Ellis, je lis quasiment tout de lui, mais je déteste No Hero, qui est bêtement gore, bêtement con, bête en fait.
    Et du coup, ces deux expériences m’ont fait associer Avatar aux trucs les plus dégoûtants que j’ai lu. Crossed, No Hero, ça m’a construit une histoire malsaine, dégueulasse et nauséabonde d’Avatar.

Concernant Moore, je n’avais pas vraiment fait le lien entre lui et Lovecraft, notamment sur Watchmen, avant de suivre les débats ici. Donc ça ne m’a pas marqué plus que ça, donc The Courtyard et Neonomicon me donnaient l’impression de boulots purement alimentaires, associant deux grands auteurs pour vendre plus ; or, maintenant que j’ai saisi le goût de Moore pour Lovecraft, ça fait plus de sens.

Je pense craquer pour la version française. Autant pour le boulot de Nikolavitch que par une vieille crainte de ne pas suivre Moore en VO.

[quote=“BenWawe”]Concernant Avatar, mes mauvaises impressions sont venues de deux gros tests chez eux :

  • les Crossed, une série dont j’ai lu la première saga mais qui me rebute totalement. C’est carrément physique, je ne peux pas lire ça, je n’aime pas ça, c’est clairement ce que je ne supporte pas. Et l’ampleur du succès de Crossed, et la multiplication des projets autour de cet univers, a associé dans mon esprit Avatar et Crossed. Avatar = Crossed,[/quote]

Actuellement, c’est clair que c’est la grosse machine qui ramène des sous à la maison. Moi, je dirais : tant mieux, si cela permet de produire d’autres choses.
Moi, je n’ai jamais lu Crossed. Le seul que je suive, c’est le Crossed +100, à cause de Moore justement. Je conserverais un œil sur la série, surtout si le vieux barbu revient, après sa première fournée de six épisodes.

Après, Garth Ennis a fait d’autres choses chez Avatar. Quand j’étais directeur de la collection “Angle Comics” chez Bamboo, j’ai fait 303 (je me demande même si c’est pas la première publication Avatar en France, à moins d’un éventuel épisode de Glory par Moore, chez Comic Box… et si ce n’est pas la première, c’est dans le peloton de tête), qui demeure selon moi une bonne série, dans sa veine “sérieuse”. Si tu as l’occasion, jette un œil.
Après, le Garth Ennis rigolo, on le retrouve dans Rover Red Charlie, les aventures de trois chiens abandonnés dans un monde de zombies. Ça, je conseille, pinaise. en tout cas, je conseille à ceux qui aime le Garth Ennis rigolo, celui du Punisher, par exemple.

[quote=“BenWawe”]- les succès de Ellis chez Avatar, dont No Hero. Que j’ai purement et simplement détesté. J’adore Ellis, je lis quasiment tout de lui, mais je déteste No Hero, qui est bêtement gore, bêtement con, bête en fait.
Et du coup, ces deux expériences m’ont fait associer Avatar aux trucs les plus dégoûtants que j’ai lu. Crossed, No Hero, ça m’a construit une histoire malsaine, dégueulasse et nauséabonde d’Avatar.[/quote]

