Discutez de Ramiro

Discutez de Ramiro

Une intégrale de Ramiro est annoncée pour décembre 2023.
Tout commence à la fin du XIIe siècle, en Espagne, et s’achève dans un Quercy encore sauvage.
Une époque médiévale très rude, avec l’al-Ándalus - ces terres de la péninsule ibérique et parfois du sud de la France sous domination musulmane -, ses grandes batailles (Alarcos, Las Navas de Tolosa, …), la route de Compostelle, les Wisigoths …
La série Ramiro voit le jour dans Femmes d’Aujourd’hui en 1974, et s’y poursuit jusqu’en 1983. William Vance y déploie sa science du découpage, un dessin en constante évolution. Jacques Stoquart, Vance lui-même et, plus anonymement, André-Paul Duchâteau, participent à son écriture.
Perfectionniste, William Vance retouche et ré-agence sans cesse ses planches, signant là son chef-d’oeuvre graphique. Cette intégrale, chronologique et respectueuse de l’artiste, lui offre son ultime écrin.
Jim
Tout commence à la fin du XIIe siècle, en Espagne, et s’achève dans un Quercy encore sauvage. Une époque médiévale très rude, avec l’al-Ándalus - ces terres de la péninsule ibérique et parfois du sud de la France sous domination musulmane -, ses grandes batailles (Alarcos, Las Navas de Tolosa…), la route de Compostelle, les Wisigoths… La série Ramiro voit le jour dans Femmes d’Aujourd’hui en 1974, et s’y poursuit jusqu’en 1983. William Vance y déploie sa science du découpage, un dessin en constante évolution. Jacques Stoquart, Vance lui-même et, plus anonymement, André-Paul Duchâteau, participent à son écriture. Perfectionniste, William Vance retouche et ré-agence sans cesse ses planches, signant là son chef-d’oeuvre graphique. Cette intégrale, chronologique et respectueuse de l’artiste, lui offre son ultime écrin.
- Éditeur : DARGAUD (1 décembre 2023)
- Langue : Français
- Relié : 448 pages
- ISBN-10 : 2505111405
- ISBN-13 : 978-2505111405
- Poids de l’article : 788 g
Rédacteur en publicité, Jacques Stoquart crée son premier scénario de bande dessinée en 1972 pour Stany Derval (Mitacq). Avec Eric, il crée ensuite le premier héros BD fantastique jamais proposé aux lecteurs d’une revue pour jeunes : Wen. Suivront Yvan Zourine (René Follet), Ramiro (William Vance), L’Iliade (Follet), Steve Severin (Follet). En 77, surchargé de travail, il quitte la BD et n’y revient qu’en 1984 avec un épisode de Jean Valhardi (Follet) ; suivi de l’adaptation des contes fantastico-policiers de John Flanders - Edmund Bell : Le Diable au cou et La nuit de l’Araignée. En 89, parution d’une biographie du Père Damien, l’apôtre des lépreux intitulée L’Homme de Molokaï (Cécile Schmitz), premier Prix du CRIABD, association pour la défense de la BD religieuse. En 1990, il réalise, (toujours avec Cécile Schmitz), la biographie d’Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites, intitulée Nous n’irons pas à Jérusalem et couronnée du Prix Chrétiens-Médias à Angoulême en 1991. Fin 91, parution de l’album Les poisons de Mars, (Eric Loutte), adapté du romand d’Asimov Sur la planète rouge. A paraître en 1992 : Le train fantôme (Wilbur Duquesnoy), un nouvel album d’Edmund Bell. Egalement deux histoires de 12 planches en revue pour jeunes : les biographies de Jacques Fesch et Januez Korczak.
William Vance, de son vrai nom William Van Cutsen, est né dans la commune belge d’Anderlecht (région Bruxelles-Capitale), le 8 septembre 1935. Après des études à l’Académie royale des beaux-arts et un début de carrière dans la publicité, il entre au journal ?Tintin’ en 1962. Il y multiplie les illustrations et récits complets, puis se lance dans ses premières séries : « Howard Flynn » (scénario d’Yves Duval), « Ringo » (de Jacques Acar) et « Bruno Brazil », (de Louis Albert, alias Greg). En 1967, il reprend le dessin de « Bob Morane », saga qu’il poursuit au côté du scénariste Henri Vernes jusqu’en 1979, avant de céder la place à Coria, son beau-frère et principal assistant. Il enchaîne les séries, renouant souvent avec un certain réalisme historique, à l’image de « Roderic » (texte de Lucien Meys), de « Ramiro » (Jacques Stoquart) ou de « Bruce J. Hawker » (André-Paul Duchâteau à partir du tome 4). En 1984 il attaque « XIII » (Dargaud) ; la série, écrite par Jean Van Hamme, s’impose rapidement comme l’un des plus grands succès de l’édition en bande dessinée. En 1991 et 1993, il dessine les deux premiers épisodes de « Marshal Blueberry » (de Jean Giraud, Dargaud). En 1995, Le Lombard réédite « Bruno Brazil », avec de nouvelles couvertures et de nouvelles mises en couleurs. Depuis 2002, la collection « Tout Vance » (Le Lombard-Dargaud) a non seulement repris plusieurs séries du dessinateur (« Howard Flynn », « Rodric »), mais aussi publié cinq volumes d’inédits. Willam Vance nous a quittés le 14 mai 2018.

