PREMIER CONTACT (Denis Villeneuve)

http://www.cine-sanctuary.com/public/sanctuary/img/images_9/arrival-amy-adams.jpg

http://www.cine-sanctuary.com/public/sanctuary/img/images_9/arrival-jeremy-renner.jpg

Le premier teaser :

youtube.com/watch?v=9Cx8sMqQjJ4

La bande-annonce :

youtube.com/watch?v=tFMo3UJ4B4g

J’ai lu tout dernièrement la nouvelle de Ted Chiang que Dennis Villeneuve adapte ici, et je suis assez circonspect sur ce que ça peut donner en terme de cinéma.

Si le talent de Ted Chiang (et celui de son traducteur : Pierre-Paul Durastanti) m’a captivé tout du long, j’avoue que la fin de la nouvelle m’a laissé assez dubitatif ; ainsi que la nouvelle en elle-même (forcément).

Bref, je suis assez curieux de voir ce film.

https://www.youtube.com/watch?v=yFhpZjXRtcA

youtube.com/watch?v=yFhpZjXRtcA

Brillant.
Je n’ai guère d’autres mots (enfin si, plein : épatant, émouvant, ingénieux, ambitieux…) concernant ce spectacle dont je suis ressorti enchanté.
Je ne vais pas en parler beaucoup, car je risque d’aborder des sujets qui ne feraient que dévoiler l’astuce du film, mais ce dernier ne se contente pas de poser une situation intéressante, d’amener des développements très intelligents portés par des personnages aimables au sens premier du terme, il se permet également d’utiliser les ressorts classiques de la narration ciné afin de soutenir un retournement de situation renversant.
Le tout avec une caméra épatante, une mise en scène jouant sur les symétries, les lenteurs, la création d’une angoisse reposant sur l’étrangeté, bref, un ensemble parfaitement maîtrisé.
De la SF comme je les aime, qui sollicite et mobilise l’intelligence du spectateur, qui ne cherche pas à niveler par le bas, qui propose des idées ambitieuse, qui utilise à fond la forme du média choisi, et qui hante encore après la fin du générique.
L’un des meilleurs films que j’ai vus cette année, peut-être le meilleur.

Jim

[quote=“artemus dada”]J’ai lu tout dernièrement la nouvelle de Ted Chiang que Dennis Villeneuve adapte ici, et je suis assez circonspect sur ce que ça peut donner en terme de cinéma.

Si le talent de Ted Chiang (et celui de son traducteur : Pierre-Paul Durastanti) m’a captivé tout du long, j’avoue que la fin de la nouvelle m’a laissé assez dubitatif ; ainsi que la nouvelle en elle-même (forcément).

Bref, je suis assez curieux de voir ce film.[/quote]

Je crois n’avoir jamais lu de Ted Chiang.
Je rattraperai donc le retard prestement. En effet, Folio SF réédite La Tour de Babylone, le recueil de ses nouvelles rédigées entre 1990 et 2002, dans lequel se trouve “L’histoire de ta vie”, le texte ayant inspiré le film. Cette édition se présente nantie d’un bandeau renvoyant au film : la démarche est élégante, on profite de la pub sans saccager la couverture de Manchu.

http://e-leclerc.scene7.com/is/image/gtinternet/Electre_978-2-07-040688-3_9782070406883?hei=450&wid=450&align=0,-1&op_sharpen=1&resmode=bilin

J’en profite pour remarquer que, selon moi, pour une fois, le titre français du film, Premier contact, est assez excellent : il permet de couvrir le pitch de base sans rien révéler, mais une fois qu’on arrive à la fin du film, il prend un sens multiple.
Bon, reste plus qu’à me mettre à la lecture.

Jim

[quote=“Jim Lainé”]…]
Bon, reste plus qu’à me mettre à la lecture. Jim[/quote]

Très très bon recueil.

Vu aujourd’hui. Quel choc.
Je ne m’en suis pas encore remis, mais il s’agit du meilleur film de Villeneuve, qui m’avait déjà plu et marqué sur Prisoners, et perdu sur Enemies.
Il livre ici un film puissant, qui couvre des domaines divers et très prenants (comme le deuil, le destin, la maternité, l’amour, l’acceptation, la diversité, la culture, le langage, le rapport à l’autre, la vie tout court), et fait se poser beaucoup, beaucoup de questions.
Je ne m’en suis pas encore remis. A revoir, très vite, mais définitivement un film puissant et beau.