J’ai pas No Hero. J’ai Black Summer, mais je ne suis même pas sûr de l’avoir encore lu.
De Warren Ellis chez Avatar, j’ai lu Wolfskin, dans la traduction de Jay Wicky, et j’ai bien aimé la transposition d’un discours sur la marchandisation de l’humain dans un univers fantasy. Mais c’est un peu sommaire.
De même que Black Gas, relecture du thème zombie, est bien basique aussi, malgré quelques trouvailles de narration et un final cynique et cruel comme jamais.
Après, chez Warren Ellis tendance Avatar, j’aime plein de trucs. Captain Swing est un récit steampunk sur les rapports à l’autorité et sur l’embrigadement. Dans mon commentaire sur la série, j’avais proposé que c’était peut-être, toute proportion gardée, une réponse au V for Vendetta de Moore. C’est exagéré, bien entendu, mais il y a quelque chose de ça.
J’aime aussi beaucoup Frankenstein’s Womb (réflexion sur l’imaginaire électrique du XXe siècle), Aetheral Mechanics (une uchronie à tiroirs), Crecy (une tentative de récit historique avec un jeu sur la narration et une réflexion sur la technologie), trois trucs courts mais vraiment intéressants. Et après, il y a Ignition City, qui s’inscrit dans sa veine “space geek”, et qui brosse un portrait désabusé d’un rêve de l’espace en train de rouiller au soleil.
Et je suis sûr que j’en oublie (les Strange Kiss et compagnie, je ne me suis pas encore plongé dedans).

Je pense que le côté alimentaire a rencontré le côté passionné, et voilà.
Après, il a fait des choses alimentaires chez Wildstorm il y a une vingtaine d’années, et si je les trouve souvent plus drôles, je préfère l’écriture de Neonomicon.

Ça me semble un bon choix.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]Actuellement, c’est clair que c’est la grosse machine qui ramène des sous à la maison. Moi, je dirais : tant mieux, si cela permet de produire d’autres choses.
Moi, je n’ai jamais lu Crossed. Le seul que je suive, c’est le Crossed +100, à cause de Moore justement. Je conserverais un œil sur la série, surtout si le vieux barbu revient, après sa première fournée de six épisodes.

Après, Garth Ennis a fait d’autres choses chez Avatar. Quand j’étais directeur de la collection “Angle Comics” chez Bamboo, j’ai fait 303 (je me demande même si c’est pas la première publication Avatar en France, à moins d’un éventuel épisode de Glory par Moore, chez Comic Box… et si ce n’est pas la première, c’est dans le peloton de tête), qui demeure selon moi une bonne série, dans sa veine “sérieuse”. Si tu as l’occasion, jette un œil.
Après, le Garth Ennis rigolo, on le retrouve dans Rover Red Charlie, les aventures de trois chiens abandonnés dans un monde de zombies. Ça, je conseille, pinaise. en tout cas, je conseille à ceux qui aime le Garth Ennis rigolo, celui du Punisher, par exemple.[/quote]

J’aime bien Garth Ennis : je découvre le début de son run sur Hellblazer en VF (mon premier TPB était sa dernière histoire sur le titre… pas le meilleur pour commencer, mais un bon ressenti), j’ai repris Preacher en VF après avoir lâché à la moitié de la collection en TPB à l’époque, j’ai beaucoup aimé ses Marvel Knights Punisher. Mais je n’ai pas forcément poussé plus loin sur Punisher, ce qui fait que Ennis reste beaucoup, dans mon esprit, relié à Crossed ou The Boys, dont je comprends l’intérêt objectif mais qui ne m’intéresse pas à cause du côté dégueulasse et “facile”.

J’ai vu passer 303 à plusieurs reprises en occasion, je me laisserais peut-être tenter. Ennis me donne l’impression d’être un scénariste un peu “ado”, avec beaucoup de vannes cra-cra, de la provoc’, des ambiances de malaise, etc.
Je me trompe sûrement, mais j’ai ce ressenti et du coup j’ai moins envie de le lire. Mais je me trompe sûrement.