Planche 24 de RAMIRO T2 « Les Otages ».
Publiée par Dargaud en 1983 et prépublié dans Femmes d’aujourd’hui en 1978.
Jim


Mon petit doigt (celui qui appuie sur la touche « entrée ») me dit qu’on va pas tarder à reparler de Ramiro.
Ça y est, j’ai enfin commencé à lire l’intégrale (l’entreprise de rangement continue, petit à petit…). Bel objet, copieux (plus de quatre cents pages pour presque deux kilos), avec un dos rond, mais à l’appareil critique assez pauvre : une préface de Patrick Gaumer, qui resitue dans le contexte de création mais laisse un peu sur la faim car on aurait aimé en avoir davantage, et un court cahier graphique reprenant quelques recherches et crayonnés.
Mais dans l’ensemble, c’est agréable, la repro est jolie, le papier est chouette, pas brillant donc doux à la rétine. Le feuilletage laisse entrevoir que Vance, sur la durée de la série, fera évoluer son style, jouant par la suite de la décompression et des grands décors (comme il le fait un peu sur Bruce J. Hawker ou sur Ringo…), mais pour l’heure, les débuts de la saga sont nettement plus classiques.
Le premier tome plonge notre héros, Ramiro Quintana, fils et défenseur de la Castille, dans l’Espagne de la Reconquista, qui oppose les Castillans chrétiens à la domination des Maures, mais aussi à la jalousie du royaume de Léon. Donc on a droit à une intrigue bondissante qui voit Ramiro et ses compagnons d’arme cavaler en tous sens afin d’échapper aux uns et aux autres.
Alors oui, c’est bien. Mais c’est vraiment de la bande dessinée à papa : très dense, parfois sur quatre cases, bavard, avec plein de récitatifs de narrateur omniscient qui vient raconter ce qui serait trop long à mettre en image. Ça donne des pages étouffantes et encombrées où Vance parvient à glisser çà et là quelques cases ouvertes où il laisse échapper l’influence d’un Victor De La Fuente ou d’un Esteban Maroto.
C’est donc très joli, mais la prolifération de péripéties fait qu’on n’a pas le temps de souffler, et encore moins de s’attacher au personnage, dont on apprend in extremis la généalogie surprenante… et qui ne semble intéresser personne, pas même lui. On sent l’invention de dernière minute, comme on a senti l’ajout de rebondissements au fil de l’eau, sans doute favorisé par la prépublication dans Femme d’aujourd’hui. Jacques Stoquart, le scénariste (apparemment, Vance a co-écrit des aventures dont il est l’initiateur), n’est ni Greg ni Charlier, et l’on se rend compte quand même que la bande dessinée d’aventure de ces années-là, même de bonne facture, n’avait pas encore abordé le tournant de la modernité.
Jim
Le deuxième tome s’inscrit dans la lignée du premier : un récit frénétique, un peu rempli par des séquences destinées à combler la pagination, mais le récit s’allège en matière de récitatifs.
Ramiro se retrouve coincé par des brigands et obligé de les servir aux côtés d’un docteur qui s’avère un charlatan, celui du titre. Les malfrats détiennent également sa mère, visiblement malade (on apprendra qu’elle est droguée). Derrière cette capture que les auteurs veulent nous présenter comme fortuite, il y a encore un complot de cour impliquant les rois de Léon et de Castille, et cela conduit au retour d’un personnage du premier tome. Tout sera expliqué par des séquences bavardes vers la fin de l’album, signe d’un déséquilibre dans l’écriture, peut-être en lien avec la prépublication.
Graphiquement, Vance propose un découpage plus sage, ce qui sied mieux au récit et permet de savourer ses dessins. Une photo reproduite dans l’intégrale montre qu’il travaille par demi-planches, ce qui se sent dans le déroulement du récit.
Jim
Les tomes 3 et 4 ouvrent une saga plus longue, qui s’étale sur plusieurs volumes, signe que la série rencontre assez de succès pour miser sur la fidélité des lecteurs.
