POPEYE (Robert Altman)

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REALISATEUR

Robert Altman

SCENARISTE

Jules Feiffer, d’après les personnages créés par E.C. Segar

DISTRIBUTION

Robin Williams, Shelley Duvall, Paul L. Smith, Paul Dooley, Ray Walston, Donald Moffatt, Linda Hunt…

INFOS

Long métrage américain
Genre : comédie/musical
Année de production : 1980

Dans la deuxième moitié des années 70, la Columbia et la Paramount se disputaient à grand coup de dollars les droits pour une adaptation cinématographique de Annie, la comédie musicale à succès de Broadway inspirée par le comic-strip Little Orphan Annie de Harold Gray. Les enchères furent remportées par Columbia, ce qui poussa le producteur Robert Evans (Rosemary’s Baby, Le Parrain, Chinatown…), bien décidé à mettre en chantier un film familial et musical, à se renseigner sur les personnages de bandes dessinées dont les droits étaient détenus par la Paramount.
Et c’est là qu’un exécutif lui répondit…Popeye !

Très vite, Robert Evans confia l’écriture du script à son ami Jules Feiffer (auteur de comic-strips et de pièces de théâtre, scénariste pour le cinéma, essayiste…). Dans les premiers stades de développement du projet, Robert Evans envisageait Dustin Hoffman dans le rôle de Popeye, Lily Tomlin dans celui d’Olive Oyl et John Schlesinger (Macadam Cow-Boy) derrière la caméra.
Fin 1979, Walt Disney Pictures a rejoint la production, sécurisant les droits internationaux via sa filiale Buena Vista. Malgré le semi-échec de Popeye, Disney et Paramount renouvelleront leur collboration pour Le Dragon du Lac de Feu en 1981.

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Après avoir connu une suite d’échecs commerciaux (des oeuvres indépendantes comme Trois Femmes, Quintet et Un Mariage furent mieux reçus par la critique que par le public), Robert Altman accepta de réaliser Popeye, autant pour redonner un coup de boost à sa carrière en travaillant pour un grand studio que parce qu’il trouvait le scénario amusant. La production fut marquée par plusieurs clashs entre Altman, Robin Williams et le producteur Robert Evans, mais le film engrangea 60 millions de dollars pour un budget de 20 millions, à l’époque le deuxième plus gros succès de la carrière d’Altman…ce qui était tout de même loin du résultat attendu par la Paramount et Disney.

Pour le rôle-titre, les producteurs choisirent finalement un quasi-inconnu qui fit pour l’occasion ses débuts sur grand écran : le regretté Robin Williams, qui personnifiait au même moment à la télévision l’extra-terrestre Mork des séries Happy Days et Mork & Mindy, livre une composition cartoonesque à souhait, entre l’expressivité débridée de ses mouvements et son baragouinage constant (un effet pas toujours idéalement rendu par Jacques Balutin dans la version française).
La distribution est d’ailleurs l’un des éléments les plus réussis de Popeye : Shelley Duvall (Shining), une des actrices fétiches de Robert Altman, campe une Olive Oyl directement sortie des cases du strip de presse et le massif Paul L. Smith (Midnight Express, Dune, Mort sur le Grill…) confère à Brutus ses faux airs de Bud Spencer.

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La direction artistique est splendide : construite à Malte, la ville de Sweethaven est un décor élaboré qui fourmille de vie et de détails. Ce lieu, surnommé « Stalag Altman » par Robin Williams, existe toujours et est devenu un parc d’attractions, le Popeye Village. Pour son scénario, Jules Feiffer est revenu à la source, le strip Thimble Theatre créé par Elzie Crisler Segar en 1919 (Popeye n’y est apparu qu’en 1929 et en est vite la vedette en quelques années), et les différents départements (maquillages, costumes…) ont très bien restitué cette ambiance de « théâtre de poche » humoristique.

Mais même si le film est visuellement réussi et idéalement interprété, celui-ci ne manque également pas de défauts. Ainsi, et malgré l’abattage de ses comédiens, Robert Altman peine à restituer l’énergie de la mécanique comique des bandes dessinées et des dessins animés et le rythme s’en ressent (l’ensemble est un peu trop long). Très datés, les gags visuels ne fonctionnent pas à plein régime (certains sont même consternants) et les numéros chantés, pas vraiment entraînants ni tous bien écrits, ne sont pas toujours amenés de façon convaincante dans l’histoire.

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Par certains aspects, le Popeye de Disney et de la Paramount reste un bien étrange objet filmique…pas vraiment réussi, mais pas totalement raté non plus, bien réalisé mais sans le grain de folie nécessaire, le long métrage de Robert Altman a tout de même permis à Robin Williams d’interpréter pour l’unique fois de sa carrière un personnage de comics, lui qui était un grand fan du 9ème art.

Voici une photo de Robin Williams à l’époque du tournage de Popeye :