[quote]J’ai pas No Hero. J’ai Black Summer, mais je ne suis même pas sûr de l’avoir encore lu.
De Warren Ellis chez Avatar, j’ai lu Wolfskin, dans la traduction de Jay Wicky, et j’ai bien aimé la transposition d’un discours sur la marchandisation de l’humain dans un univers fantasy. Mais c’est un peu sommaire.
De même que Black Gas, relecture du thème zombie, est bien basique aussi, malgré quelques trouvailles de narration et un final cynique et cruel comme jamais.
Après, chez Warren Ellis tendance Avatar, j’aime plein de trucs. Captain Swing est un récit steampunk sur les rapports à l’autorité et sur l’embrigadement. Dans mon commentaire sur la série, j’avais proposé que c’était peut-être, toute proportion gardée, une réponse au V for Vendetta de Moore. C’est exagéré, bien entendu, mais il y a quelque chose de ça.
J’aime aussi beaucoup Frankenstein’s Womb (réflexion sur l’imaginaire électrique du XXe siècle), Aetheral Mechanics (une uchronie à tiroirs), Crecy (une tentative de récit historique avec un jeu sur la narration et une réflexion sur la technologie), trois trucs courts mais vraiment intéressants. Et après, il y a Ignition City, qui s’inscrit dans sa veine “space geek”, et qui brosse un portrait désabusé d’un rêve de l’espace en train de rouiller au soleil.
Et je suis sûr que j’en oublie (les Strange Kiss et compagnie, je ne me suis pas encore plongé dedans).[/quote]

Black Summer est bien, mais n’a mérité ni son succès, ni ses critiques. C’est un récit correct, mais qui est trop long, reste finalement trop classique, et tient trop sur le dessin ultra-détaillé et brutal de Ryp. Ca n’a rien de révolutionnaire, The Authority par Ellis déjà et Millar ont fait bien plus et bien mieux, mais ça a eu l’effet d’une bombe grâce à Ryp, grâce au fait qu’à l’époque il n’y avait rien de tel qui sortait.
Le souci de Black Summer est que c’est super prévisible et facile. Déjà vu. Le monde autour des personnages n’est absolument pas fouillé, présenté, construit, alors que les principes du scénario le permettraient. Mais c’est encore pire dans No Hero, où le principe de base est qu’un super producteur de super-héros finance et construit une équipe de super-héros qui a changé le monde, mais on ne l’apprend qu’au détour de deux ou trois phrases ; c’est trop peu. Dans ce type de récit, je trouve très important de contextualiser, de construire cette uchronie si différente. Ce que Ellis fait beaucoup mieux sur Supergod, mais où il ne caractérise pas ses personnages ; dommage aussi.

Concernant Wolfskin, j’ai également lu, mais c’est aussi faible. La marchandisation évoquée est une bonne idée, mais tout est tellement coincé dans une avalanche de planches violentes, de combats brutaux, que tout ça me semble tellement vain. Dommage encore, parce que finalement, autant dans No Hero, Black Summer et Wolfskin, j’ai l’impression que Ellis ne veut pas se forcer : il balance des idées, il balance des concepts, mais ne veut pas réfléchir dessus et se repose sur la violence et l’art de Ryp.

Concernant Captain Swing, je veux le relire car, à la première lecture, j’ai été très déçu. Essentiellement parce que je suis resté totalement à côté des références, que je ne connaissais pas. Ici, Ellis fait “son Moore”, dans le sens où Moore, dans Century de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, use tellement de références dans son récit que les premières prennent le pas sur le second. Je suis passé à côté de Captain Swing, car sans le background nécessaire sur la culture populaire anglaise, ça reste un récit obscur et à la portée incompréhensible.

Le reste, je n’ai pas lu. Aetheral Mechanics et Crecy, ça m’intéresse. Ah, j’ai aussi lu Ignition City, un bon truc qui ne cherche pas à vouloir trop en faire. C’est un peu le principe de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (récupérer tous les personnages pour les mettre dans un univers, et voir ce qu’ils sont devenus quelques années après), adapté à la S-F pulp des années 30/40.
C’était cool, c’était plutôt bien dessiné. J’ai vraiment bien aimé.

[quote]Je pense que le côté alimentaire a rencontré le côté passionné, et voilà.
Après, il a fait des choses alimentaires chez Wildstorm il y a une vingtaine d’années, et si je les trouve souvent plus drôles, je préfère l’écriture de Neonomicon.[/quote]

Tu penses à quels travaux chez WildStorm ? Ses Wildcats ?