Je reviens du cinoche et je rejoins Jim et BenWave.

Un bel objet. De la SF subtile, joliment filmée.
J’ajoute au propos de Jim qu’en plus du jeu sur les symétries et les lenteurs, l’utilisation récurrente du flou est particulièrement bien vue et que la musique fait plus que participer à l’ambiance.

Qu’il y ait eu des annonces dans ce sens ou pas, j’ai vu un indice qui laisse supposer une forte probabilité d’une suite. Autrement, c’est une fausse note. Mais ce serait étonnant vu le niveau de maîtrise du récit.

« When you cut into the present the future leaks out »
William Seward Burroughs

…. **[size=150]L[/size]*a nouvelle qu’a écrite Ted Chiang, intitulée Story of Your Life (L’Histoire de ta vie traduite par Pierre-Paul Durastanti) a paru 1998 dans l’anthologie de SF Starlight 2, et si elle est devenue en 2016 Premier contact (Arrival), son passage de l’écrit à l’écran a entraîné quelques changements notables.

Hormis ceux liés intrinsèquement à l’époque de son écriture, dont on peut raisonnablement penser qu’elle est antérieure à novembre 1998, et qui se traduisent (de façon marginale) au travers de la technologie utilisée par les humains ; il n’y est pas question par exemple de téléphone « portable » mais de « biper ».

Les changements les plus importants se situent au niveau des enjeux et des protagonistes.

LES ENJEUX

…. **[size=150]D[/size]**ans L’Histoire de ta vie, il n’est pas question de compétions entre les différents pays où se sont posés les vaisseaux extraterrestres (et pour causes, ils ne se sont pas posés), ni d’une escalade paranoïaque emmenée par la Chine (voir infra) ni de la destruction des vaisseaux extraterrestres.

En effet, Eric Heissere - le scénariste - et Denis Villeneuve - le réalisateur – de Premier contact, s’ils ont utilisé l’idée de Ted Chiang de la découverte d’une race extraterrestre au travers de sa langue, et de faire d’une linguiste leur personnage principal de l’histoire, cette dernière a été pliée au concept « hollywoodien » de la polémique.

Le cinéma, qui a depuis longtemps compris que le combat (polemos) est une des racines fondamentale de l’imaginaire du monde occidental, ne se prive pas de l’utiliser. Et Premier contact ne fait pas exception à la règle.

Je dirais même que le film de Denis Villeneuve en fait un peu trop de ce côté-là.
En introduisant, en plus de la tension d’une rencontre de « 3ème type » et du sentiment de paranoïa qui en découle, une tentative de sabotage venue de l’intérieur même des lignes américaines ; le scénario n’apporte pas grand-chose à l’intérêt de l’histoire.
D’autant qu’on ne saura rien des tenants et des aboutissants de cette infructueuse entreprise.

LES PROTAGONISTES

…. **[size=150]I[/size]**l n’aura échappé à personne que la Chine devient depuis quelques temps un personnage à part entière du cinéma de l’Oncle Sam.

Dans Seul sur Mars par exemple, son rôle y est incontournable.

Mais la Chine ne devient pas seulement acteur dans les films américains (Docteur Strange, Indépendance Day : Resurgence, etc.), elle est aussi un acteur financier de certaines productions : La Grande muraille avec Matt Damon, ou influence l’avenir de franchises (en devenir) grâce aux recettes enregistrées sur sont territoire : Pacific Rim.
Lorsqu’elle ne dicte pas tout simplement aux réalisateurs ce qu’elle veut pour que soit diffuser sur son territoire tel ou tel film.

Ainsi, selon Alexandre Poncet**, James Cameron aurait accepté de « *courber l’échine, et de remonter Terminatot 2 afin de l’adapter aux impératifs de la Chine *».

Une montée en puissance qu’enregistre aussi Premier contact.

Denis Villeneuve déclare** ainsi avoir subit des pressions pour changer l’image de la Chine dans son long-métrage, ce qu’il n’a pas fait car dit-il : « il aurait fallu dénaturer complètement l’histoire**. ».
Mais vous conviendrez peut-être avec moi, que si l’épilogue est un fort joli twist narratif, il permet en plus, de ménager la chèvre et le chou des susceptibilités chinoises.

En soi, de manière aussi bien intradiégètique qu’extradiégètique, Premier contact nous montre en effet l’avenir … du cinéma étasunien (?).