Ramiro est engagé par des prêtres de Cluny afin d’escorter un notable bavarois et son épouse en terre de Castille. La mission va durer plusieurs tomes et montrer que le héros et ses alliés sont poursuivis par plusieurs parties.
On sent chez les auteurs un recul évident par rapport à leur matériel. Par exemple, nombreux sont les dialogues qui évoquent la naïveté de Ramiro, jeune combattant qui ne combat grand-chose au monde et le découvre en chemin, ce qui permet d’évoquer par là même la naïveté des récits. Stoquart et Vance créent donc le frère José, ancien brigand rentré dans les ordres mais qui n’a pas oublié ses années de truanderie et continue à nourrir un regard assez lucide sur l’univers. Ça permet de donner un contre-point dans le récit et de justifier l’évolution du personnage éponyme.
Les planches sont calmes et équilibrées. Les auteurs, qui savent disposer de plus de place, n’hésitent pas à décompresser leur récit et à consacrer de très grandes cases à des décors impressionnants. On sent toujours que Vance dessine par moitié de planche, ça crée un rythme régulier mais un peu monotone, heureusement brisé par quelques belles images ou séquences d’action.
Le tome 4 dévoile le secret du notable, qui n’a rien d’un comte ni d’un bavarois puisqu’il s’agit d’un marin breton traversant l’Europe avec son épouse maya, occasion pour Vance de dessiner un de ces portraits de brune beauté exotique dont il a le secret. Ramiro devenant moins candide, il voit des complots partout, ce qui permet quand même plus avantageusement de faire circuler les informations à destination des lecteurs.
Jim
Le tome 5 continue sur la lancée des précédents, et se construit en vaste course-poursuite. Désormais allié au faux bavarois et vrai breton qu’il doit protéger, Ramiro fait preuve de ruse afin de tromper ses adversaires.
Le scénario balade les personnages et les lecteurs dans des décors espagnols médiévaux. Ramiro, qui a appris la ruse et la planification (quelle évolution depuis le naïf presque neuneu des deux premiers tomes), tente de semer ses poursuivants, dont les intentions se précisent : ils veulent mettre la main sur le marin breton et son épouse du nouveau monde afin d’ouvrir la route vers les richesses des différents royaumes. Et on avance un peu sur les histoires familiales de Ramiro…
C’est pas mal, les ambiances un peu crépusculaires sont bonnes, Vance n’hésite pas à mettre la dose de regards en dessous et de rictus de comploteurs. Mais ce n’est tout de même pas très bien écrit. Ça manque de poses, d’instants de doute, de mise en scène. Un personnage explique qu’il a parlé en allemand et que les deux bavarois n’ont pas réagi… signe qu’ils ne sont pas bavarois. Mais pourquoi doit-il l’expliquer, pourquoi cette scène n’est-elle pas montrée, afin d’insister sur les réactions de chacun ? C’est écrit à l’ancienne (alors que nous sommes en 1980, quand même…) et ça repose essentiellement sur le dessin de Vance.
Jim
Le long cycle « Mission pour Compostelle » se conclut au tome 6, de manière assez décevante. La course-poursuite continue, les Templiers et les Clunisiens tentant de piéger Ramiro et ses deux protégés. Mais le jeune homme, qui décidément a bien appris de son mentor (qui s’est retourné contre lui), a plus d’un tour dans son sac.
On est sur le même registre que précédemment, avec des séquences nocturnes, des complots, des scènes de pluie ou de poussière, des regards en coin… mais il manque toujours un peu d’humanité, un peu d’intimité, afin qu’on apprécie les personnages.
Et surtout, la fin de l’épopée, quand les poursuivants découvrent que Ramiro a substitué leurs cibles par d’autres personnages, est décevante à plus d’un titre. D’une part parce que les « faux » protégés sont d’anciens adversaires et que ces nouvelles alliances sont présentées brutalement et qu’il faut les accepter telles quelles ; et d’autre part parce que la révélation du devenir du breton et de son épouse, tragique, survient à la toute fin, aussi brutalement que le reste, et laisse un sentiment de « tout ça pour ça ».
Jim
Un nouveau cycle commence avec « Ils étaient cinq », qui est présenté, au sein de cette intégrale, précédé d’un prologue racontant le pillage sanglant d’un village (et initialement paru dans le tome 9 : c’est plutôt bien vu de le déplacer ici). Ce prologue est plus récent, les pages sont composées en trois bandes et l’on sent le Vance méthodique mais un peu mécanique de la série XIII.