The Boys, c’est une énorme pochade contre les super-héros. Un truc de garnement, de sale gosse. J’aime bien, mais c’est un peu trop relevé pour mon palais.

En VF, 303 existe eu deux tomes (Bamboo) et un tome (Panini, je crois). Et il y a la VO.

[quote=“BenWawe”] Ennis me donne l’impression d’être un scénariste un peu “ado”, avec beaucoup de vannes cra-cra, de la provoc’, des ambiances de malaise, etc.
Je me trompe sûrement, mais j’ai ce ressenti et du coup j’ai moins envie de le lire. Mais je me trompe sûrement.[/quote]

Ce n’est pas faux, mais c’est incomplet.
Il y a en gros le versant humoristique, souvent très scatologique (les deux mini-séries sur la Rifle Brigade battent tous les records). Moi, j’aime bien, ça me fait rire. Mais je comprends qu’on n’aime pas.
Et il y a le versant sérieux, avec de l’émotion et de la dénonciation. C’est Pride & Joy, c’est Unknown Soldier, c’est War Stories ou Battlefields, c’est 303. Et en général, je trouve qu’il fait mouche. Je lis ses War Stories (encore chez Avatar), et même si ce sont des histoires prévisibles, il sait réellement dégager des instants forts et irrésistibles.

Après, effectivement, il est difficile de passer après The Authority dans la mouvance “super-héros interventionnistes real politik”.

Je jetterai un œil.

Tiens, pas lu, ça, non plus.

Je pense qu’il s’amuse sans se forcer, aussi. C’est également un scénariste qui cherche l’expérience formelle. C’est ce qu’il faisait sur ses mini en trois parties chez Wildstorm (je crois), et c’est ce qu’il faisait aussi dans la collection “Apparat”. Du coup, parfois, il est dans l’exercice de style plus que dans le propos. Wolfskin ou Black Gas, c’est Ellis qui se dit “tiens, qu’est-ce que je peux faire avec un cahier des charges serré ?” La forme l’emporte alors sur le fond.
Moi, personnellement, je n’en fais pas un reproche.

Alors oui et non. Selon moi, Captain Swing, c’est également l’évocation d’un imaginaire purement anglais (ou presque). Les flics, la naissance de la police et des “bobbies”, Spring-Heeled Jack, la connexion entre les idées révolutionnaires et l’émergence d’une culture industrielle, tout cela me fait dire qu’il est plus dans l’évocation métaphorique d’une époque et d’un pays que dans le jeu littéraire, ici.

[quote=“BenWawe”]Le reste, je n’ai pas lu. Aetheral Mechanics et Crecy, ça m’intéresse. Ah, j’ai aussi lu Ignition City, un bon truc qui ne cherche pas à vouloir trop en faire. C’est un peu le principe de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (récupérer tous les personnages pour les mettre dans un univers, et voir ce qu’ils sont devenus quelques années après), adapté à la S-F pulp des années 30/40.
C’était cool, c’était plutôt bien dessiné. J’ai vraiment bien aimé.[/quote]

La SF pulps des années 1940, mais aussi la conquête spatiale, tout ça. Colson dans Rétro-Futur! et Nikolavitch dans Cosmonautes! en parlent en détails.

Ah tu as raison, j’m’a gouré : c’est à TMP que je pensais. Avec les mini Violator et Spawn vs WildC.A.T.s, deux récits qui sont bien, rigolos et décalés, mais pas non plus particulièrement géniaux.
Neonomicon me semble d’un autre calibre, déjà.

