PROJETS AVORTÉS : les albums franco-belges que vous ne verrez jamais

On débute cette semaine avec un projet avorté un peu spécial puisqu’on se désintéresse, une fois n’est pas coutume, des comics américains pour se consacrer à la bande-dessinée Franco-Belge avec les biens aimés Spirou & Fantasio.

En 1998, le scénariste Tome et le dessinateur Janry, déjà auteurs de 12 albums de Spirou où ils remettaient en question tantôt l’identité (La Jeunesse de Spirou, Le Rayon Noir), la légitimité (La vallée des Bannis, Le réveil du Z) et la sexualité (Luna Fatale) du groom aventurier, décident de secouer un grand coup le quotidien de la série avec « Machine qui Rêve » (Spirou & Fantasio, T.46). Dans un ton et un graphisme résolument plus sérieux, ce 13ème tome raconte l’échappée urbaine de Spirou poursuivi par une mystérieuse organisation pour finalement découvrir, dans un retournement digne des plus grands classiques de S-F, qu’il est un clone/robot de l’originale. Ce faisant, Spirou² incarne tout ce que le vrai Spirou ne pourra jamais être, libéré des obsessions de ses auteurs sur la légitimité, l’identité et la sexualité (Spirou² quitte le pays aux cotés de Seccotine).

Mais la greffe ne prend pas. Les inconditionnels de Spirou boudent cette prise de risque qui, plutôt que d’être la révolution espérée par Tome et Janry, marque la conclusion exceptionnelle à un parcours non moins exceptionnel. Ce qui frappe les lecteurs avec Machine qui Rêve, c’est le grand écart de style qui tranche avec les précédentes productions comme l’explique Philippe Tome:

Démotivés suite à la mort du responsable (et ami) Philipe Vandooren, Tome et Janry préfèrent se consacrer à la série Le Petit Spirou et laisser une nouvelle équipe, Morvan et Munuera, reprendre les aventures de Spirou (avec le retour qu’on leur connait maintenant). Cependant, l’histoire de Tome et Janry ne s’arrête pas là. Entre la publication de « Machine qui Rêve » et les premiers échos, les deux auteurs avaient commencé à travailler sur un quatorzième album intitulé Zorglub à Cuba (ou Spirou à Cuba)

Comme le prouvent les huit premières pages (ci-dessous) réalisées à destination d’une pré-publication dans Le Journal de Spirou, l’aspect graphique de « Machine qui Rêve » est conservé mais les deux auteurs avaient abandonné le trop grand sérieux reproché à bien avant que la polémique ne démarre. « Zorglub à Cuba » aurait dû raconter comment Zorglub prenait possession de Cuba et des îles environnantes pour en faire une hyper-prison où les détenus s’affrontaient dans des jeux dangereux.

Il faudra attendre 2008 pour que les lecteurs puissent découvrir deux planches de cet album avorté lors d’une exposition Bruxelloise, mais c’est finalement en 2011 dans le numéro spécial Come-Back (Le Journal de Spirou n°3839, novembre) que Dupuis publie l’intégrale des planches (malheureusement indisponible en français sur le net). Encore aujourd’hui, plusieurs rumeurs parlent d’une reprise de l’album et d’une future publication dans la collection Une Aventure de Spirou et Fantasio de…, ce qui n’a malheureusement qu’été évoqué par le dessinateur Janry en 2009:

Découvrez les premières planches de Zorglub à Cuba :