Jacques Stoquart a quitté la série et, officiellement, William Vance reprend scénario et dessin. Officieusement, comme Gaumer le précise dans sa trop courte préface, André-Paul Duchâteau l’épaule dans la tâche, et force est de reconnaître que l’équilibre du récit et l’enchaînement des dialogues est meilleur. Les personnages sont caractérisés moins exagérément, le contexte est rapidement replacé, et l’action est mieux détaillée, moins saccadée. L’album contient une sorte de résumé de la biographie de Ramiro et, chose amusante, le cycle de la « Mission pour Compostelle » est rapidement retracée en une longue case horizontale, en guise de solde de tout compte, montrant la précipitation avec laquelle les auteurs tournent la page d’un cycle trop long.
Cela dit, l’album n’est pas exempt de défauts, même s’il se lit de manière plus fluide que les précédents. Après le résumé de l’agression du village et la présentation du petit commando, les cinq du titre, dont Ramiro prend la tête (laissant espérer une sorte de récits à la Sept Mercenaires ou Douze Salopards), l’album se contente de gagner du temps en racontant comment l’équipe déjoue un détroussage puis affronte la neige en pleine montagne. Si les débuts avaient le mérite de replacer clairement Ramiro dans le contexte de la Reconquista (mais les notes de bas de page, envahissantes, alourdissent la narration), la suite, la longue partie montagnarde, pour spectaculaire qu’elle soit, semble marquer un peu le pas, remplir les pages de l’album en attendant le cliffhanger qui annonce la suite.
Jim
Le cycle consacré au trésor des Wisigoths (qui ont régné sur l’Espagne avant l’arrivée des Arabes) se poursuit sur deux tomes. Le premier, « Les Otages », montre comment l’équipe de Ramiro reprend la main, à l’aide d’alliés qui se préoccupe desdits otages.
Beaucoup de poursuites, de grands décors, des planches d’ambiance. On notera que Ramiro porte son heaume, ce qui réduit les séquences où l’on peut s’arrêter sur son visage, ses expressions… Autant dire que le récit nous éloigne de plus en plus de la dimension humaine, malgré l’équilibre de la construction narrative.
Le tome suivant, « Qui es-tu, Wisigoth ?… », permet de donner une conclusion à cette course-poursuite un peu lassante. On peut comprendre que Vance cherche à mener des expériences visuelles et graphiques, à se faire plaisir avec les décors, à rendre hommage à son Espagne d’adoption, voire à profiter d’une décompression narrative qui lui donne les coudées franches, mais tout de même, trois tomes pour que les personnages récupèrent le trésor et se débarrassent à la fois de leurs poursuivants mahométans et des coupes-jarrets auxquels ils ont déjà échappé, c’est un peu beaucoup.
C’est d’ailleurs assez amusant : je suis en train de lire deux intégrales en parallèle, Ramiro par Vance et Le Monde d’Arkadi par Caza, et mes impressions vont à l’encontre de mon instinct : j’étais persuadé d’apprécier la grande aventure du premier, et je me méfiais de la fantasy de bazar du second, et en réalité, je suis déçu par Ramiro et assez emballé par le conte super-héroïque post-apo de Caza. Allez comprendre…
Jim
Les deux derniers albums de la série ne sont jamais sortis sous forme… d’albums, justement. Après leur prépublication dans Femmes d’aujourd’hui au début des années 1980, ils ont dû attendre la collection « Tout Vance » pour avoir le droit d’être compilés. Ils paraissent donc en 2011 dans le dernier tome de cette collection (dont je n’ai qu’un tome, du début, compilant des histoires courtes du début de carrière).
Remontant vers Paris, Ramiro traverse le Quercy. Il croise une femme étrange et froide entourée de loups, puis découvre une contrée désolée dont les habitants en guenilles subissent les raids à répétition de bandits qui règnent sur le territoire. Après quelques méprises et confusions, l’Espagnol met sa lame au service de la fameuse « Louve d’Arnac ». Il lui faudra donc deux chapitres pour repousser les manants et rendre son château à la belle et à ses gens.
C’est sympa, un peu mieux équilibré question rythme (même si le premier volet est plus décompressé, ce qui permet de savourer de belles cases de décor). Le ton est plus sérieux, presque compassé, que les tout débuts de la série. Le deuxième volet est occupé par deux flash-backs donnant des informations sur la situation, mais grignotant de l’espace qui aurait pu être dévolu à la baston. C’est pas mal, assez prometteur, formant le socle d’une relance potentielle de la série… qui ne se fera jamais puisque le dessinateur partira raconter les aventures d’un espion amnésique.
La série Ramiro, en définitive, aura souffert de beaucoup de problèmes, souvent liés à l’écriture proprement dite (et sans doute à la prépublication). Trop historique et trop éloignée du héros au début, trop décompressée pour les deux sagas centrales, trop sérieuse pour sa conclusion, elle offre de magnifiques dessins (meilleure période de Vance à mes yeux) ornant les aventures d’un héros assez plat et peu caractérisé. Une vaste occasion manquée à l’échelle de onze tomes.
Jim