RICOCHET (Russell Mulcahy)

Je fais partie des déçus de Russell Mulcahy. De ceux qui considèrent le premier Highlander à la fois comme un film marquant et comme une exception dans une carrière alignant beaucoup de nanars médiocres et friqués.
Mulcahy, c’est souvent des récits spectaculaires pas toujours bien tricotés, un casting de qualité un peu laissé à l’abandon, une curiosité pour les avancées technologiques qui ne s’accompagne pas du souci de la finition (ceux qui se souviennent des effets numériques dans La Malédiction de la Momie ou dans The Shadow voient de quoi je parle). Au point qu’à considérer sa filmographie, on est presque en droit de penser que Highlander est l’exception qui confirme la règle, voire carrément un accident de parcours.

Bref, malgré l’enthousiasme qu’a soulevé en moi le premier Highlander, l’un des coups de foudre dans le genre fantastique de mes jeunes années, et malgré le plaisir que j’ai à le revoir régulièrement, le nom de Russell Mulcahy est souvent synonyme de méfiance, pour moi.

Bizarrement (parce que tardivement), je viens de découvrir un Mulcahy que je connaissais pas, Ricochet.

Pourtant, le film n’a pas beaucoup d’arguments pour me plaire. Déjà, y a Denzel Washington. Et moi, Denzel Washington, j’ai du mal. L’acteur m’a toujours semblé considérablement limité à la figure de winner bellâtre et souriant aux limites de l’insolence, et le film datant de 1991, il est plus jeune que ses rôles pour lesquels il est célèbre. Donc jeune et insolent : insupportable.
Autre point faible, Fred Dekker, le scénariste, qui tire sa maigre gloire d’avoir été le fossoyeur de la licence cinématographique Robocop, piétinant l’esthétique proposée dans les films précédents ainsi que les idées du scénario de Miller. Un pas très bon, assez envahissant.
Enfin, quand le générique commence, l’impression est mitigée. Esthétiquement, avec une musique vaguement bluesy, ça ressemble à du Saul Bass (des lignes verticales découpent l’écran tandis que s’affichent les noms des acteurs). Hélas, l’image d’un pistolet apparaît sur le côté et le titre apparaît, dans un lettrage informatique luisant tragiquement daté et du plus mauvais effet. Le générique résume le drame de la carrière de Mulcahy, coincé entre une réelle culture visuelle et un goût douteux dans sa mise en pratique.

Le film est un thriller dont le pitch est simple : un flic faisant ses études de droit arrête un dangereux criminel. Et pendant que le policier monte dans les échelons, le bandit s’endurcit en prison, parvient à s’évader et se prépare à se venger, jurant de faire de la vie du flic, devenu entre-temps substitut du procureur, un enfer.
Le suspense fonctionne bien, avec une mise en place correcte et pas précipité, un casting varié et travaillé (Ice-T, Lindsay Wagner, Kevin Pollack…), un timing plutôt équilibré, et un méchant réellement épatant, joué par John Lithgow, qui porte à lui seul le film.
L’intrigue s’articule autour d’une machination, tordue mais pas trop mal construite, visant à ruiner la réputation du procureur. Ça donne quelques cocasseries, comme Denzel Washington courant dans la rue en peignoir rose, séquence extrêmement bien filmée mais confinant au ridicule. Là où pèche le film, c’est dans la description des réactions psychologiquement du héros, dont on ne sait pas trop s’il glisse lentement dans la folie ou s’il prépare un chien de sa chienne à son ennemi.

La confrontation finale est d’une certaine manière une réécriture du duel dans Highlander : les deux protagonistes se battent sur les hauteurs (dans les poutrelles des Tours de Watts) prenant des allures d’échafaudages, à des éclairs et de la lumière bleue partout. La silhouette massive de Lithgow n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle du Kurgan, et j’imagine que c’est un peu fait exprès.
On retrouve chez lui les personnages intégrés à la société mais insolents, désireux de se fondre dans le moule mais incapables de fermer leur gueule, et adepte de longs manteaux.

On retrouve aussi son goût pour les éclairages contrastés à base d’atmosphère poussiéreuse, qui rajoute du grain mais floutent artificiellement les images, aux antipodes des lumières tranchées et nettes d’un James Cameron, par exemple. Les pièces enfumées où il aime faire circuler ses personnages créent des ambiances parfois très jolies, mais irrémédiablement datées, vieillissant prématurément ses films.

Et s’ils n’ont pas la force évocatrice d’un Highlander, ils finissent bien souvent dans l’oubli. C’est le cas de l’essentiel de sa filmographie, et ce Ricochet ne déroge pas réellement à la règle.

Jim

Chtite précision : Fred Dekker est crédité pour l’histoire de Ricochet, donc en gros il a écrit le ou les premiers traitements avant de se faire réécrire par Steven E. De Souza (Piège de Cristal, Commando, 48 heures…) qui lui a la mention “scénariste” au générique.

Sinon, pour Robocop 3, je suis totalement d’accord avec toi, mais comme j’aurais toujours une place dans mon petit coeur de cinéphile fan de monstres pour le Monster Squad, sympathique petite série B des 80s, je serais moins dur envers Dekker. :wink:

Ah ouais, Monster Squad, tu m’en as déjà parlé. Bon, comme internet est mon ami, je sens que je vais dans quelques minutes réparer un trou dans mes lacunes.
:wink:
(À la réflexion, je crois que toi et d’autres en aviez parlé à propos de Shane Black, dont je suis assez fan… L’association de Shane Black et de Fred Dekker me fait des nœuds au cerveau, mais bon, ça y est, je suis lancé, je vais voir ça !)

Jim