RORSCHACH #1-12 (Tom King / Jorge Fornes)

Fin de run ou fin en queue de poisson?

C’est la première réaction que j’ai eue en fermant le book (je le répète mais le King actuel est trop long sur une maxi de douze - Supergirl nous le prouvera). Tout le foin autour de la sacro-sainte série n’aurai été qu’un écran de fumée d’écran total et n’appelle pas à une nouvelle polémique sur le sujet.

C’est un polar, ça se termine, à lire uniquement d’un seul bloc.

Mais King tisse un discours entre courants de bédés et les dessinateurs influents (Miller, Dikto, Moore, bien sûr) sur les différences époques (je retiens le discours conspirationniste de Miller surtout) qui mérite une grosse relecture à tête reposée.

King vient-il de briser le cinquième mur? Possible.

Diffusé sur Arte la nuit dernière! C’est saisissant!

J’adore ce film.
C’est d’une qualité d’écriture incomparable, avec des acteurs habités, et tout le discours méta sur le cinéma, sur l’image, c’est passionnant.

Jim

Cette phrase de Arty Daddy m’est revenu lors de la relecture du titre, une relecture sans coup férir (merci à Semic pour l’usage de cette expression) ou d’un seul bloc. Parce qu’un seul bloc, ce n’est pas la même musique ou le même squid.

A l’instar de Ben Wawe, Tom King s’apprécie sur la longueur de son scénario bien sûr mais surtout pas en mensuel (Human Target me fait mentir mais il ne s’agit que du premier épisode).

Alors ce Rorschach, qu’est-ce qui dit?

Bon tout d’abord, point de polémique car si Tom King écrit une suite de la maxi (et encore, suite ce n’est point ça), il ne prend jamais en otage le bijou co-crée par Dave Gibbons. Pas de reboot ou de connerie remettant en cause le travail magnifique.

Si la série - extraordinaire à mes yeux de Damon Lindelof - est une suite, là King va s’engager dans une machination post-Squid très actuelle. Les thèmes de la trahison, de la manipulation, le mensonge d’état, les idées, le conservatisme aveugle, la petite Amérique oubliée, bref ils sont nombreux.

Tout part d’une tentative de meurtre du candidat adversaire de Robert Redford, Président à vie des USA, où un Rorschach et une cow-boy avaient pour but de tuer ledit candidat lors d’un de ses meetings. Dieu bénisse l’Amérique! Le pire a été évité, les potentiels terroristes abattus… Mais qui a commandité cette tentative?

C’est là qu’intervient le Detective, un mystérieux personnage, inconnu dont on ne connaîtra jamais le prénom, ni le nom. Et si c’était nous? Habillé (presque) comme Rorschach (mais pas totalement!), il erre dans cette enquête.

Son travail nous mène loin, dans l’Amérique profonde, où Tom King dépeint le passé de cette Cow-Boy, nommée « Kid ». Enfance bercée dans les armes, un Père dinguo et halluciné, elle va trouver du réconfort auprès de Wil Myerson (qui est Steve Dikto), créateur du Citizen (en un mot, la Question), reclus, oublié malgré une création exceptionnelle, Pointus Pirate.

Les références à la bédé en général sont fortement présentes dans le milieu de l’intrigue. On y retrouve Otto Binder, Frank Miller, etc… C’est assez cinglé mais l’hallucination marche parfaitement. Tom King balance une énormité : « et si les Héros de Watchmen étaient ressuscités dans des corps d’aujourd’hui? » et tricote une intrigue aussi passionnante que folle! L’histoire du Kid est fortement développée. On retrouve aussi certains épisodes que King raffole « une scène/un épisode » qui peuvent agacés mais qui fonctionnent très bien dans le présent récit.

Et puis, l’enquête avance, malgré ses embuches et on commence à se prendre d’affection pour ce Héros inconnu jusqu’à la toute fin. Au fil des numéros, Tom King entremêle les époques. Le « Kid » qui parle à l’enquêteur. La double narration (passé, présent) que l’on peut voir dans les previews.

La mise en page est fabuleuse de la part de Jorge Fornès que j’aime beaucoup et qui là réalise un travail limpide où je n’ai jamais été perturbé. Un grand bravo à lui!

Les deux derniers épisodes sont passionnants (avec des références graphiques à l’oeuvre originale bien sûr). Et à la fin, restent peu de questions. Et si Rorschach, c’était nous? Et si, Redford avait gagné?

A lire impérativement en TPB. Un grand moment! Bien plus que la lecture mensuelle vraiment pas le truc de King.

3 « J'aime »

Merci pour ces avis qui donnent envie. J’attends impatiemment la VF chez Urban.

1 « J'aime »

Bill Sienkiewicz :

tumblr_76f2a4e8ed7da9a00fe0c0c76fc33488_d3bdfd0f_1280

2 « J'aime »

Curieusement, voilà une bd dont l’existence même peut me chagriner, dont je ne suis pas sur de souscrire au propos voir même de simplement le comprendre mais qui fut un très grand plaisir de lecture.

Il n’y a pas vraiment d’autre raisons que mercantiles pour refaire du watchmen. Que cette bd en soit une suite indirecte, apporte surtout, il me semble, de la confusion au propos sans que cela constitue un élément si essentiel que cela au récit.

Ainsi, dans un monde où les super héros auraient existé, changeant ainsi l’histoire de la fiction et de la popcultre, les auteurs de comics avec des choses à dire auraient plutôt mal tournés, la révolution conservatrice n’aurait pas eu lieu et lee harvey oswald serait un flic.

On perçoit un propos sur la figure du super héros lorsque d’exister, elle cesse d’être une représentation dont des auteurs peuvent s’emparer pour s’exprimer, et dont la logique plongée dans le réalisme ne peut déboucher que sur du complotisme. Fort bien. Et cela aurait un impact politique. Ok.

Est ce pour le regretter ? Est ce pour en donner une lecture ambivalente ?

Pas sur que de répondre à ces questions soit le plus intéressant de cette bd qui, surprise, est de très bonne facture et dans laquelle tous les tics de narration de King se marient parfaitement au genre du polar, pour nous donner un récit noir à l ambiance oppressante et dans lequel se démènent des personnages aussi perdus et fous que tristement touchants.

Chaque épisode a son unité narrative et formelle. Chaque avancée est l’occasion de nourrir le portrait de certains personnages provoquant l’attachement d’un lecteur, qui ne peut que finir par se laisser prendre par cette enquête sur un assassinat raté menant inexorablement au pire, comme il se doit.

Si vous n’en attendez que du mauvais, cela n’en sera que meilleur.

4 « J'aime »

Je partage ton avis. Dans mes souvenirs, on ne sent pas une équipe enthousiaste à réaliser cette bédé mais elle décide de produire un bon « produit » décalé par rapport à la production SH mais surtout y a un esprit secondaire ou parallèle.

C’est ce sentiment qui m’a plu. Naviguer sans jamais descendre l’encre et amarrer.

Et puis, dans le style, polar-espionnage-thriller, c’est un bon morceau avec un Jorge Fones à la bonne place.

Tu devrais lire son Danger Street. On retrouve certaines choses et toujours ce sentiment parallèle.

Il va bien sortir en vf, non ?

Oui. Il n’y a pas encore de date mais ça devrait sortir en V.F. cette année…

1 « J'aime »

C’est très chelou et pas aussi palpitant (sauf l’épisode du duel assez incroyable).

J ai confiance.

Pas encore lu le supergirl.

Le Supergirl, c’est un magnifique délire isolant Supergirl dans une période de sa vie. Comme toujours, il y a un épisode épatant, très très haut dessus des autres.