NOMADS (John Mc Tiernan)

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[quote]REALISATEUR

John Mc Tiernan

SCENARISTE

John Mc Tiernan

DISTRIBUTION

Pierce Brosnan, Lesley-Anne Down…

INFOS

Long métrage américain
Genre : thriller / épouvante
Durée: 1h28
Année de production : 1985

SYNOPSIS

Jean-Charles Pommier, un anthropologue, est recueilli aux urgences d’un hôpital, blessé et délirant. Avant de mourir, il agresse le Dr Flax, une jeune femme, et lui murmure un mot étrange à l’oreille. La vie de la jeune femme s’en trouve bouleversée : habitée par les souvenirs de cet homme, elle découvre qu’il traquait à l’insu de son épouse, un mystérieux groupe d’assassins hantant les rues de la ville, la nuit…

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Après des années cauchemardesques de procédure judiciaire ponctuées d’une incarcération qui laisse songeur quant à la magnanimité du système américain, John Mc Tiernan voit le bout du tunnel : il travaille à un film à venir l’année prochaine théoriquement, et le voilà célébré, bien légitimement, par la Cinémathèque française, via une rétrospective intégrale.
Cerise sur le gâteau, c’est l’occasion de découvrir son premier long-métrage, le méconnu “Nomads”, pas exempt de défauts mais terriblement attachant. Premier effort (plutôt tardif) du cinéaste, c’est aussi le seul dont il signe le scénario. Peut-être à juste titre, tant celui-ci n’est pas exempt de tout reproche.
Par contre, à la manière du “Solitaire” (le parfois maladroit mais extraordinaire premier film de Michael Mann), il est fascinant de constater à quel point toutes les figures, tous les thèmes sont déjà là…

Pierce Brosnan, un acteur qui ne m’a jamais vraiment impressionné malgré sa belle prestance (il est ici barbu et ça lui va bien ; y’a un petit coté James Brolin), se couvre ici de ridicule : sous le blaze de Jean-Charles Pommier (ça c’est du nom, dis donc), il s’exprime la moitié du temps dans un français incompréhensible, la palme de la scène la plus ridicule revenant à ce “Ta gouule !!” asséné à sa femme, hilarant.
L’héroïne est quant à elle jouée par la belle mais très mauvaise Lesley-Anne Down (ex-madame Friedkin, c’était le moment Closer), qui finira d’ailleurs sa carrière dans l’enfer du soap-opera le plus échevelé…
Le film accuse aussi un look furieusement eighties, avec les excès que l’on devine (dont ces insupportables ralentis saccadés, une technique longtemps en vogue aussi à Hong-Kong, et que je déteste…). L’éclairage n’en souffre pas trop (à quelques écarts près), on a même droit à de belles choses en la matière (comme ses sources de lumière abondantes dans le cadre, à la faveur d’une course-poursuite). Mc T introduit ici maladroitement l’une de ses marottes, l’insistance sur la nationalité des protagonistes et la mise en présence de différents idiomes (ici le français, ailleurs l’allemand ou le russe, ou même le “viking”), porteuse d’une grande puissance allégorique sur les antagonismes mis en place par le cinéaste.

Le film a de plus un rythme claudiquant, avec un final déceptif plombé par un twist thématiquement intéressant mais too much. Le script de manière générale apporte des tas d’idées intéressantes, mais ne sait pas toujours faire les choix qui s’imposent (quel dommage que le concept de “nomadisme urbain” soit si vite balayé par la piste surnaturelle…). De même, si la question de la bascule de point de vue entre les deux persos principaux est intéressante sur le papier, et devient l’occasion de quelques raccords et autres ellipses absolument scotchants (la nana se retourne sur la plage, on assiste à une agression derrière elle, mais quand on revient sur le contrechamp de l’agression, ce n’est plus la fille mais Brosnan qui regarde…on a discrètement basculé dans un flash-back), la mise en œuvre en est plus problématique, l’héroïne se retrouvant inexorablement cantonnée à un rôle très passif (déjà que l’actrice joue pas très bien…).

Ouais, ça fait pas mal de défauts, mais pourtant le film déchire. Mc Tiernan est déjà ce cinéaste / topographe hors-pair, doublé d’un pyrotechnicien de la caméra. On sent beaucoup sur ce premier long l’influence de John Carpenter (en moins minimaliste donc), dont l’ombre du séminal “Assaut” (également crucial pour le James Cameron du premier “Terminator”) plane sur tout le métrage, avec ses environnements urbains nocturnes et déserts. Mc T filme la ville comme peu d’autres cinéastes, et tout l’arsenal de son vocabulaire filmique est mis à contribution (techniquement le film déchire : plan à la stead, beaux travellings bien amples, mouvements à la grue, et même caméra à l’épaule bien avant la révolution “Une Journée en Enfer”).

Là où “Nomads” devient crucial pour les fans du cinéaste, c’est dans le développement des thématiques et des figures de Mc T, qui sont déjà en place. Le personnage type du cinéaste est cet homme civilisé (ou fraîchement re-civilisé, comme Brosnan ici) qui va devoir libérer son potentiel de régression vers une forme plus primitive et agressive de lui-même, dans une pure démarche de survivant. La survie en milieu hostile passe par le retour à des instincts primordiaux : ici Brosnan, au contact des étranges esprits qu’il affronte, et qui représente la résurgence du nomadisme en milieu urbain (ce que le perso croyait impossible), redevient un sauvage qui agresse un passant sans raison, et arrache sa chemise pour se retrouver à poil avant de besogner sa femme brutalement. Le cinéaste annonce ici la dernière demi-heure, incroyable (un sommet de son cinéma, et donc du cinéma d’action hollywoodien), de son deuxième film “Predator”, où Schwarzie retourne à l’état sauvage, recouvert de boue, comme McClane impeccablement mis au début de ses films noircit son marcel à vue d’oeil (un truc teinté de commentaire de classe, aussi).
Toujours dans “Predator”, Mc T initie une réflexion passionnante sur le visible et l’invisible, à travers le passage d’une tactique de camouflage à une tactique agressive (les rôles se renversent tout du long dans “Predator”) ; elle est en fait anticipée par le comportement du personnage de Brosnan, qui devient ici invisible (en se cachant sous une voiture) avant d’opter pour le face-à-face, alors même que ses adversaires ne cessent d’apparaître et de disparaître. Tout est impeccablement cohérent dans la filmo de Mc T, comme cette gestion (également héritée de Carpenter, je crois) des huis-clos, qui viennent capter les personnages pour les forcer à se confronter à leurs peurs (et là, c’est “Le Treizième Guerrier”, qui a beaucoup de points communs avec Nomads, qui vient à l’esprit, avec son final dans les grottes et leurs boyaux…mais aussi, bien sûr, “Piège de Cristal”).
Mc Tiernan est ce narrateur incroyable qui pousse ses personnages à se transcender à travers le retour à des réflexes perdus, enfouis sous le vernis de l’urbanisation civilisatrice, dans un contexte à la fois hostile et stimulant.

Au passage, les fans ne louperont pas ce plan où Mc T expérimente l’effet spécial qui verra la chute de Hans Gruber dans le premier “Die Hard”, déjà plutôt au point.

Un film imparfait, donc, mais qui vaut bien mieux que sa sale réputation de kitscherie inregardable (…même si la musique, ouch) ne le laisse penser, et qui est évidemment un immanquable pour les fans de Mc T qui n’auraient pas encore découvert ce petit joyau d’inventivité, ultra-riche thématiquement.