RENDEZ-VOUS AVEC X : LA CHINOISE (Régis Hautière / Grégory Charlet)

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Rendez-vous avec X - La Chinoise

Un espion aux charmes vénéneux

Pékin. 1964, Bernard Boursicot, jeune comptable fraichement engagé à l’ambassade de France, voit ses rêves d’aventure et d’exotisme freinés par la méfiance des Chinois à l’égard des Occidentaux… Jusqu’à ce qu’il rencontre Shi Pei Pu, ancien acteur et dramaturge à l’Opéra de Pékin. Fasciné par cet homme raffiné, il se lie d’une profonde amitié avec lui. Lorsque Shi dévoile, à la veille d’une nouvelle mutation de Bernard, qu’il est en réalité une femme dissimulant depuis toujours sa véritable identité pour protéger l’honneur de sa famille, l’amitié devient un amour dangereux, rapidement entravé par la révolution culturelle et les soupçons de trahison pesant sur quiconque se lie avec un étranger. Pour préserver sa relation avec sa bien-aimée et leur enfant, et espérer pouvoir un jour les ramener avec lui en France, Bernard devient espion pour le compte de la Chine de Mao, sans soupçonner que Shi a encore pour lui bien des secrets, dont certains mêlent les services secrets chinois…

Scénariste

Régis Hautière

Dessinateur

Grégory Charlet

Parution :

13.03.2019

Collection :

Hors collection

Thèmes:

Histoire

Thriller/policier

Format :

240 x 320 mm

Un premier aperçu (l’album est disponible) :

Jim

Je l’ai lu tout récemment ce tome.
En tant que premier opus de la collection, il présente les personnages (Patrick Pesnot et son « gorge profonde »), à l’occasion d’une scène (dont une partie est présentée plus haut) dans laquelle les principes fondamentaux sont redéfinis : Monsieur X est le porte-parole d’un groupe d’experts de l’espionnage (là où, dans l’émission, il est seul me semble-t-il) et propose des rendez-vous dans l’anonymat de la foule (l’émission avait proposé un décor récurrent, des bureaux d’une société d’import-export sur les quais d’un port commercial, même s’il me semble que certains épisodes laissaient supposer d’autres lieux de rencontre). Cette mise au point, à l’aide de scènes de foule et de bulles sans queue, permet de justifier le fait que l’espion connaisse plein de choses, même remontant à des périodes qu’il n’a pas pu bien connaître, et inscrit la série dans une thématique wikileaksienne dans l’air du temps.

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Passée cette mise au point (elle-même précédée d’une scène d’introduction située dans les années 1980), le lecteur est projeté au cœur de l’intrigue, dans le Pékin de Mao des années 1960, où un comptable d’ambassade se prend d’amitié pour un acteur de théâtre, spécialisé dans les rôles féminins, jusqu’à ce qu’il découvre qu’il s’agit d’une femme. S’ensuit une idylle qui les met en danger tous deux, et quand son amante est menacée, il propose aux autorités chinoises d’échanger des secrets diplomatiques contre la sécurité de son aimée. L’histoire, souvent surnommée « Mister Butterfly », annonce des retournements de situations et un destin brisé par le mensonge et l’impitoyable machine étatique.

Au dessin, Grégory Charlet, dont j’avais déjà apprécié le travail dans Le Carrefour chez Bamboo, signe des cases épurées (parfois un peu trop), où évolue des personnages à la caractérisation physique sans faille. Visiblement, il travaille au crayon, et certaines colorisations écrasent un peu son trait. Les protagonistes sont expressifs et assez beaux, et le dessinateur s’ingénie, dans ce récit d’espionnage reposant sur une ambivalence sexuelle évidente, à conférer à beaucoup de ses personnages (et pas simplement l’acteur / actrice) un caractère androgyne affirmé. C’est assez surprenant, le récit étant encadré par l’apparition de deux silhouettes féminines dont l’affirmation du genre semble presque en décalage par rapport à l’indifférenciation au cœur du récit.
Si le trait de Charlet confère à l’ensemble une intimité et une humanité évidente, il manque peut-être une dimension spectaculaire au récit. Peut-être aurait-il fallu une entrée plus spectaculaire visuellement à cette collection. Même si l’on sait que l’espionnage (surtout en coulisses) est bien souvent affaire de patience et d’immobilité.

Jim