• **ŒUVRE CROISÉE
**
… **[size=150]S[/size]**i j’avais déjà eu un avant-goût du talent de cinéaste de Denis Villeneuve en regardant Sicario (Pour en savoir +), sur Premier contact c’est encore plus flagrant.

L’idée de construire un panneau d’écrans où chaque représentant de chaque pays est « emprisonné » dans son propre écran annonciateur de l’atomisation de l’esprit de coopération ; le « dialogue » entre Louise (Amy Adams) et sa fille, où celle-ci lui pose une question, dont la réponse (« un jeu à somme nulle ») – qui tarde à venir – est donnée par Ian Donnely (alias Jeremy Renner) avant d’être répété par Louise à sa fille, magnifique manière d’éclairer le spectateur sur ce qui arrive à l’héroïne. Etc., etc.

Mais ce qui m’a le plus soufflé dans Premier contact, c’est l’ombre portée de William S. Burroughs qui se diffuse au fur et à mesure que l’on comprend ce qui se passe.

Burroughs dont une grande partie du travail littéraire – au travers de la technique du cut-up et de celle du fold-in - a été de renverser la logique du discours dans son déroulement chronologique et surtout qui, se basant sur les travaux de Kurt Unruh von Steinplatz, envisageait le mot, le langage comme un virus capable de changer le réel.
Idée à laquelle on peut ajoutait les codex Maya - qu’il avait étudiés (à sa manière) –et dont il pensait qu’ils étaient des axes rhizomiques, pluridirectionnels.

Autrement dit les codex selon Burroughs, traitaient de voyage dans le temps. Et pas seulement du passé de cette civilisation, mais aussi de l’avenir.

Si les sémagramme des Heptapodes ne sont pas une retranscription à la lettre de l’écriture Maya, ils en ont (de mon point de vue) l’esprit.
En tout état de cause, ils agissent comme un virus.
Et comment ne pas voir dans le montage de Premier contact un sorte de cut-up cinématographique, pas très éloigné des expérimentations de Burroughs lui-même.

Je n’ai rien lu allant dans ce sens, ni de Ted Chiang, ni de Denis Villeneuve, mais lorsqu’on connaît William S. Burroughs, difficile de passer outre.


  • La Tour de Babylone/SF Folio

** Mad Movies n°302

Comme indiqué dans le topic Dune, je viens (enfin) de rattraper mon erreur d’être passé à côté de ce film en décembre dernier. Beau récit de SF intelligente et humaniste, émouvant et parfaitement maîtrisé.

Comme le soulignait Jim dans sa première intervention, difficile d’en dire plus sans trop en dire, et d’autres se sont déjà très bien exprimés sur cette page. J’ai heureusement eu la chance de passer entre les mailles des spoilers, d’avoir entendu assez de rumeurs positives sur le film pour me donner envie de le voir (même si j’ai raté la sortie en salles), sans pour autant savoir trop de choses qui auraient gâché quelques surprises ; je m’en voudrais donc de procéder autrement, au moment de recommander le film à mon tour.

Les ajouts pointés par Artemus (je n’ai pas lu la nouvelle d’origine) me semblent plutôt de bonnes idées. Ils viennent ajouter une tension au récit sans pour autant parasiter outre mesure ce qui en est le cœur. D’autant que par ailleurs, le film s’amuse assez à démonter un certain nombre de clichés “hollywoodiens” attendus (cf. la scène du recrutement de Louise, par exemple).

Vraiment une très belle surprise donc, au-delà de ce que j’attendais d’un film dont on m’avait pourtant dit beaucoup de bien. Je vais voir très prochainement à essayer de combler quelques lacunes dans ma connaissance, ô combien parcellaire, de la filmographie de Denis Villeneuve.

Prisoners, mon premier contact (héhé) avec Villeneuve et mon premier choc, est en train de passer d’ailleurs sur M6 (où Jackman prouve, déjà et encore, quel excellent acteur il peut être).

Je préfère “Enemy”. Mais globalement, “Premier Contact” inclus, et même si je reconnais les qualités de sa mise en scène, je n’ai jamais été complètement emporté par un film signé Villeneuve.

Ah, Enemy m’a totalement laissé de côté.
Objectivement, le film a beaucoup de qualités, un très beau jeu du chat et de la souris, beaucoup de bons indices, une performance principale excellente, mais… ça ne m’a pas du tout parlé. Là où le discours de Prisoners, plus cru mais plus universel et surtout plus dans l’émotion “simple” à ressentir (la peur/perte d’un enfant, l’impuissance générale), m’a marqué.