En fouinant dans les soldes, hier (note : les parisiens parmi vous pourront notamment aller chez Pulps où il y a du déstockage de vieux TPB), je suis tombé sur une édition de 2012 (huitième impression) de Maximum Carnage, le cross-over de 1993. L’état, un brin défraîchi, et le prix en conséquence m’ont incité à le prendre, histoire de me replonger dans une période pour le moins tourmenté de l’histoire éditoriale du personnage.
Je me suis rapidement rendu compte que c’était l’occasion de constater que ce cross-over bourrin, que je n’ai lu qu’à sa sortie française sans jamais le relire, réservait plusieurs surprises à ma mémoire défaillante. Première surprise, il n’est pas si épais que ça : la saga s’étale sur quatre séries et trois mois, ce qui fait quatorze chapitres puisqu’il faut rajouter deux numéros de Spider-Man Unlimited, le trimestriel de l’époque. J’avais gardé le souvenir d’un truc nettement plus interminable.
Autre surprise, au détour d’un épisode d’Amazing Spider-Man par David Michelinie et Mark Bagley, je vois Richard et Mary Parker, les parents de Peter, dont me semble-t-il DeMatteis réglera le sort au départ du précédent scénariste. J’étais persuadé que Maximum Carnage survenait après (pour tout dire, quelque part dans la seconde et pour le coup interminable « Saga du Clone », mais en fait, non, cette baston généralisée intervient avant. Comme quoi, quand on ne fait pas correctement ses révisions en relisant régulièrement ses comics, on oublie tout.
Si l’histoire fait bien entendu intervenir Carnage, forcément, et Venom, bien sûr (qui s’en prend plein le museau), elle invite à la baston d’autres personnages en vogue à l’époque, parmi lesquels Deathlok, Morbius, ou encore Captain America et Iron Fist. Comme s’il n’y avait pas assez de protagonistes. Mais avec des gens comme Mark Bagley, la profusion de combattants passe assez bien.
Typique de l’époque, le cross-over propose des pages éclatées, de grandes cases de baston sans réelle chorégraphie et une bonne louche de mâchoires serrées, tout ça pour répondre au triomphe contemporain d’Image Comics et de son approche « in your face ». Ce qui est amusant, c’est que cette tendance moderne est illustrée ici par une écurie de dessinateurs en grande partie composée de vétérans, Sal Buscema et Alex Saviuk (qui canalise ses influences romitiennes) faisant figure d’anciens.
Tout n’est pas à jeter dans cette aventure. Déjà, pour qui aime les grands affrontements de surhommes, on a la dose. Ensuite, à l’image d’autres cross-overs des années 1980 et 1990, Maximum Carnage est également l’occasion de faire le point sur certaines intrigues et de donner un destin à certains personnages, à l’exemple du Carrion de l’époque, alias l’étudiant Malcolm McBride, qui retrouve apparence humaine à la fin de l’histoire.
Les scénaristes s’intéressent bien évidemment à l’aspect humain de la menace, en se concentrant sur le couple Parker et ses proches. Au milieu de toutes les séquences d’action, on trouve quelques planches dédiées à Mary-Jane Watson (et Felicia Hardy dans une moindre mesure). L’épouse du héros passe un peu par toutes les émotions selon l’inspiration des auteurs. On est dans la période où Michelinie a eu la lourde idée de mettre MJ au tabac afin de matérialiser son inquiétude, donc les cases avec des clopes sont nombreuses. On remarque aussi des séquences où l’ancien mannequin s’oppose à son beau-père fraîchement retrouvé. Bien entendu, DeMatteis s’en sort le mieux en mettant en scène des moments de solitude souvent marquées par des cases muettes.
Tout ceci se relit sans déplaisir, comme une capsule temporelle nous renvoyant à une période où les comics revêtent un aspect pyrotechnique et une apparence qui correspond aux critiques toujours portées contre le genre super-héroïque (c’est bourrin et y a pas de décors). Pour ma part, j’ai beaucoup de mal avec les planches de Tom Lyle sur Spider-Man, là où Saviuk, Buscema et Bagley (et Ron Lim pour Unlimited) passent beaucoup mieux. C’est dense, les textes sont copieux et, au final, la narration n’est pas réellement décompressée, ce qui provoque un effet immersif évident.
Jim






