ROBIN DES BOIS (Ramon de la Fuente)

Discutez de Robin des bois (De La Fuente)

On en parle déjà ici :

Jim

robindesboisDELAFUENTE

(J’ai l’impression que le lien ne fonctionne plus, donc je remets le texte ici)

ROBIN DES BOIS

Robin par Ramon

Pour la vingtième livraison de « Viens dans mon comic strip », la rubrique, d’ordinaire tournée vers les États-Unis, propose de faire un détour, une fois n’est pas coutume, par l’Espagne. Et de s’arrêter sur l’histoire d’un archer moustachu bien décidé à rendre la justice et à défendre les opprimés.

1.Robin-VictorCover

En 1976, l’éditeur Fernand Nathan publiait une série d’albums grand format proposant l’adaptation de grands mythes littéraires. Robin des Bois figure dans la liste, même si, par rapport à d’autres grands récits, ses origines remontent à l’oralité du Moyen-Âge et au folklore anglais. Au milieu d’autres albums de la collection des « œuvres célèbres en bandes dessinées », ce volume propose une relecture de la légendaire aventure, après une préface aux tonalités littéraires et culturelles qui attestent du sérieux et de l’exigence que l’on était capable de mettre dans une bande dessinée, à l’époque.

Aux commandes de cette énième vision des aventures de Robin des Bois, Ramon de la Fuente. Ce dessinateur d’origine espagnol est sans doute plus connu pour être le frère de Victor, l’un des meilleurs dessinateurs du monde, que pour ses propres productions. Œuvrant dans un style réaliste épique proche de celui de Victor, il dispense cependant un trait plus rond, une encre plus grasse, exempt de l’énergie et de la nervosité du travail de son frère. Mais il n’en demeure pas moins que ses propres planches sont d’une beauté saisissante, faisant de ce Robin des Bois un album inoubliable, de ceux que l’on feuillette pendant des années sans jamais s’en lasser (vous pouvez m’en croire).

Tout est là dans la version que Ramon de la Fuente donne de la légende de Robin, qu’il ne cherche ni à détourner ni à réinterpréter. Au contraire, il s’attache à fidèlement reprendre les épisodes classiques. La prise de conscience des inégalités dues à l’oppression normande sur le peuple saxon par un noble à qui le destin demande de prendre parti. La rencontre avec les ruffians qui se dissimulent dans les bois. Les premières escarmouches. Le duel sur le tronc d’arbre. La libération d’un allié, capturé puis condamné à mort en place publique. La poursuite et les représailles des autorités. Le concours d’archerie. Le retour du Roi Richard…

4-Robin-Page

Ramon de la Fuente passe en revue ces différentes étapes, qu’il illustre avec brio, utilisant de nombreuses grandes cases de décor témoignant de la majesté des châteaux et du foisonnement des forêts, et de formidables séquences en images verticales, donnant une allure élancée tant aux personnages qu’à la représentation de l’action. L’une des forces de l’album est de ne pas s’arrêter à l’arrivée du roi Richard. Au contraire, de la Fuente choisit de poursuivre le récit en mettant en scène le ralliement au souverain de nombreuses troupes, souvent issues des campagnes et des fermes, puis l’affrontement des deux armées en des cases à grand spectacle.

Cependant, la densité du récit impose à l’auteur des ellipses nécessaires mais envahissantes, vides de tout récitatif (du genre de « peu après »), ce qui rend le déroulement très aride. De même, l’œil exercé reconnaîtra quelques onomatopées espagnoles (des « Ja! Ja! Ja! » en lieu et place de « Ha ! Ha ! Ha ! » franco-belges) qui montrent que le soin éditorial de l’édition française n’est pas des plus poussés.

Mais il reste un récit spectaculaire, enlevé, frénétique comme une poursuite à cheval, qui réserve son lot d’images fortes. L’album s’ouvre sur une pleine page de naufrage en mer déchaînée, saisissante. Et présente de nombreux morceaux de bravoure graphique, comme la chevauchée de Robin et de ses joyeux brigands de nuit, la marche dans la tempête, où encore cette hallucinante page où quatre cases découpent une seule grande représentation de la cathédrale, où Robin descend, accroché au lustre gigantesque, dans l’intention d’empêcher le mariage auquel Marianne est contrainte. Contraction du temps, gestion de l’espace, accélération de l’histoire, cette planche à elle seule donne le vertige.

La couverture, présentant un Robin des Bois hiératique comme jamais, est signée Victor de la Fuente, dont on reconnaît son trait tendu, presque cassant. Si l’on conviendra qu’il ne semble pas connaître grand-chose à la manière de tenir un arc et une flèche, force est de reconnaître qu’il livre un personnage crevant l’écran (ou la page), à qui il confère le sourire ravageur d’un Errol Flynn et la prestance d’un Green Arrow. Ce n’est plus un justicier médiéval qui figure sur la couverture, mais carrément un super-héros.

La présence de Victor sur la couverture laisserait penser que, peut-être, il est venu assister son frère sur certaines pages. En effet, si quelques planches portent la signature de Ramon, plusieurs cases (notamment les grandes cases de décors verticales) arborent une ambiance graphique que l’on pourrait identifier comme celle de Victor, reconnaissable à la manière dont les décors sont composés, dont un personnage en station debout de campe sur ses jambes tendues, où dont le trait, cassant et anguleux, détoure les formes. Les mains et les pieds, parfois, évoquent le travail de Victor. Les deux frères ont-ils travaillé à quatre mains ? Victor a-t-il fourni des esquisses, ou inversement des encrages, sur les planches de Ramon ?

Ce dernier, dans la même collection*, livrera une adaptation de L’Île au Trésor , l’inoubliable roman de Stevenson, sortie chez Nathan en 1975. L’ours d’ailleurs nous apprend que cet album est antérieur de deux ans à son Robin des Bois (1973 et 1975). Alors, travail plus ancien à la patte moins sûre, conditions de réalisation plus difficiles, ou bien travail en tandem ? Toujours est-il que les personnages rapidement brossés, les décors simplifiés et le Long John Silver joufflu et rougeaud qu’il y dessine sont sans commune mesure avec le caractère énergique de son Robin des Bois. Si son Île au Trésor n’a tout de même aucune raison de rougir, son Robin des Bois reste encore à ce jour une épopée en bande dessinée comme on voit peu dans le domaine des adaptations de récits littéraires.

Jim

  • Pour mémoire, on citera également, dans la même collection, un album La Flèche Noire , dont les quelques extraits aperçus sur le net laissent supposer que les deux frères ont également travaillé à quatre mains.

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