RÉÉDITIONS DC : TPBs, Hardcovers, Graphic Novels

Merci de toutes ces précisions.
Ce n’est pas toujours facile à suivre, les histoires éditoriales derrières les histoires publiées…

Tori.

Et cette période est bien troublée. DC a connu des remous de grande ampleur, et les fusions, déplacements et décalages rendent tout ça difficile à suivre…

Jim

Ça doit être durant cette période que Starlin a dessiné cette couverture (remplaçant celle d’Aparo) :

Oui, précisément : s’ils n’avaient pas fusionné les deux titres, celle de Starlin aurait illustré Batman Family (sans doute #21) et celle d’Aparo Detective Comics #481, pour lequel elle était prévue. DC cherchait d’un côté à avoir une offre « Dollar Comics », des pavés à sommaire varié (ce qu’était Batman Family), mais devait également réduire la voilure, donc la solution a été d’associer les deux sommaires dans une seule revue. Milgrom a quitté son poste (je crois que c’est Hama, dans le bouquin sur la DC Implosion, qui disait que lui et Milgrom avaient été les derniers embauchés, ils ont donc été les premiers à partir), son nom figurant sur les derniers récits qu’il a supervisé avant son départ.

Tandis qu’en face un numéro d’Uncanny X-Men (longtemps inédit en VF) a fait référence à Invasion.

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Un message a été fusionné à un sujet existant : 1941-2021 : BON ANNIVERSAIRE WONDER WOMAN !

Les grands personnages DC ont eu le droit à des TPB thématiques, sortes de florilèges abordant l’histoire éditoriale des héros selon un angle particulier. C’est le cas de Superman: Daily Planet, qui propose une sélection de récits marquants autour de la rédaction du journal où travaille Clark Kent.

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Sorti en 2006, le recueil contient des histoires allant de 1952 (« The End of the Planet », par Edmond Hamilton et Al Plastino) à 1999 (« We’re Back », par Jeph Loeb et Mike McKone).

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On y retrouve des récits qui sont souvent la marque de leur époque, notamment dès qu’il s’agit de discuter de la place de la femme dans la société… et dans la rédaction d’un journal, à l’exemple de « Lois Lane Daily Planet Editor », de 1965, qui est loin d’avoir anticipé les mouvements de libération de la femme. Et qui dénote aussi du retard que DC a pu accumuler par rapport à Marvel à l’époque.

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Le sommaire propose des trucs plus étonnants, comme « Miss Jimmy Olsen », un épisode où le jeune photographe se lancer dans une enquête en infiltration dans le milieu de la mafia, en se travestissant en femme. Un récit de Robert Bernstein et Curt Swan, datant de 1960, qui fait la part belle à l’humour et aux ressorts du vaudeville.

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Les deux derniers chapitres s’arrêtent sur deux épisodes de 1998 et 1999, qui rappellent que le Daily Planet a été racheté et fermé par Luthor, avant d’être rouvert au tout début de l’ère éditoriale supervisée par Eddie Berganza.

Un petit survol historique du personnage qui ravira les historiens.

Jim

Parmi les TPB florilèges consacrés à Superman, il y a The Bottle City of Kandor, un recueil d’histoires où la fameuse ville en bouteille est au centre des récits, le tout sous une couverture photographique de Marc Witz.

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Le sommaire commence avec « The Super-Duel in Space », tiré d’Action Comics #242 daté de juillet 1958, dans lequel Brainiac fait son apparition, accompagné de son singe Koko et de sa collection de villes embouteillées.

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L’histoire est bien connue, mais le recueil, préfacé par Eddie Zeno, propose d’autres récits permettant de plonger au cœur de la ville, donc de rentrer dans la bouteille et de vivre des aventures à la taille lilliputienne de ses habitants.