Jim

Tiens, Retro-futur, tu conseilles ?
Je me suis pris hier la Psycho-géographie, le Steampunk me fait de l’œil ainsi que le roman Les Âmes Envolées (et j’ai encore un dico à prendre ! :mrgreen: )
Donc, s’il faut que je rajoute ça à ma longue liste …

(edit : ah oui, tu conseilles, je viens de voir le lien ! Pinaise)

[quote=“Jim Lainé”]

[quote=“BenWawe”] Ennis me donne l’impression d’être un scénariste un peu “ado”, avec beaucoup de vannes cra-cra, de la provoc’, des ambiances de malaise, etc.
Je me trompe sûrement, mais j’ai ce ressenti et du coup j’ai moins envie de le lire. Mais je me trompe sûrement.[/quote]

Ce n’est pas faux, mais c’est incomplet.
Il y a en gros le versant humoristique, souvent très scatologique (les deux mini-séries sur la Rifle Brigade battent tous les records). Moi, j’aime bien, ça me fait rire. Mais je comprends qu’on n’aime pas.
Et il y a le versant sérieux, avec de l’émotion et de la dénonciation. C’est Pride & Joy, c’est Unknown Soldier, c’est War Stories ou Battlefields, c’est 303. Et en général, je trouve qu’il fait mouche. Je lis ses War Stories (encore chez Avatar), et même si ce sont des histoires prévisibles, il sait réellement dégager des instants forts et irrésistibles.[/quote]

J’avoue sincèrement n’avoir jamais lu le sérieux, l’émotion et la dénonciation. Certainement parce que je n’ai pas complètement Hellblazer et Preacher, certainement parce que je n’ai pas encore lu War Stories ou Unknown Soldier. Et j’avoue que je n’ai pas craqué, face à 303 ou ces autres choses, parce que j’étais bloqué sur mon sentiment, mon ressenti négatif sur ses précédentes oeuvres.
Mais je vais tenter, je pense. Déjà, j’ai chopé Preacher et Hellblazer en VF, et je vais fouiner les occasions pour le reste. Merci. :slight_smile:

Certes, mais Ellis se contente de répéter ce qu’il a déjà dit, ou ce qu’il a permis à un autre de dire sur The Authority. Mais bon, ce n’est pas forcément une critique contre lui, mais plus contre l’énorme succès immérité de Black Summer.
Quand c’est sorti, j’ai eu l’impression que les gens voyaient une oeuvre révolutionnaire, énorme, novatrice ; alors que ça n’a clairement pas inventé l’eau chaude, et que, par exemple, Squadron Supreme par Gruenwald était bien plus intelligent, pertinent et choquant à l’époque. Ce n’est pas en rajoutant 15 double-pages gores et des flots de sang que ça rend le truc original ou important.

[quote]

Je jetterai un œil.[/quote]

Oh, c’est clairement une lecture dispensable !

[quote]

Tiens, pas lu, ça, non plus.[/quote]

Ca, par contre, c’est bien meilleur. C’est considéré comme faisant partie de la “trilogie” de Ellis sur les super-héros, avec No Hero et Black Summer. Je ne suis pas d’accord : autant No Hero et Black Summer ont de vrais points communs (déjà ils sont dessinés par Ryp, ensuite ils s’attachent à chercher “l’humanité” derrière les surhumains, les super-héros, et le retour des émotions humaines chez ceux qui se considèrent comme des demi-dieux), autant Supergod est différent.
Déjà, Supergod ne se concentre pas sur les personnages eux-mêmes, c’est un récit de présentation géopolitique, raconté par un narrateur expliquant en flashbacks comment le monde en est venu à s’auto-détruire. La forme est donc différente, et Ellis s’attache ici, globalement, à faire un tour du monde des programmes de super-héros/super-soldat dans chaque pays/chaque région du monde ; en s’inspirant des grands mythes locaux, bien sûr.

Supergod est très bon, car il contextualise pleinement son monde, son univers. Ellis créé une bonne uchronie, crédible, mais du coup ne caractérise pas vraiment les personnages, car ils n’existent pas vraiment.
Mais c’est bien plus fin, intéressant que No Hero ou Black Summer.

