PROVIDENCE (Alan Moore / Jacen Burrows)

Dans une interview pour le site Comicsbeat, le scénariste Alan Moore lève le voile sur sa prochaine série Providence que publiera l’éditeur Avatar Press.

Selon l’auteur, il s’agit de sa fiction la plus pointue sur l’œuvre de l’écrivain Lovecraft et elle servira de suite et de prologue à sa précédente mini-série Neomicon sur laquelle il collaborait déjà avec le dessinateur Jacen Burrows.

Durant l’interview, l’auteur compare la mini-série à Swamp Thing pour sa narration gothique, à From Hell pour la recherche historique et à Watchmen pour le contexte.

Sortie du premier numéro dans le courant de l’année 2014.

[quote=“Alan Moore”]But we’re going more for Lovecraft’s New England fiction, and a couple of the New York stories. We are kind of connecting these up intro what I think is an ingenious whole, even though I say so myself as shouldn’t, and it’s – and what we’re also doing, as well as answering all the problems, all the questions raised by Neonomicon – even if the readers hadn’t noticed that those questions had been raised – we’re going to be detailing this hopefully fresh view of Lovecraft’s universe, or at least its American component, and we’re also going to be working not only from Lovecraft’s published fiction, and his poems, and his letters, but also from his biography. I think that there’s a way that there could be a sort of parallel world biographical strand in this, that is never the less researched so thoroughly that it could have happened. It could have happened. I mean, the research on this has been – this is the most demanding research I’ve done easily since From Hell.

It’s the thing that – with Providence, what I am doing is, I’m looking as much at American society in 1919 as I am looking at Lovecraft, in terms of my research, and I am connecting up Lovecraft’s themes, and Lovecraft’s personality, to a certain degree, with the tensions that were then incredibly evident in American society. So, there’s that element of it, but the amount of research that I’m doing into America 1919, into the gay culture of America 1919, into the way that American society was just beginning to cohere around that point, and the research upon the actual places, because this is set in a real America – there’s no Arkham in it, there’s no Innsmouth, but there are real locations which I believe are coherent sites for the Lovecraft stories that I’ve connected them to. Which means that, for example with issue four, I’ve been accumulating a huge wedge of reference material relating to the town of Athol in Massachusetts. I know more about Athol than probably people living there do. We’ve got the entire history of the town, its current situation, maps from different periods – I am doing my best to make this absolutely authentic.[/quote]

[size=200]INTERVIEW DE ALAN MOORE - PARTIE 1[/size]

Lien
Le site de l’éditeur: avatarpress.com

Tiens donc !
Bon, encore des raisons de s’intéresser à Avatar. Zutalor !

Jim

Voici les couvertures de** Providence #2**:

Source: www.bleedingcool.com

[quote]I don’t know about America—I haven’t been to America for a long time. But over here most people kind of understand that not all comics are for children, and certainly not over the past 30 or 40 years. If I could suggest that people in libraries, or in positions like that actually—how to put this?—actually read the material that they are allocating. If they can’t be bothered to do that, and if they can’t be bothered to actually keep up with the current state of culture, then I’m afraid that I don’t have a great deal of sympathy for them. Perhaps if they just did their job? And actually read the material?

Let me just say for the record: I think that very little of my work is suitable for children. It is not written for children. It is written for adults. Some of it is, perhaps, more innocuous than other material. I deal with H.P. Lovecraft in The League of Extraordinary Gentlemen as well as in Neonomicon and Providence, but it’s two very, very different approaches to H.P. Lovecraft. One of them is the kind of playful, broader fictional mosaic of The League of Extraordinary Gentlemen, which Lovecraft’s characters are made to fit into. This one, Providence, is pure Lovecraft. This one is more grown up and more intense than any treatment I have done of Lovecraft that I have done before. I would say that it is probably more extreme, in its way, than Neonomicon, which did not set out to be extreme. As with Providence, I simply set out to follow Lovecraft’s ideas to what I see as their logical, dramatic conclusion. It is not my intent to shock or offend, I simply don’t care that much. That probably sounds awful, but I don’t write my work thinking about a reader who is likely to be offended, particularly a reader who is evidently picked up my work by a grotesque mistake.[/quote]

[size=150]INTERVIEW DU SCÉNARISTE ALAN MOORE[/size]

Les propos de Moore sur Lovecraft, sans être révolutionnaires (c’est un peu la définition de l’horreur efficace qu’il donne ici, ça pourrait s’appliquer à Cliver Barker d’une certaine manière), me semblent assez pertinents, et donnent envie de se plonger dans son projet.
Après, le vieux barbu traîne quand même un sacré accent, et même quand il parle lentement, qu’il n’y a pas de bruit autour et tout et tout, faut s’accrocher pour tout bien saisir.