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C’est ainsi que Kal-El fera de nombreux voyages à Kandor, dont le réceptacle reproduit les conditions atmosphériques kryptoniennes, ce qui veut dire qu’il y perd ses pouvoirs. Lors d’une de ces excursions, accompagné de Jimmy Olsen, il doit échapper à des poursuivants dont les molosses télépathiques peuvent les repérer, et adopte une nouvelle identité secrète. Le héros et le journaliste deviennent « le dynamique duo de Kandor », Nightwing et Flamebird.

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Ces super-héros minuscules deviennent bientôt une source d’espoir pour les Kandoriens, qui rêvent toujours de retrouver une taille réelle. Bien des années plus tard, il sera admis que c’est la légende de Nightwing et Flamebird, racontée par Superman à Dick Grayson (dans l’univers post-Crisis, il s’agit d’une trace de folklore, et non de l’identité secrète du surhommes), qui aura inspiré l’ancien élève de Batman. Au débotté, je dirais que c’est Chuck Dixon qui a amené cette idée.

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Le recueil propose d’autres histoires, notamment consacrées à Lois Lane et Lana Lang, qui exportent leur rivalité amoureuse dans la cité minuscule. On peut également citer Action Comics #245, dans lequel Lois renverse la fameuse bouteille.

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Citons également la jolie aventure de Nightwing et Flamebird (les rôles sont alors repris par Van-Zee et son assistant Ak-Var), intitulée « Showdown! » et publiée dans Superman Family #194. L’histoire est racontée par Paul Kupperberg et illustrée par Marshall Rogers qui fait assaut d’inventivité en matière de composition et d’effets d’encrage.

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Enfin, le recueil se conclut sur « Let My People Grow! », issu de Superman #338. Sur une idée de Marv Wolfman, Len Wein et Curt Swan donne un destin final aux Kandoriens, alors que Kal-El trouve enfin le moyen de restituer leur taille d’origine à ses compatriotes. Bien entendu, cet exploit n’est pas exempt de drame, bien sûr.

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Recueil thématique bien entendu un peu fourre-tout, The Bottle City of Kandor s’arrête sur l’un des aspects du mythe supermanien, avec son apparence kitsch et son potentiel dramatique, et se concentre sur la version pré-Crisis.

Jim

L’arrivée de Zatanna dans l’univers DC ne ressemble à aucune autre. La belle magicienne, fille du héros Zatara, s’inscrit dans la lignée de ce dernier, et déboule dans la vie des héros DC non pas à l’occasion d’un épisode particulier, mais plutôt à la faveur d’une saga à suivre sur plusieurs séries, un crypto-cross-over qui valide et entérine le caractère d’univers partagé du catalogue tel qu’il est redéfini, autour de Julius Schwartz, au début des années 1960. Une épopée compilée en 2004 dans le recueil Justice League of America - Zatanna’s Search (ou JLA - Zatanna’s Search tel que c’est écrit sur le dos de l’ouvrage).

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Avant toute chose, un peu d’histoire. Zatara est un magicien portant frac et haut-de-forme, à l’image des illusionnistes de cabaret improvisés justiciers qui pullulent dans les comic books, tous émules de Mandrake, le héros de comic strips inventé par Lee Falk et Phil Davis.

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Zatara a pour particularité d’être aussi vieux que Superman, puisqu’il fait son apparition dans les pages d’Action Comics #1, en 1938, sous les crayons inspirés de Fred Guardineer. Ce dernier officie dans un style très propre, limpide, d’une grande élégance, qui ne masque pas les faiblesses du dessin (rapidement évacués dans sa courte carrière) mais au contraire en tire profit : la légère raideur des personnages se marie à merveille à l’encrage soigné et à la composition immuable des planches. Pour la petite histoire, Guardineer quitte le monde de la bande dessinée en 1955 (période difficile pour la profession, reconnaissons-le) et devient facteur, continuant à livrer quelques illustrations à destination de magazines locaux. Quant à Zatara, il connaît une belle carrière, puisque ses aventures se prolongent jusqu’en 1951.