[quote]Je pense qu’il s’amuse sans se forcer, aussi. C’est également un scénariste qui cherche l’expérience formelle. C’est ce qu’il faisait sur ses mini en trois parties chez Wildstorm (je crois), et c’est ce qu’il faisait aussi dans la collection “Apparat”. Du coup, parfois, il est dans l’exercice de style plus que dans le propos. Wolfskin ou Black Gas, c’est Ellis qui se dit “tiens, qu’est-ce que je peux faire avec un cahier des charges serré ?” La forme l’emporte alors sur le fond.
Moi, personnellement, je n’en fais pas un reproche.[/quote]

Tu as raison de relier ça avec ses mini-séries en trois épisodes (dont Red, qui aurait tenu en un gros numéro, mais qui a donné un bon film librement adapté). On est clairement dans cette idée d’expérimentation, de défis lancés à lui-même pour voir ce que ça donne, jusqu’où il peut aller, ce qu’il peut construire avec des impératifs.
C’est bien. J’aime bien. Mais je trouve que Wolfskin, par exemple, est du coup trop long, car Ellis a plus de numéros mais pas forcément plus à dire. Du coup, il délaye avec autre chose, et autre chose c’est de la grosse violence avec Ryp. Et même si Wolfskin n’est pas long, ça va au-delà des trois numéros de Ryp, et de la suite par un autre, avec un propos plus profond sur la marchandisation. Du coup, ça donne un sentiment “bâtard”, entre l’expérimentation courte et le truc trop long.

[quote]

Alors oui et non. Selon moi, Captain Swing, c’est également l’évocation d’un imaginaire purement anglais (ou presque). Les flics, la naissance de la police et des “bobbies”, Spring-Heeled Jack, la connexion entre les idées révolutionnaires et l’émergence d’une culture industrielle, tout cela me fait dire qu’il est plus dans l’évocation métaphorique d’une époque et d’un pays que dans le jeu littéraire, ici.[/quote]

Oui, tu as raison. En fait de jeu littéraire, c’est plus l’imaginaire/l’historique anglais que Ellis joue. Mais, et c’est là où j’essaye de retomber sur mes pieds, c’est que Ellis joue beaucoup sur ces références-là. Si Moore fait un jeu littéraire, Ellis fait un jeu historique que je n’ai pas saisi, car je n’avais pas les clés. Et ça m’a vraiment gêné, car dans l’édition que j’ai (en VF, Panini ou Glénat), il n’y a aucun accompagnement éditorial pour remettre dans le contexte et donner ces clés.

Merci !

[quote]Ah tu as raison, j’m’a gouré : c’est à TMP que je pensais. Avec les mini Violator et Spawn vs WildC.A.T.s, deux récits qui sont bien, rigolos et décalés, mais pas non plus particulièrement géniaux.
Neonomicon me semble d’un autre calibre, déjà.

Jim[/quote]

Ah ouais, ça j’ai pas lu. Par peur, en fait. :laughing:

[quote=“Le Doc”]J’ai détesté…j’ai tenu 3 tomes avant de lâcher.
[/quote]

J’ai lu l’intégrale l’année dernière. Je ne suis pas un inconditionnel de Ennis mais il faut avouer que la série perd graduellement son humour de sale gosse pour développer efficacement la relation entre les personnages. C’est assez surprenant.

Dommage que le récit sur le long terme soit cousu de fil blanc et que le sous-discours sur la prolifération des héros irresponsables s’avère vain.

C’est dommage, c’est pas mal. Surtout l’épisode avec Billy Kincaïd en enfer. Il fera le beurre du personnage de Todd McFarlane* en présentant non seulement le(s) monde(s) qui l’a(ont) vu naitre, mais aussi en développant le symbiote au statut d’être identifié (avec un nom, une classe, toussa…).

[size=85]* comme les autres auteurs qui contribueront à l’époque (Gaiman, Sims, Miller), à l’exception de Grant Morrison et de son Nécro-psycho qui sera plus ou moins oublié.[/size]