Jim

Je confirme… :wink:

Bon, c’est plutôt pas mal, ce premier numéro.
Pour l’heure, on n’a pas d’enjeu encore bien précis (c’est pas comme Watchmen où l’on commence par une scène choc qui va mettre en branle toutes les motivations des personnages). On suit un journaliste, Robert Black (sans doute un avatar de Robert Blake / Robert Boch, Moore s’inscrivant dans le mythe lovecraftien avec un sourire en coin) qui enquête sur une curiosité locale afin d’alimenter une colonne vide du journal qui l’emploie.
Le récit suit donc le jeune plumitif, qui vient de rompre et se consacre à son travail, tout en faisant quelques détours par des flash-backs le concernant et par des scènes muettes consacrées à un autre personnage (il est fort possible que ce soit Lovecraft lui-même, quoique sans certitude). Faisons nous-mêmes un détour afin de signaler qu’il y a un réel effort de couleurs, ce qui est à signaler dans un produit Avatar : les flash-backs en sépia, les palettes chaudes et froides pour les changements de température… Bref, un petit plus.
Ce premier épisode marque en tout cas la rencontre (pas la première…) entre Moore et Lovecraft sur un terrain qui leur est commun, les livres. Et l’écriture. Mais parlons des livres. Robert Black part donc rendre visite à un médecin auteur d’un essai évoquant un livre français qui aurait servi de source et d’inspiration pour un autre livre, américain celui-ci. Quête de la référence, poursuite du livre dont tout le monde parle mais que personne n’a lu, évocation de volumes mythiques qui rendent fou, on est à fond dans le Lovecraft qui avait fasciné des gens comme Borgès. Et Moore et les livres, c’est pas une affaire récente (voir Swamp Thing notamment…).
Mais Moore brouille les pistes. Est-ce pour des raisons légales ou bien est-ce pour le plaisir du cryptage, toujours est-il qu’il recourt à la technique du roman à clés, consistant à nommer des choses ou des gens d’une appellation voisine mais un peu différentes de celle sous laquelle on les connaît (ce qui me fait dire que Robert Black n’est qu’un avatar de plus d’un personnage bien connu des lecteurs lovecraftiens). Ainsi par exemple change-t-il le nom de l’Arabe Fou, même si on sait bien de qui parlent les personnages. Il remplace le Docteur Muñoz par le Docteur Alvarez, mais on ne s’y trompe pas. Et ainsi de suite (il y a des trucs que je n’ai pas identifiés, sont-ce des inventions du vieux barbu ? Il faudra chercher…).
Qu’importe la raison derrière la manœuvre, la conséquence est bien que cela titille la curiosité. Tout n’est pas mâché par Moore, il fait confiance à la curiosité de son lecteur pour décrypter, pour trouver les clés.
Ce faisant, il s’inscrit dans l’ombre de Lovecraft. N’ayant pas cherché à en savoir trop sur la série, j’avais vaguement imaginé qu’il allait parler de l’auteur lui-même, mais j’ai l’impression qu’il s’embarque surtout pour une exploration, voire une cartographie de son univers.
À la fin de l’épisode, le scénariste actionne sa machine à coïncidence et commence à regrouper les fils qu’il a déroulés dans le récit. Et le tableau commence à se dessiner. C’est le moment où le fantastique envahit le quotidien, à la faveur de l’incrédulité. Le “providence” du titre n’est peut-être pas la ville elle-même, mais plutôt le destin, le sort qui nous attend, auquel se remet Robert Black dans une bulle en guise de boutade. Et ce serait donc la providence qui se met en marche à la fin de ce premier chapitre ? Mécanique rodée, efficace, même si, pour l’heure, c’est davantage une affaire d’ambiance qu’une affaire d’intrigue.
Ce qui peut créer quelques déceptions, je le conçois bien.
D’un point de vue littéraire, c’est assez fort, mais là aussi, rien de surprenant. Le récit s’ouvre sur une lettre manuscrite (à laquelle le bonus de fin d’épisode fait écho). Le reste de l’épisode est dialogué, jouant sur les différents niveaux de langue, et notamment sur la confrontation entre des anglophones de naissance et des hispanophones pour qui l’anglais est la langue d’adoption : répétition des mots, syntaxe hésitante et simplifiée, une fois de plus, Moore joue avec la forme et en tire une évidente substance.
Derrière cela, il y a l’ancestral bras-de-fer entre le Nouveau Monde et le Vieux Continent, qui se joue par les accents, mais aussi par l’évocation de la littérature des deux mondes (une littérature “décadente” et “fin de siècle”, au demeurant, ce n’est pas innocent). Et ça aussi, c’est très lovecraftien, cette vision d’une Europe mythifiée, sorte de paradis perdu des arts et des lettres.
Graphiquement, Jacen Burrows continue à s’affiner. C’est pas encore étourdissant, mais le dessinateur déploie des efforts de mise en scène et restitue des personnages crédibles. Il accorde un soin particulier aux attitudes (les regards de biais de Robert Black quand il visite l’appartement du Docteur Alvarez) et aux vêtements (il dessine des gens normaux dans des costumes normaux, et ça passe très bien). Avec quelques idées de couleurs qui tranchent avec les superpositions de vert pomme et de bleu roi auxquelles les comics Avatar nous ont habitués, ça donne un truc tout à fait potable.
Reste les enjeux. Moore déploie une maîtrise consommée de la narration, mais ça, j’imagine que même ses détracteurs (oui, il y en a) ne sauraient affirmer le contraire. Cependant, à installer une ambiance inquiétante, il ne dit pas grand-chose de l’intrigue. La suite devrait permettre de creuser un peu plus le sujet.
Vivement.