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Ainsi que le rappelle Steven Utley dans son introduction, Julius Schwartz, issu du monde de la science-fiction avant de devenir responsable éditorial chez DC en 1944, est parvenu à reconstituer une écurie de héros, depuis l’arrivée du second Flash en 1956, et à constituer un catalogue cohérent et populaire, avec l’aide des scénaristes Gardner Fox et John Broome et de dessinateurs tels que Gil Kane ou Carmine Infantino. Et ainsi, après avoir remis sur le devant de la scène des héros tels que Flash, Green Lantern, Atom, Hawkman et quelques autres, sous une forme nouvelle ou pas, Schwartz se demande quel ajout apporter à ce petit univers en pleine croissance. Pour Gardner Fox, qui a écrit un grand nombre de scénario pour les aventures de Zatara, la réponse semble évidente.

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Mais Schwartz et Fox choisissent de procéder d’une manière nouvelle. Plutôt que d’introduire le personnage dans une série anthologique à la Showcase (après tout, ça a bien marché pour Flash ou Green Lantern…) ou de le faire apparaître dans les aventures d’un de ses éminents collègues, ils préfèrent ménager le suspense et entretenir le mystère quant aux raisons de l’absence du célèbre magicien. Et ils finissent par opter pour une solution ingénieuse : montrer la fille de Zatara, prénommée Zatanna, parcourir les dimensions à la recherche de son père.

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On peut voir à cette astuce deux motivations complémentaires. En premier lieu, par prudence, le responsable éditorial et le scénariste utilisent les pages de séries désormais installées afin de promouvoir leur nouveau personnage, sans prendre le risque d’y consacrer un épisode nouveau. La prudence se voit notamment dans la volonté de ne pas mettre Zatanna en couverture. En second lieu, le choix de montrer non pas le magicien mais sa fille associe la volonté de nouveauté qui a déjà prévalu à l’apparition de Barry Allen ou Hal Jordan, la nécessité d’exploiter le catalogue et l’ambition de féminiser le casting en apportant un personnage sexy, séduisant mais déterminé. Et si tout se déroule comme l’équipe éditoriale l’envisage, ce n’est pas un mais deux personnages qui débouleront dans les bandes dessinées.

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Donc, Zatanna fait son apparition dans les pages de Hawkman #4 (par Gardner Fox et Murphy Anderson), daté de novembre 1964, dans lequel la jeune magicienne apparaît en double au couple de héros ailés, qui parviennent à la « réunir » et à la sortir de sa torpeur magique, ce qui lui permet en quelques bulles d’expliquer la quête qui la motive : retrouver son père. À l’issue d’un épisode rondement mené (treize pages, le récit ouvrant le sommaire), Zatanna remercie ses sauveteurs et reprend ses recherches.

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Commence alors un véritable périple dans les méandres de l’éditeur. Zatanna fait un crochet par diverses séries, toutes supervisées par Schwartz et à l’occasion d’épisodes rédigés par Fox. Dans les pages de Detective Comics #336 (daté de février 1965), elle n’apparaît pas. En revanche, Batman et Robin affrontent une sorcière ricanante, juchée sur un balai volant. Si la connexion avec Zatanna n’est pas explicite, elle sera exploitée dans le dernier chapitre de la saga.

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Pour l’anecdote, l’épisode se situe à une période où Alfred Pennyworth est mort, écrasé par un rocher dans Detective Comics #328. Dans la période qui suit, Batman est harcelé par un mystérieux vilain appelé l’Outsider, dont l’apparence est inconnue et qui se fait entendre par le biais de différents dispositifs. Dans Detective Comics #356, le Dynamique Duo apprend qu’en réalité, Alfred a été ressuscité par un scientifique qui teste ainsi un matériel expérimental, mais qu’il a perdu la tête, prenant Batman pour cible. L’apparition (si l’on peut dire) de Zatanna se fait dans le cadre de cette période aux rebondissements capillotractés.

