CHRONIQUE. Pour l’humoriste, ê@LePointre artiste aujourd’hui, c’est simple : il faut réciter le catéchisme anti-israélien. À défaut, la gauche culturelle ne vous donnera plus droit de cité.
Par Sophia Aram
Publié le 17/09/2025 à 20:00
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Sa décision est sans appel. Il ne verra pas mon spectacle et il ne le mettra pas à l’affiche. Parce que, comme me l’écrit ce programmateur en 2024, « si, en octobre, nous devons tous nous retrouver pour qualifier le Hamas de groupe terroriste, en mai, nous devons affirmer avec la même force le comportement insupportable et génocidaire du gouvernement de Netanyahou ». Et ça, je ne l’ai pas fait.
Me voilà donc « annulée » faute d’avoir exprimé une opinion conforme à celle d’un responsable de scène nationale utilisant son pouvoir, l’argent du ministère de la Culture et de la région Grand Est pour m’encourager à suivre ses opinions sur Gaza.
« Libérer la Palestine de la mer au Jourdain »
Et, s’il l’écrit, c’est qu’il est convaincu d’agir pour le camp du bien mais aussi parce qu’une partie de ses collègues (qui n’auront pas tous la bêtise de l’écrire) partagent l’idée qu’ils ne sauraient programmer des artistes n’ayant pas publiquement accusé Israël de génocide.
Voilà comment la gauche culturelle mène la guerre contre ceux qui refusent de qualifier Israël d’« État génocidaire », d’appeler à « libérer la Palestine de la mer au Jourdain » et donc d’appeler à l’éradication d’Israël.
Il y a quelques semaines, pour avoir exprimé des opinions contraires à celle de la maire de Besançon au sujet de la possibilité ou non de trouver à Gaza des journalistes indépendants du Hamas, Raphaël Enthoven se verra déprogrammé puis, face au tollé, reprogrammé au festival littéraire Livres dans la boucle pour un livre sur sa mère qui, faut-il le préciser, n’a jamais été impliquée dans aucun bombardement.
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Critère de recrutement
Puis la traductrice Bérengère Viennot sera déprogrammée, en raison de sa position sur la question palestinienne, d’un débat sur… la parole totalitaire ! Pour les organisateurs d’un festival à Douarnenez, lutter contre le totalitarisme serait donc compatible avec le délit d’opinion.
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À Gand, les organisateurs du Festival de Flandre ont déprogrammé Lahav Shani en invoquant l’absence de « position claire » du chef d’orchestre israélien, dont le rôle au sein de l’Orchestre philharmonique d’Israël ne saurait garantir « sa distance » vis-à-vis du « régime génocidaire de Tel-Aviv » ! Que Lahav Shani appelle à la paix et prône le dialogue et la réconciliation n’y changera rien. S’il veut travailler, il doit prononcer les mots magiques en qualifiant Israël d’« État génocidaire ».
De son côté, l’association culturelle Zirlib, dirigée par le metteur en scène Mohamed El Khatib, exige que les candidats à un emploi soient « sans condition, pour la reconnaissance immédiate d’un État palestinien ». Une opinion apparemment indispensable si on veut coordonner et développer des centres d’art… en Ehpad.
Une condamnation sans procès ni argument
J’arrête les exemples et je vous laisse imaginer le nombre d’artistes qui préféreront se taire ou conformer leur parole publique à des opinions plus compatibles avec leur survie alimentaire.
Il y a la crainte de se retrouver banni par cette gauche culturelle en pleine radicalisation, mais aussi la peur. Celle d’être désigné comme « complice-d’un-génocide-en-cours ». Une condamnation sans procès ni argument dont l’objectif est de vous déshumaniser, de vous rendre infréquentable, infâme et vulnérable. D’autres finiront le travail. Ce sera une déprogrammation, une lettre d’insulte, une menace, une gifle ou une balle dans le cou. Peu importe le prix puisqu’ils sont du bon côté de l’Histoire.
Voilà comment, sans être « au pouvoir », de petits apparatchiks de la « gauche culturelle » essayent d’imposer leur idéologie et faire taire leurs contradicteurs avec la conviction de « faire le bien » tout en soulageant leur conscience à peu de frais.