Jim

[quote]One of the things that is perhaps problematic about Lovecraft stories, is that I don’t think anyone can agree about how the stories are supposed to connect up. It’s obvious from shared references between stories, that they kind of do relate to each other in some way, or at least most of them. But attempts to actually formalize that have been perhaps less than successful. One of the things that I decided quite early on is that there is no “Cthulhu Mythos”. Lovecraft never used that phrase. He seemed to be resistant to August Derleth’s attempts to propose some kind of mythology of Hastur. He seemed uncomfortable with that. Generally, he referred to his gods as “Yog Sothothery” or “Cthulhuism” in almost a self-deprecatory way. As if he’s saying, “This is a bit of fun. I thought that if other writers referred to them as well, it would give the readers a kind of frisson, a mistaken sense that there was some body of real occult lore that we were all drawing upon”. It was interesting background for his and other writers’ stories. So, “Cthulhu Mythos” doesn’t really work.

Lovecraft did speak of an “Arkham Cycle”, but nobody really knows what that was, either. However, that does seem to be something that he was at least considering. So, by taking Mosig’s idea that somehow these were all chapters of some huge hyper-novel—and like I said, I don’t believe that’s true, but it’s an interesting concept—I asked myself, “If that was true, how would it all link up?” Then, I started a process, tracing back to Lovecraft’s Necronomicon, to some of the early New England wizards in Lovecraft’s fiction who must have known each other. Who were living in such a relatively small area at more or less exactly the same time, so that I thought it would do no violence to Lovecraft’s work if you said, “Yes, these three people, they knew each other”.[/quote]

[size=200]INTERVIEW DE L’AUTEUR ALAN MOORE[/size]

[quote=“Kurt Hathaway”]*I letter in Adobe Illustrator, the industry standard. No pens for the electronic stuff.

But I do hand letter all the - what we call backmatter - with a Tul ultra-fine-point marker. I can’t find them in stores anymore, so I have to get them online.

In an early issue, I think there was a church newsletter and I typeset that in what I thought was an appropriate style.

But for Robert Black’s handwritten musings, that’s all done by hand. At first I typeset that, too - in an appropriate handwriting font, but I quickly heard that Alan wanted it literally hand done - which made perfect sense. I just read “handwriting” in the script and in most cases the client would expect a handwriting font. But in this case, as I said, it made sense to really do it by hand.*[/quote]

[size=200]ENTRETIEN AVEC LE LETTREUR
KURT HATHAWAY
[/size]

Les sollicitations de novembre :

[quote]PROVIDENCE #11
$4.99
Writer: Alan Moore
Covers and Art: Jacen Burrows
MR, Color, 32 pages (no ads), 11 of 12

For Black is his name and Black is his destiny. Everything has changed for Robert Black and perhaps for all of us. This is Providence… or is this Yuggoth? Alan Moore’s masterpiece reaches its denouement and nothing will be the same. Available with Regular, Pantheon, Portrait, Dreamscape Wraparound, Women of HPL, the painted Weird Pulp and a special Ancient Tome Incentive cover, all by collaborator Jacen Burrows.[/quote]