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La troisième apparition de Zatanna se déroule dans The Atom #19, de juin 1965. Toujours à la manœuvre, Gardner Fox est associé ici à Gil Kane et Sid Greene, pour un récit opposant science et magie. Le portrait de Zatanna figure en couverture, ce qui témoigne de l’assurance que prend la rédaction, visiblement satisfaite des réactions à la sortie de Hawkman #4.

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Si Murphy Anderson est un excellent dessinateur, Gil Kane, quant à lui, est un as de l’action, un spécialiste de l’anatomie, un prodige de dynamisme. Et donc, quand Zatanna apparaît (avec la note de bas de case qui va bien), la belle héroïne bénéficie d’une touche de glamour en plus.

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Autre signe de la confiance que Schwartz et Fox entretiennent à l’égard de leur nouvelle héroïne et de sa quête, le récit occupe l’ensemble des pages, et n’est pas réservé à une moitié de sommaire. Les auteurs peuvent donc profiter de la pagination et des pleines pages de chapitre pour s’attarder sur les jolies gambettes de la magicienne.

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La prochaine étape conduit Zatanna dans les pages de Green Lantern #42, daté de janvier 1966. Cette fois, Zatanna n’est plus en médaillon mais participe à l’action (bon, certes, un peu dans le rôle de la demoiselle en détresse, oui…).

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Aux commandes, à nouveau Schwartz, Fox, Kane et Greene, pour un nouvel épisode où l’univers scientifique du héros cosmique percute un décor de fantasy qui convient parfaitement à l’environnement magique de Zatanna. Il faut dire que la série, qui propose régulièrement des explorations de mondes lointains, a toujours facilité les mélanges de genre de ce type. Pour les lecteurs, ce n’est guère une nouveauté.

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Fox, qui a rédigé l’ensemble des chapitres de cette quête, glisse des séquences de flash-backs dans lesquelles Kane reprend certaines scènes clés des épisodes précédents. Pour le lecteur de passage, voilà qui éclaire l’intrigue, et pour celui qui a suivi les pérégrinations de la magicienne, voilà un clin d’œil bienvenu, qui récompense sa fidélité.

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Dernière étape avant la conclusion : Zatanna refait un tour dans la série ayant lancé les aventures de Batman, à l’occasion de Detective Comics #355, daté de septembre 1966. Mais cette fois, ce n’est pas le Chevalier Noir qu’elle vient consulter, mais un autre détective qui partage le sommaire, Elongated Man.

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Ralph Dibny croise donc le chemin de la belle magicienne dans un épisode illustré par Carmine Infantino, qui assure également l’encrage. Son trait est plus épais, le rendu moins lisse, mais il y a une spontanéité et une énergie incroyable dans ces quelques planches, où Zatanna tient véritablement la vedette et résout l’enquête avec efficacité.

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Après ce tour d’horizon des grands personnages DC (supervisés par Julius Schwartz : on notera l’absence de Superman, géré par Mort Weisinger, ou de Wonder Woman, dont Robert Kanigher a la charge), il est grand temps que la quête de Zatanna trouve sa conclusion.

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C’est chose faite dans Justice League of America #51 (daté de février 1967), toujours écrit par Gardner Fox, avec Mike Sekowsky et Sid Greene aux crayons et pinceaux. Pour l’occasion, Elongated Man fait aussi une petite visite, même s’il n’est pas membre officiel de l’équipe à l’époque.

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Les choses commencent en trombe quand la magicienne se matérialise devant les héros, afin de les remercier pour l’aide qu’ils lui ont apportée, événement dont ils ne semblent pas se souvenir. Toute à la joie de revoir ceux qu’elle a croisés officiellement, elle s’empresse de raconter les derniers développements de sa quête.

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Elle raconte comment elle a invoqué des doubles mystiques de Green Lantern, Atom et Hawkman dans une nouvelle mission, alors qu’elle s’approchait visiblement de l’endroit où se trouve son père.

