PROPHECY - LE MONSTRE (John Frankenheimer)

Je viens de découvrir Prophecy, également connu sous le titre Le Monstre, qui est une double découverte pour moi. D’une part c’est un film de monstre pour moi qui aime les films de monstres, et c’est un long métrage de John Frankenheimer, pour moi qui aime Frankenheimer. Et je ne connaissais pas. Diable diable.

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Sorti à l’été 1979, il est représentatif d’une tendance du film d’horreur à connotation écologique, typique de l’époque. On retrouve plein de choses qu’on connaît pour les avoir croisés dans Piranhas (les bestioles modifiées par l’industrie, le silence coupable des Blancs…), ou dans Orca (l’enfant du monstre…), sans parler de la fibre indienne, également bien datée. Donc, d’une certaine manière, rien de nouveau.
Mais Frankenheimer s’y entend à faire monter la pression, en ouvrant par une scène de poursuite nocturne qui accumule les idées visuelles étourdissantes, puis en ralentissant le rythme afin de suivre un médecin qui s’improvise environnementaliste. Bonne montée de tension, montage plutôt réussi (quelques scènes d’action un peu rapides, certes), scènes nocturne bien flippantes, bref, ça fait super bien le boulot.

Les acteurs sont plutôt bien. La gestion du couple qui se fendille autour d’une maternité contrariée et de silences et de non-dits que personne n’interrompt, est très bien ficelée. Parmi les acteurs, on retrouve Talia Shire, une fois de plus en femme blessée (mais qu’est-ce qu’elle le fait bien) et Armand Assante, qui n’était pas encore l’ennemi de Dredd dans la version de Stallone, mais qui avait déjà la classe. L’ensemble du casting est assez convainquant.

Rajoutons à ça les poupées et créatures de Tom Burman (qui s’illustrera plus tard sur Goonies ou Teen Wolf), bestioles très convaincantes (bon, le tétard géant est un peu grossier, mais il fait partie du charme de ce film un peu oublié). Le principe étant, comme souvent, d’avoir des monstres mutants (ce film, c’est un peu “La Colline à des yeux, mais en forêt”), on a donc des bestioles qui allient gigantisme et difformités.
Le tout avec un discours écologiste d’autant plus convaincant qu’il renvoie à la tragédie de l’île de Minamata, au Japon, souffrant d’un gigantesque empoisonnement au plomb après-guerre (enfin, l’empoisonnement doit être plus ancien : c’est après-guerre que les maladies sont identifiées). La référence est intégrée aux dialogues, au sein d’un peu de techno-blabla qui est sans doute un peu faux ou raccourci, mais qui semble cohérent tant les acteurs paraissent convaincus.

C’est un des charmes de ces films de monstre des années 1970 : ils ne font jamais l’économie d’un commentaire sur la société (vous vous doutez bien que ça me plaît). Ce n’est pas l’horreur pour l’horreur et le monstre pour le monstre, il y a toujours un propos derrière. Et là, entre la dénonciation de la pollution et de la consommation (l’échange sur la demande de papier est à ce titre passionnant), le discours écologique et le regard sans commisération sur la culture indienne, on est gâtés.
Au sujet de la culture indienne, le monstre renvoie à des légendes indiennes mettant en scène un ours géant. Je me demande si Claremont n’a pas vu ce film, avant de ressortir son ours monstrueux dans les New Mutants de Sienkiewicz.

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Je suis toujours épaté du nombre de films qui sont oubliés. Injustement, parfois. Ça en fait partie. Prophecy / Le Monstre est une incursion de Frankenheimer dans le domaine de l’horreur, et il se débrouille bien. Les effets spéciaux, plutôt bons (et modestes), ont certes vieilli, mais la narration tient le coup. Ça mérite vraiment la redécouverte.

Jim