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Mais visiblement, Zatara n’est pas disposé à être retrouvé ni secouru. Aidé des versions magiques des Justiciers, elle parvient cependant à arracher son père à l’emprise mystique dont il est victime. Les Justiciers découvrent donc une aventure aussi délirante que celles qu’ils ont réellement vécues.

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Fox en profite pour connecter officiellement cet épisode à Detective Comics #336, en expliquant à Batman, par la bouche de son héroïne, qu’elle avait pris l’apparence de la sorcière, persuadée à l’époque que l’Outsider disposait d’informations susceptibles de l’aider. Rattrapage un peu tardif, qui intègre cet épisode dans la vaste quête.

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Une quête qui se sera déroulée sur plusieurs séries, durant plus de deux ans, et qui constitue une sorte de cross-over discret et non officiel, compilé dans ce recueil. Et qui aura l’avantage d’apporter à l’univers DC l’une de ses plus belles représentantes en matière de glamour et de sexy.

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Un sommaire complété par « The Secret Spell », un récit de Gerry Conway et Romeo Tanghal issu de DC Blue Ribbon Digest #5, de 1980, dans lequel Zatanna se perd dans des lectures mystiques lui évoquant le souvenir de son père.

Jim

Petit bonus : une jolie illustration de Zatanna, par le dessinateur et encreur Joe Giella :

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Un beau projet, quand même.

Ouais, une petite curiosité qui témoigne des tâtonnements éditoriaux propres à la période, et surtout un chouette petit TPB qui, pour le coup, a du sens dans un monde de l’édition où, aujourd’hui, tout et n’importe quoi est réédité.

Jim

1 « J'aime »

Il me fait bien envie, ce TPB…

Les épouvantails me rappellent quelqu’un…

Tori.

Nous l’avons vu en évoquant Invasion, l’année 1988 a été riche en événements éditoriaux. Et l’un d’eux, qui débute dès le début d’année (selon les dates de couverture : à la toute fin 1987 dans les kiosques), est Millennium, une nouvelle « crise » qui va secouer l’univers DC dans son ensemble. Aux commandes, Steve Englehart, alors scénariste de Green Lantern Corps, et Joe Staton, son vieux complice, associé ici au britannique Ian Gibson, qui assure l’encrage d’après des crayonnés succincts. Mais c’est Bruce Patterson qui encre les couvertures, pour un résultat texturé des plus agréables.

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En 2008, DC réimprime la mini-série dans un recueil souple qui propose en sous-titre l’accroche suivante : « Trust No One ». Comme pour Invasion, il s’agit d’un clin d’œil à un gros événement éditorial chez la concurrence, Secret Invasion, dont l’une des expressions récurrentes est « Who Do You Trust? »

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Le principe est simple : la Terre est infiltrée par des envahisseurs, dont les émissaires ont pris forme humaine et remplacé certains Terriens. Le jeu, à l’échelle du catalogue de l’éditeur, consiste à identifier quel personnage, dans la série, a été remplacé par l’un de ces espions afin de recueillir des informations sur les héros. Ces envahisseurs, on les connaît depuis une dizaine d’années, ce sont les Manhunters.
Petit retour rapide sur Justice League of America #140-141, par Steve Englehart et Dick Dillin, dans lesquels les bases du cross-over sont déjà posées :

À l’occasion de ces deux épisodes, Steve Englehart élargit le mythe des Green Lantern et pose les bases d’une menace flottant sur l’ensemble du cosmos. Fin 1987, cela fait plus de dix ans qu’il a dévoilé ce secret et plus de deux ans et demi qu’il rédige les aventures de Hal Jordan et de ses équipiers. Son travail s’est d’abord concentré sur la résolution du mystère du Predator et sur la mise en avant de Guy Gardner, vieux personnage à l’époque oublié. Avec l’affaire du Predator, il déjoue, peut-être sans le vouloir, l’un des plans de son prédécesseur, Len Wein, qui avait fait venir dans la série à la fois ce nouveau super-vilain et le mystérieux Mister Smith. En dévoilant la nature du Predator, Englehart libère l’étrange personnage à lunettes noires, qui doit dès lors tenir un autre rôle dans la série que celui que Wein avait (peut-être) prévu. Au sein de la série, Englehart fait de Mister Smith un espion infiltré défendant la cause des Manhunters, ce qui lui permet de remettre sur le devant de la scène cette étonnante secte cosmique d’androïdes. Mais bien sûr, la série est prise dans les filets de différents cross-overs, dont Crisis on Multiple Earths et Legends, et il faudra du temps au scénariste avant de pouvoir avancer ses pions. C’est chose faite en 1987, où l’intrigue est suffisamment développée pour servir de tremplin à une saga d’envergure.

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Quand Millennium #1 débute, le lecteur peut assister à une réunion des espions androïdes. La voix off en appelle à leur complicité, montrant des personnages que les plus fidèles peuvent reconnaître dont le fameux Mister Smith associé à Ferris Aircraft.

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Ces personnages s’assemblent afin d’écouter les ordres donnés par le Grandmaster, que nous connaissons depuis le diptyque de Justice League of America. Les Manhunters s’apprêtent à frapper des hommes et des femmes qui s’avèrent dangereux pour leur cause. Tom Kalmaku, associé de longue date de Hal Jordan, surprend cette réunion, ce qui ne lui attire que des ennuis.

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De leur côté, les Green Lantern (car à l’époque Jordan dirige une équipe qui s’est réfugiée sur Terre) assistent à l’arrivée d’un Gardien de l’Univers et d’une Zamarone qui entretiennent un grand projet pour la planète : sélectionner dix personnes au sein de l’humanité afin qu’elles guident celle-ci dans un nouvel âge de l’évolution. Les Manhunters vont donc s’opposer aux plans de leurs ennemis ancestraux, et la Terre va devenir le champ de bataille d’une guerre entre races extraterrestres.

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Pour compliquer le tout, Englehart réintègre Harbinger, qui en tant qu’assistante du Monitor a tenu un rôle clé dans Crisis on Infinite Earths. Elle cherche un sens à sa vie et se porte volontaire pour assister le Gardien et la Zamarone dans leur projet.

Voilà donc une image qui devrait plaire à notre ami n.n.nemo :

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Si le premier épisode est consacré à la mise en place des différentes intrigues, ainsi qu’au ralliement des super-héros à la cause du Gardien et de la Zamarone, le deuxième couvre l’identification et le recrutement des humains élus pour devenir l’avant-garde de l’évolution.

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Englehart déjoue les attentes des lecteurs. Certes, il sélectionne des gens normaux venus de plusieurs pays, et il tente de varier l’échantillonnage en mettant en scène des niveaux sociaux différents, des accents variés et des sexualités diverses, mais il s’ingénie aussi à glisser un « méchant » dans le lot, en la personne de Janwillem Kroef, responsable politique d’Afrique du Sud, fervent défenseur de la ségrégation raciale et suprémaciste blanc invétéré. Manière pour le scénariste de détourner les clichés liés aux récits d’élus, c’est également un moyen de créer des tensions parmi les personnages et d’évoquer des problèmes politiques d’actualité (en 1988).

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L’un des derniers élus de la planète est Jason Woodrue, alias le Floronic Man, bien connu des lecteurs de Swamp Thing période Alan Moore. Un autre est également Tom Kalmaku, qui est en quelque sorte le candide du groupe et la clé d’entrée pour le lecteur.

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La lecture du troisième épisode, dans cette édition de 2008, montre un peu les limites des choix éditoriaux. En effet, on commence à sentir qu’il s’agit là d’un cross-over et que certains éléments sont racontés ailleurs. Les allusions aux différents tie-ins sont assez claires et on repère facilement les séquences renvoyant à Superman, à Flash ou à Blue Beetle. Mais Englehart écrit sa saga en répartissant les événements importants entre Millennium et Green Lantern Corps. Et ça commence à se sentir un peu, d’autant que les héros s’assemblent afin d’organiser la riposte face aux Manhunters, à la fois dans l’espace et sur Terre.

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Le récit reste lisible néanmoins, et permet de suivre plusieurs enquêteurs, dont Batman et Jason Blood, qui partagent des informations concernant les envahisseurs infiltrés. De leur côté, les élus reçoivent une formation sur la nature de l’univers de la part du Gardien et de la Zamarone, destinée à les préparer à leur rôle de mentors de l’humanité.

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Capturée par les Manhunters, Harbinger est retenue prisonnière sur la fameuse planète Orinda, croisée dans Justice League of America #140-141. Ce qui ne manquera pas de conduire une partie des héros au plus profond de l’espace.

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L’épisode 5, quant à lui, marque l’initiation des impétrants aux mystères du cosmos. Si le déroulement du chapitre vaut par son côté « new age » et constitue un des sommets ésotériques du corpus d’Englehart, la narration est intéressante également par le fait que les élus sont observés par leurs deux professeurs, qui pressentent déjà quelle tournure cela peut prendre (même si le scénariste saura déjouer les attentes que lui-même suscite).

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La mini-série, publiée sur un rythme hebdomadaire, montre les héros affronter le Highmaster (la version surdimensionnée des Manhunters) dans l’épisode 6 puis envahir le repère des envahisseurs dans l’épisode 7, à l’occasion d’une dernière baston d’ampleur dont l’enjeu n’est rien moins que la destruction, ou pas, de la planète Terre.

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Comptant huit chapitres, Millennium laisse donc à Englehart une dernière livraison dans laquelle les élus qui restent (deux sont morts au début du processus, Tom Kalmaku refusera l’honneur…) accéder à un niveau supérieur d’évolution et accepter leur rôle de guides et de gardiens de l’humanité. Millennium sert donc de tremplin à une nouvelle série, celle des New Guardians, dont Englehart est bien entendu le scénariste.

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Récit épique dans la lignée des cross-overs qui viennent de secouer l’univers DC, et aventure mystique proche des idées développées autour du personnage de Mantis (au point que l’on s’étonne qu’Englehart n’ait pas ressorti Willow pour l’occasion : les responsables éditoriaux se seraient-ils rendu compte de l’astuce ?), Millennium est un chouette récit optimiste mais dont le propos, on s’en doute, n’aurait jamais eu de grandes conséquences sur l’univers DC à long terme.

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Quant au recueil, il est très agréable, mais il aurait été peut-être plus avisé de la part de DC d’y adjoindre les épisodes de Green Lantern #220 et 221, afin de compléter un peu le récit. On comprend néanmoins tout avec les épisodes de la série centrale, mais la sensation d’avoir raté des scènes importantes demeure. Je ne sais pas s’il existe une édition type « omnibus », mais ce serait une bonne idée.

Jim

Vais me coucher, je ne vois plus clair !

Indeed.

Et presque tous connus !

Presque.

Le frisson réside dans ce « presque ».

Jim

Exactly.

J ai invasion, millenium et tous les events DC non traduits dans ma PAL numerique mais déjà que j arrive pas à me mettre aux complete edition Man Wolf ou Tigra…

Moi, je retrouve un peu de temps pour lire, donc j’en profite.
En plus, c’est du patrimonial, je suis sûr que ça va t’intéresser (et peut-être te plaire, va savoir…).
:wink:

Jim

Zactement mon ressenti à la lecture du tpb à l’époque. L’histoire est sympa mais j’avais ressenti une gêne car beaucoup d’éléments se passent dans d’autres séries. Un format plus complet m’aurait sans doute permis d’apprécier plus le récit.

Jim tu as les New Guardians ? Tu nous les chroniques bientôt ?